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Exposition Gainsb’Art : Gainsbourg aux mains de l’art contemporain

Gainsbourg, Gainsbarre, Gainsb’Art. Un triptyque prolifique qui investit, de ses couleurs et ses textures inattendues, la galerie Yoxeone à Paris. Au cœur du 1er arrondissement, lovée dans une ruelle adjacente au luxueux quartier du Palais Royal, l’exposition Gainsb’Art célèbre un homme, et pas des moindres : Serge Gainsbourg. Figure légendaire de la chanson française, réalisateur et peintre selon l’envie, l’artiste au mille visages est raconté à travers une poignée de regards. Ceux d’une vingtaine d’artistes qui l’ont connu, de près ou de loin, et qui entretiennent sans aucun doute un lien particulier avec lui.

De par les contraintes d’espace, seules vingt-quatre œuvres sont exposées, sur les 120 produites au total. © Louise Lucas

Lorsque le visiteur pénètre dans ce lieu intimiste, à mi-chemin entre la galerie et la boutique, il est tout de suite saisi par les grandes moustaches qui s’imposent avec caractère sur une grande partie des œuvres. Œuvres d’ailleurs aussi bien picturales, que graphiques, ou encore holographiques.

À vrai dire, deux fils rouges tissent cette déambulation : deux clichés, signés Roberto Battistini, photographe à l’origine de ce projet. Sorte de « conversation artistique » selon ses mots, tout l’enjeu ici est de faire dialoguer ces deux images et la créativité sensible des autres artistes, que le personnage gainsbourien vient chahuter de son insolence.

De Gainsbourg à Gainsbarre

Le photographe, qui est aussi le co-commissaire de l’exposition, se plaît à rembobiner. Tout commence en 1985. Alors que Gainsbourg est à l’apogée de sa carrière, lui, fait ses premières armes au magazine Média. Le premier est contacté pour faire la une de l’hebdomadaire, le second l’accueille dans son studio. L’idée est la suivante : faire du parolier un « Dalí des années 80 ». D’où la moustache fine et dressée, accompagnée du regard follement ébahi qui fait la particularité du peintre espagnol. 

Deux personnalités sulfureuses, « deux trublions de notre société, qui la questionnent, la poussent dans ses retranchements, à deux périodes différentes », analyse Roberto Battistini. À l’appui, cette folle séquence de Gainsbourg, décidant sciemment de brûler un billet de 500 francs, sur le plateau du journaliste Jean-Louis Burgat. Entre autres.

Url de la ressource

Pour autant, le photographe se souvient d’un homme « très courtois, très attentif à [sa] demande et hyper disponible », à rebours de l’image incontrôlable que le chanteur alimentait. C’était un samedi midi, moment où Gainsbourg investissait le Casino de Paris à la nuit tombée. Moment aussi où il assénait, d’une voix rieuse posée sur des rythmes reggae, « Ecce Homo » (Voici l’homme). En ces mots il dévoilait, définitivement rompu aux excès, le nouveau visage du fulgurant Gainsbarre. Un personnage aux allures d’échappatoire : Gainsbarre effronté, Gainsbarre alcoolisé, Gainsbarre le cœur meurtri de son amour parti, Jane Birkin. 

Mais derrière ces gesticulations, un artiste  « très professionnel »,  « quelqu’un qui savait bien gérer ». Lors de la séance photo, il était bel et bien sobre,  « il savait que s’il avait des concerts, il fallait qu’il ait de l’énergie », assure Roberto Battistini. Un sérieux quelque peu entaché par ses fameuses Gitanes, qui émaillaient le lieu :  « une sur la table de maquillage, une sur le plateau et l’autre au bec ». Allumées, bien sûr.

Alter egos

La force de l’exposition, sans omettre pour autant ces errements identitaires,  reste de célébrer le Gainsbourg  « amoureux de la peinture », qui la considérait d’ailleurs comme  « un art majeur », rappelle le photographe. D’autant qu’ici, l’image du chanteur lui échappe, désormais aux mains des artistes qui en proposent leur réinterprétation. Parmi eux : le peintre cubain José Bédia, le néerlandais Mark Brusse ou bien encore Miss Tic, maîtresse du street art à la parisienne. 

Pour ces réinterprétations, Roberto Battistini laisse carte blanche aux artistes. © Louise Lucas

Car peu importe la nationalité, les formes d’art travaillées, le genre, les milieux fréquentés : Gainsbarre fascine, et incarne une certaine idée de la France, son « allégorie ». D’où cette deuxième série de photo ensuite détournée à l’envi, Gitane Béret Baguette, avec un Serge Gainsbourg, comme le nom le suggère, « un peu franchouillard », sourit Roberto Battistini.

Chaque œuvre se distingue par sa singularité, et en dit autant de l’artiste contemporain que du chanteur lui-même. Gainsb’Art s’apparente dès lors à une grande boîte à outils, remplie de toutes sortes de couleurs et d’émotions. De quoi mieux cerner l’indomptable personnage, ses textes sibyllins, son regard désabusé et ses fragilités certaines. Personnage qui incarne, chose sûre, une sorte d’alter ego universel. 

L’exposition Gainsb’Art est à visiter du 1er octobre au 15 novembre à la galerie d’art Yoxeone, 11 rue de la Sourdière à Paris. Entrée gratuite. 

Louise Lucas.

 

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