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Tout sur tout

Brève exégèse du Manifeste Légionnaire de Rudy Ricciotti par Tom Benoit.

Lu d’une traite, ce Manifeste légionnaire résonne comme une charte faisant l'éloge de l’acte, le chant du cygne d’un artisan révolté mourant pour céder sa place à un essayiste en herbe tendant un blanc-signé à la nation.

Dans cet ouvrage – peut-être le premier de l’auteur Ricciotti, les précédentes parutions représentant principalement les écrits d’un architecte –, chaque évocation de la désillusion revêt un aspect considérablement chromé de vitalité. Rudy Ricciotti ne s’y plaint pas, il constate, déplore, de temps à autre, avoue, et quelquefois encore s’autorise à vouloir !

L’appel de la légion y est exprimé avec une pudeur quasi-maçonnique, et paradoxalement, au fil des pages, l'oscillation permanente entre les confidences d’un républicain désabusé par la décadence omniprésente et les fantasmes d’un Français se sentant perdre un bras de fer, parvient à teinter ce traité d’un romantisme sous-jacent. 

S’il me fallait choisir un seul mot pour entamer le résumé de ce livre, j’opterais pour un adage désuet : fiabilité ! Parce que derrière l'amère sociodicée proposée par l’architecte-réserviste, les regrets les plus marquants paraissent concerner la vie personnelle. J’entends par là que ce qui semble affliger autrement Rudy Ricciotti que la souveraineté perdue d’un État, est le déclin individuel de celles et ceux qui le composent.

J’ai fréquemment évoqué les divertissements collectifs contemporains comme formant un masque joyeux que chacun adopte, préférant se montrer ridicule plutôt que malheureux, camouflé plutôt que dégradé. Aussi, j’ai été interpellé par les analogies à propos de la société actuelle ; la dévorante passion pour les séries à boire, l’information spectacle, la littérature désenchantée, le désaveu d’une culture, le désintérêt porté à l’endroit de l’effort et de l’égo.

Ce qu’il faut percevoir dans ce livre, à travers les motivations ayant conduit son auteur à intégrer la Légion, c’est la démonstration de l’abandon de l'authenticité communément entrepris en France, probablement faute de courage ; le courage, vraisemblablement, les légionnaires sont tous conscients de son caractère épuisable ! Ils ne le gaspillent pas, et même, contrairement à l’anonyme, ne se glorifient jamais d’en avoir usé.

Manifeste légionnaire, 88 pas-minute au service de la démocratie, paru le 11 novembre 2021 aux éditions NBE.

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