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Les mangas en France : dernières tendances

Depuis sa première apparition en France en 1969 dans le magazine Judo KDK, le manga a fait beaucoup de chemin au sein du paysage littéraire français. Si tout ne fut pas simple pour le genre originaire du Japon, il s’est aujourd’hui imposé comme incontournable dans l’Hexagone. Retour sur les dernières tendances du maître de la bande-dessinée dans notre cher pays.

One Piece, Dragon Ball, Naruto, Detective Conan, Ken le Survivant, Bleach, aujourd’hui nous ne comptons plus le nombre d’entre eux s’étant imposé comme des figures importantes de la pop-culture. Si certains ne paraissent plus, d’autres continuent à accompagner chaque année les nouveaux arrivants dans leur conquête du public français. Car oui, la France est aujourd’hui une cible de choix pour les maisons d’éditions.

Deuxième pays consommant le plus de mangas au monde (le Japon étant évidemment premier), elle est devenue au fil des années un marché gigantesque pour le genre, et encore plus aujourd’hui. Alors que la bande-dessinée japonaise semblait en déclin au début de la décennie 2010, en descendant à 11,75 millions d’exemplaires vendus en 2014 (chiffre le plus bas depuis 2004), elle a depuis retrouvé de sa splendeur et se porte mieux que jamais. En repartant de manière quasi-exponentielle, les ventes ont presque doublé en six ans pour atteindre le chiffre de 22,3 millions en 2020, un record absolu en France.

Un règne incontestable

Si les ventes ont augmenté, l’importance du manga dans le pays des droits de l’Homme a également pris une ampleur jamais vue. Aujourd’hui, le manga pèse 42% dans les parts de bande-dessinées vendues en France. A ce sujet, Matthieu Pinon, journaliste spécialisé dans les mangas explique que « le marché de la bande-dessinée est tout simplement porté par le manga. Le genre se porte très bien et est en pleine croissance ». En effet, grâce à une augmentation des ventes elle aussi record de 18% par rapport à l’année dernière, plus d’un livre sur 13 acheté en France au cours de l’année 2020 était un manga, encore une fois du jamais vu. L’année 2020 était sans conteste l’année de tous les records pour le genre japonais. Cependant pour le journaliste, il faudrait malgré tout rester lucide sur la situation : « Aujourd’hui le marché français est complètement tributaire du marché japonais. Si ce dernier s’enrhume, la France éternue, s’il se porte bien, la France se porte bien. Il ne faut pas oublier que de grandes licences arrivent en bout de course. Naruto est terminé, One Piece se rapproche de la fin, l’Attaque des Titans prend fin, il faut espérer que de nouveaux titres relanceront autant le marché que ces derniers ont pu faire. »

Mais alors qui sont les têtes d’affiches d’une telle explosion ? Si « l’âge d’or » du manga en France (fin des années 90, années 2000) était placé sous le signe d’un florilège de naissances de titres, l’actualité tend à montrer une évolution du marché. En effet l’heure n’est plus au florilège de naissances mais à la consolidation des puissances déjà en place. Les maisons d’éditions comme Glénat (One Piece, Dragon Ball…), Pika (Fairy Tail, GTO…) et Kana (Naruto, Death Note…) assoient leurs places de leaders en concentrant toujours environ 50% des parts du marché français. Le dernier se permet même une performance non-négligeable.

En effet son titre phare, Naruto, s’est écoulé à quasiment 1,2 millions d’exemplaires l’année dernière, soit deux fois plus que l’année précédente, alors qu’il s’est arrêté en 2016. Cet intérêt retrouvé s’explique par la pandémie mondiale selon la maison d’édition, qui a vu ses ventes décuplées en sortie de deuxième confinement. Un phénomène qui propulsa les tomes 1 et 2 du manga à la première et deuxième place du classement des mangas les plus vendus de France l’année dernière.

Des chiffres hallucinants

Mais Naruto n’est pas l’ancien titre ayant le plus cartonné sur l’année 2020, car c’est également un manga créé au siècle dernier qui se place premier au nombre total de volumes vendus sur l’année 2020 : One Piece. Le manga le plus vendu de l’histoire (470 millions d’exemplaires), toujours aussi populaire, a réussi à se placer à la première place grâce à la sortie de nouveaux tomes. Également présent dans le haut du classement Dragon Ball Super vient confirmer cette tendance.

Selon Camille Oriot, responsable des données pour le marché du livre chez GFK (institut d’études de marché donnant tous ces classements), ce retour aux sources pour les lecteurs ne se limite pas qu’au manga : « Nous observons un recentrage important des ventes autour des best-sellers en 2020. Leur poids a été renforcé tout au long de l’année, le Top 20 Séries BD ayant même représenté plus d’1/3 des exemplaires vendus au Confinement #1 » (Source : GFK) explique-t-elle. Mais la concurrence n’est jamais très loin et de sérieux candidats commencent déjà à frapper à la porte.

Et le premier n’est autre que l’œuvre dont le 1er tome est venu compléter le podium occupé par Naruto : Demon Slayer. Kimetsu no Yaiba (de son nom d’origine), a en effet affolé les compteurs en 2020 à tel point qu’il est étonnant de ne pas le voir tout rafler également en France. Bien présent dans les mangas les plus vendus dans l’Hexagone, le titre est pourtant loin d’avoir montré l’étendue de sa puissance. Au Japon, 24 des 30 tomes (dont les 22 premières places) les plus vendus étaient issus de l’œuvre de Koyoharu Gotōge et, tenez-vous bien, au total le manga s’est écoulé à 82 345 447 exemplaires ! Un chiffre hallucinant, d’autant plus lorsqu’il est comparé à ceux de ses adversaires directs. 74 000 000 de ventes d’avance sur le second, presque trois fois le reste du top 5 réunis, et un précédent record détenu par One Piece absolument annihilé (38 millions). Il est donc évident que le raz-de-marée provoqué par cette œuvre ne tardera pas à arriver en France, et peut-être même dès cette année.

Un genre toujours plus riche

Mais ces têtes d’affiches ne représentent pas l’étendu des œuvres japonaises présentes en France. Malgré une légère baisse de sorties l’année dernière (1647, soit 150 de moins que l’année précédente) facilement explicable par le contexte sanitaire, les titres les plus populaires ont bien répondu présents. Parmi eux, nous pouvons retrouver Hunter x Hunter, L'attaque des Titans, My Hero Academia, Fairy Tail - 100 Years Quest, The Promised Never Land, mais aussi Ki & Hi, manga créé par le YouTubeur français Kévin Tran.

Du beau monde, rejoint par deux petits nouveaux faisant leur entrée dans le classement : Spy x Family et Jujutsu Kaisen. Le dernier, édité par Ki-oon, réalise même le meilleur démarrage de l’histoire de sa maison d’édition avec 275 000 exemplaires vendus depuis février 2020. A ce sujet, Ahmed Agne, patron des éditions Ki-oon indique même que « la série est d’ores et déjà programmée pour rejoindre le top 5 des meilleures ventes de séries manga en France » (Source : BFMTV).

Au-delà des titres

Si aujourd’hui le marché se distingue par son offre toujours plus riche et diverse, les mangas ne se résument pas seulement aux titres des œuvres, mais aussi à leurs genres. Dans l’univers du manga, quatre sont dominants : les shōnen (destinés aux jeunes garçons), shōjo (jeunes filles), josei (jeunes femmes) et les seinen (jeunes hommes).

En France, depuis toujours, les mangas les plus populaires sont les shōnen, de très loin. « Malgré une diversification évidente, on reste sur un marché très largement dominé par le shōnen, avec un public jeune et masculin en majorité. Comme il s’agit du genre le plus populaire, les éditeurs ont bien conscience qu’il faut avoir un gros cheval porteur dans son catalogue pour pouvoir amortir les pertes des autres titres » explique Matthieu Pinon.

Cependant ces dernières années, avec l’évolution du public qui a grandi avec les mangas, les lecteurs, se font de plus en plus âgés et les seinen attirent de plus en plus. Avec des histoires pouvant parfois être plus poussées grâce à un public visé plus âgé, les seinen sont depuis quelques années le genre de mangas le plus publiés (270 en 2020 contre 218 shōnen). De leurs côtés, les shōjo/josei, qui avaient réussis à se démocratiser il y a 5 ans (36% des parutions en France), ont progressivement perdus du terrain jusqu’en 2020 (25% des parutions).

Cependant nombreux sont ceux qui relativisent ces chiffres, estimant que ces catégories sont dépassées et qu’aujourd’hui les femmes peuvent tout autant lire des shōnen, que les garçons des josei. Le marché actuel est donc toujours aussi florissant, mais également en termes de maisons d’éditions car de nouvelles apparaissent chaque année.

Aujourd’hui présentes par dizaines rien que pour publier en France, elles adoptent toutes des stratégies différentes pour parvenir à attirer des lecteurs. Elles peuvent se spécialiser, se diversifier, cibler un certain public ou toucher le plus grand nombre, elles développent de nouveaux titres, s’appuient sur leurs titres déjà en place et varient même les supports comme Pika qui propose tous ses titres quasiment systématiquement en papier et en numérique. Mais, comme dans tout domaine, certaines choses n’arrivent pas à évoluer, et même pour le manga, des limites s’imposent.

Mais tout ne prend pas...

Au-delà du mot « manga », la bande-dessinée asiatique n’existe pas seulement à travers le Japon. Moins connus en France, les manhwas (bande-dessinées coréennes) et les manhuas (bande-dessinées chinoises) tentent depuis plusieurs années de se frayer un chemin sur le marché français. Sur le principe, elles ne sont pas bien différentes des mangas : « C’est assez similaire, mais une différence peut néanmoins se noter sur la narration des histoires » affirme Matthieu Pinon. Pourtant le genre a du mal à prendre en France. Même les manfras (mangas français) sont plus présents sur le territoire depuis plusieurs années.

Manga = Japon / Manhwa = Corée / Manhua = Chine / Manfra = France

Mais comment expliquer cela malgré des différences intrinsèques si faibles ? Pour le journaliste, il s’agit avant tout d’une différence de culture. « Les mangas qui marchent en France représentent le haut du panier des mangas présents au Japon, une infime partie d’entre-eux. La France ne reçoit que le gratin, et ne peut donc en aucun cas se rendre compte de l’importance du marché du manga au Japon. En Corée ou en Chine, ce genre est apprécié certes, mais pas autant qu’au Japon. Là où dans un ascenseur coréen on dira de ne pas rentrer à plus de 6 dans un ascenseur grâce à un écriteau, au Japon il s’agira d’un petit dessin de manga pour expliquer cela. Le manga fait totalement partie de la culture japonaise, il est donc très dur pour un manga étranger de s’imposer, et d’autant plus en France, où ce ne sont que les plus populaires qui arrivent jusqu’à chez nous. »

De ce fait, il est difficile pour les titres coréens ou chinois d’arriver à exister chez nous. Pourtant, les éditeurs essayent malgré tout de développer des pistes comme les Webtoons qui sont des manhwas publiés de manière 100% numérique. Plus récemment (25 janvier), ce sont les éditions Delcourt qui lançait Verytoon, avec les mêmes objectifs que Webtoon. Rien n’est donc perdu pour ces genres et certains résultats sont même encourageants comme le démontre le manhwa Solo Leveling qui réalise un carton en Corée, et qui fait de plus en plus parler en France.

Les dernières tendances montrent donc que le manga n’est pas près de mourir en France. Avec l’arrivée de nouvelles licences, de nouveaux formats, de nouveaux genres, le départ des anciens ne semble pas effrayer cette industrie qui, à l’instar de l’un de ses personnages les plus célèbres, Son Gokû, se trouve sur un petit nuage.

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