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Point de vue

GAME OF THRONE : la meilleure série de tous les temps ?

Un an après l’avoir suivie, j’ai revisionné intégralement la série Game Of Throne ; cette fois avec minutie et toute l’attention que mérite une œuvre d’une telle perfection. Les 75 heures de visionnage des 66 épisodes m’ont permis de redécouvrir ce chef-d’œuvre sous de jours nouveaux. Adaptation de l’œuvre romanesque de George R. R. Martin, David Bénioff et D.B Weiss ont eu l’ingéniosité de nous présenter un art cinématographique extrêmement habile et plein de rebondissements.

Pour l'éternelle guerre du pouvoir...

Du premier au dernier épisode de cette fantasy, les showruners ont particulièrement mis l’accent sur une réalité de tous les jours : la guerre du pouvoir. L’intrigue se déroule sur deux continents : Westeros et Essos, des univers fictifs que les réalisateurs ont étrangement réussi à traduire en réalité. La série nous plonge d’entrée dans l’éternel combat contre le mal, avec ses codes manichéens. Mais pour moi, GOT passe bien au-delà de ces clichés avec son orientation propre à lui, cette orientation bien noire, très sale, incestueuse, sanguinolente et meurtrière.

Si la dynastie des Tagaryens a su, depuis la conquête de l’ancêtre Aegon, se tenir maître des gigantesques œuvres architecturales de Port-Real, l’assassinat du roi fou par le personnage atypique de Sire Jamie Lannister mit fin à leur long règne. Plus de dragon, plus de rois aux cheveux blonds… Robert Baratheon, qui a su se défaire de son rival, Reg Tag aryen, lors de la bataille du Trident, a pu accéder au trône. Mais qu’en est-il advenu de son règne ?

Mais pouvons-nous livrer un avis sur GOT sans nous intéresser aux Nordiens… ce peuple Westorosis avec sa civilisation, ses anciens dieux, ses neiges, ses châteaux et ses héros ?

Un univers complexe, une trame versatile, des personnages cohérents...

Game Of Throne, comme la plupart des séries, nous présente ses personnages, mais des personnages profonds, denses et très étudiés au gré desquels nos impressions vacillent. Qui n’a pas détesté la diablesse Cersei Lannister, son impertinent et bâtard de Joffrey Baratheon ou encore l’autre bâtard de Ramsey Bolton ? Mais bien qu’étant bâtard, nous sommes tous restés admiratifs devant la bravoure et le réalisme de l’imperturbable Jon Snow. Qui est-ce qui ne s’est pas inquiété pour Arya Stark ? Qui n’a pas loué la diplomatie et l’éloquence du nain le plus célèbre de tout Westoros — excusez — du monde entier : Tiryon Lannister ? C’est là quelques indices de l’épaisseur de ces personnages aussi réalistes que l’ensemble de ce plat tout gourmand que nous a servi HBO.

Rentrons un peu dans le vif de la série, à présent. Quelle est cette œuvre qui prend le plaisir de nous faire aimer un personnage, puis nous l’arrache au moment où l’on s’y attend le moins ? La décapitation du suzerain du nord, puis la main du roi, Neddard Stark, reste pour moi l’une des scènes les plus déroutantes et les plus touchantes de la série. Il semble d’ailleurs que cette étape a marqué un tournant majeur dans le schéma narratif de la série. Les Stark sont trop justes pour vivre et dans une société remplie de trahisons, de mesquineries et de coups bas comme celle de Port-Real. Conséquence : ils périssent dans leur aventure vers le sud.

J’ai particulièrement fait ce rapprochement entre le personnage de Deanerys Tagaryen et celui de Bran Stark. Leurs destins ne semblent-ils pas liés ? Tous deux, très jeunes, se sont lancés dans la conquête du pouvoir, l’une, depuis son lieu d’exile avec une armada ; et l’autre, vers l’au-delà du mûr, ce lieu de tous les dangers, avec quelques proches d’infortunes. Mais quoiqu’affreux, ce périple lui aueras permis de se hisser finalement sur les toits de Westeros.

La fin de la série, malgré un goût d’inachevé qu’il nous laisse, est le rebondissement qui imprègne à l’œuvre toute son originalité. Comment ? Comment peut-elle bafouer en un claquement d’ailes de dragons un apprentissage de plus de 7 ans dans l’art de gouverner ? Des civils massacrés, une ville entière rasée, des exactions ignobles de guerre, Tiryon, son fidèle conseiller en sera totalement déçu et va se séparer de son maudit symbole, cet insigne qui l’a fait main de Reine. C’est à croire que le feu, le sang et le crime constituent le propre des Tagaryens. Nombreux sont ces arrière-plans qui ont rappelé les folies meurtrières du roi fou, et la bonne, douce et blonde Deanerys n’était pas en réalité celle qu’elle nous a toujours fait croire être : la justicière briseuse de chaîne. Elle sera assassinée par un autre Tagaryen, Aegon, cette fois, ou Jon Snow, si vous voulez. Les Tagaryens : le feu, le massacre, le meurtre…

L’autre chose qui m’a un petit peu alerté est le subtil message teinté de misogynie que les réalisateurs ont réussi à dissimuler. La femme et le pouvoir sont comme le feu et la poudre à canon : il est prudent de ne jamais essayer de les rapprocher. La guerre la plus destructrice de Port-Réal est survenue au moment où une reine siège sur le trône et pendant qu’une autre veut y accéder. Vous suivez ma logique ? Nous avons suivi le duel Stanis vs Joffrey Baratheon — la bataille de la Mera ne fut pas aussi sanglante — ne fut pas aussi meurtrière. Le petit Tommen Baratheon a même su garder le sang-froid face à l’incarcération de sa mère ainsi que celle de sa bien-aimée la reine Tyrrell. Lors du concile qui s’est tenu à la fin, un bref passage corrobore ma perception misogyne, mais très évidente de GOT. « Bran n’est pas bien placé pour accéder au trône, puisqu’il ne peut engendrer », remarque Sansa Stark. « C’est un atout pour lui de bien gouverner », en jugea Tiryon. S’il défend l’idée selon laquelle la succession héréditaire au trône ne sera plus d’actualité, Bran le « Brisé », pour lui, représente le candidat parfait dans la mesure où sans progénitures, il n’y pas de possibilités qu’elles soient influencées ou manipulées par une mère trop préoccupée par les affaires politiques un peu comme Cersei.

Alors, peut-on prétendre que Game Of Throne est la meilleure série de tous les temps ?

La réponse à cette question reste relative, mais l’affirmatif me paraît bel et bien pensé. La profondeur de cet univers médiévalo-fantastique créé par G. R. R Martin est immense et infini. HBO aussi n’a pas lésiné sur les moyens, et les résultats sont là, palpables. Voyons de prêt la somptuosité de la réalisation, la pertinence et la passion que génère l’intrigue, l’éblouissement des effets spéciaux, le casting, la bande non… non, les showruners sont des génies, et cette série politique est une belle claque aux réalisations monotones hollywoodiennes.

Mais ce n’est pas tout ! L’originalité de ce mastodonte indétrônable de l’histoire de la série TV se trouve encore dans la galerie de ses personnages qui se détestent, qui s’entretuent et qui finissent parfois par s’aimer. Sansa Stark qui verse des larmes et qui baise le cadavre de Téon Geyjoy (le seul fils de Baloon Greyjoy encore vivant… Rire).

Enfin, soulignons que GOT, c’est la série des opprimés. C’est la série du bas peuple (n’est-ce pas d’ailleurs la raison qui a engagé Lord Varys dans son aventure à travers Volantis, Astaport, Yunkai, Meeren, Winterfel… Mais qui va lamentablement s’achever sous l’embrasement au Peyerdragon ?). De toute évidence, Game Of Throne aura réussi à tromper le mythe biscornu des privilèges liés à l’hérédité, au sang.

Jon Snow est mal né. Il n’avait pas un nom qui puisse le favoriser en telle ou telle situation. Mais le gnome de Castral Rock lui enseigna : « un bâtard, c’est ce que tu es. Fais-en une armure, et le monde ne pourra pas l’utiliser contre toi ». Et Jon Snow l’a suivi. Résultat : il a réussi partout où il a mis pieds. Il est devenu le Lord commandant de la Garde de Nuit, et au grand dam des vétérans. Il a réussi l’historique alliance entre les sauvageons et les peuples du sud. Il a vaincu Ramsay durant la nostalgique Bataille des bâtards. Il est proclamé roi du Nord sans qu’il ne l’ait pas demandé. Il a convaincu Daenerys et a engagé son armée dans la guerre contre l’armée des morts. Il a réussi à faire tomber amoureuse la mère des Dragons. Il a ramené la paix ! Et pourtant, il n’était qu’un BÂTARD. De plus, n’est-ce pas cet engagement aux côtés des marginalisés qui a fait de Bran Stark, l’infirme, le roi des six couronnes, et du gnome, le demi-homme, sa main ? Game Of Throne, c’est la crème des crèmes.

Mais une question, amis cinéphiles : qui de Daenerys et de Bran est pour vous le plus méchant ? Je vois Bran, moi. Il a joué, sans se dévoiler, le plus cynique de la série, juste après sa chute provoquée par Sire Jamie qui chevauchait sa sœur en mode levrette, la reine.

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