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Les mèmes digitaux et la mondialisation culturelle

Certaines créations numériques échappent parfois au maelström égocentré des millions de vidéos personnelles publiées sur les réseaux sociaux. Elles sont si étonnantes, loufoques ou attendrissantes qu’elles échappent un temps à l’univers virtuel et deviennent un mini-marqueur de notre pop culture mondialiste en perpétuelle gestation. Bienvenue au pays des mèmes !

Les mèmes sont devenus un élément très populaire de la très jeune cyber-culture avec l’explosion des réseaux sociaux adolescents et la démocratisation de la production vidéo. Tout smartphone équipé d’un appareil photo-vidéo et d’une application de montage gratuite, avec quelques effets spectaculaires et une poignée de filtres, permet à tout un chacun de créer rapidement un clip vidéo.
En quelques années, la jeune génération est devenue réalisatrice et parfois étonnamment créative. Certes, l’immense majorité des mini-productions vidéo mondiales sont généralement nombrilistes et fondées sur l’apparence.

On s’y montre beau, performant, craquant, irrésistible même si le reste de la vie est insipide. Une jeune personne va s’habiller et se maquiller pendant de longues heures pour une vidéo de quelques secondes, un mouvement (sports extrêmes, danses Tik-Tok, performances diverses…) sera répété des heures pour obtenir la prise parfaite, celle qui provoquera un rapide « wow ! » avant que ne l’efface la séquence suivante.

Une pépite dans le bruit culturel

Certes, ce n’est pas dans cette masse de capsules amusantes, rafraichissantes, époustouflantes, étonnantes, attirantes, entraînantes et tellement vides que l’on trouvera les prises de position destinées à sauver le monde des périls qui le menacent. Sur Instagram et les autres, la vie est belle !
Et, de cette avalanche quotidienne de chefs-d’œuvre éphémères et d’insouciance légère, émerge parfois une pépite, une étincelle, une étoile. Une petite vidéo qui va plaire à tous ses publics et se propager plus vite que le coronavirus sur les cinq continents. En quelques clics et retweets, le nombre de vues explose, dépasse le million et s’installe dans la durée. C’est-à-dire quelques jours ou quelques semaines, tout au plus.

Le petit bout de vidéo quitte alors son statut de microbulle cinématographique et devient un marqueur de son époque, une balise générationnelle. On en parle entre copines au lycée ou entre collègues au travail. C’est devenu un « mème ».

Tout le monde a entendu ce terme. Certains savent qu’il s’applique, par exemple, à la très virale vidéo d’il y a quelques années dans laquelle ce jeune garçon posait d’une voix ingénue sa devinette à deux balles : « Qu’est-ce qui est jaune et qui attend ? Jonathan ! ». Mais qui sait pourquoi c’est un mème ?

Le mème, ce comportement que l’on reproduit

Un mème est « un élément culturel reconnaissable, reproduit et transmis par l'imitation du comportement d'un individu par d'autres individus » (Wikipédia). Tout s’éclaire : une vidéo devient un mème quand tout le monde s’en empare par mimétisme. On copie, on déforme, on s’approprie, on rit beaucoup, on transforme, on recrée à l’infini, on détourne, on s’amuse comme un chaton internet avec la souris de l’ordi ou les innombrables répliques de la série « Kaamelot » d’Alexandre Astier.
Le mème le plus récent est cette photo de l’homme politique de la gauche américaine Berny Sanders, emmitouflé dans sa parka lors de la cérémonie d’investiture de Joe Biden. Ses bras et jambes croisés, sa position sur sa chaise pliante, mais surtout ses improbables et incroyablement gigantesques moufles tricotées de laines chamarrées ont été détournées des milliers de fois sur la Toile et la scène est devenue un mème en quelques minutes.

Alors peu importe que le mot « mème » ait été inventé par le biologiste et ethnologue Richard Dawkins à partir du terme « gène » et du grec « mimesis » (imitation) il y a presque un demi-siècle. Le mème est un réplicateur participant à l’évolution des cultures. Cette unité d’information devrait être vue comme une marche, une étape dans la construction d’une identité commune.

Alors, même (qui ne s’écrit pas pareil) si la similitude avec le fonctionnement des gènes se transformant sous la pression de la sélection naturelle ne fait pas l’unanimité dans la communauté des philosophes et sémiologues, tout le monde sait dorénavant ce qui est jaune et qui attend.

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