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Point de vue

The Lost Daughter : Une réalité de la maternité épluchée

Maggie Gyllenhaal commence sa carrière de réalisatrice avec un coup de poker à travers une histoire relativement simple et une réalisation qui pourrait presque sembler banale. The Lost Daughter nous confronte à une brutale réalité : et si le rôle de mère n’était pas le plus beau des métiers ?

Nous sommes propulsés sur une île grecque, accompagnant Leda, une femme de 48 ans. Traductrice et linguiste, elle ressent le besoin d’être seule, au soleil et loin du bruit. Quand le calme des Cyclades est bouleversé par la disparition d’une enfant, Leda est de nouveau submergée par le bruit, mais celui de ses souvenirs. Le personnage incarné par Olivia Colman est comme hanté. C’est parce qu’il y a quelques années de cela, elle décide de partir et abandonne ses filles.

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Des va-et-vient dans la psyché d'une mère

Maggie Gyllenhaal nous propose l’étude de trois femmes : Leda et sa version plus jeune (Jessie Buckley) mais aussi celle de Nina (Dakota Johnson), une jeune mère quelle voit sur la plage et qui devient son obsession. Le concept de la maternité, et surtout de la “bonne mère” est interrogé : L’instinct maternel est-il naturel ? Une femme doit-elle forcément tout à ses enfants ? 

Le personnage de Nora dans Marriage Story de Noah Baumbach, une avocate spécialisée dans le divorce interprétée par la brillante Laura Dern, le dit elle-même : “On peut accepter l’idée d’un père imparfait. Le concept du bon père a été inventé il y a 30 ans. Avant cela, les pères étaient silencieux, égoïstes et absents et nous les acceptions comme tels. Mais, en aucun cas, nous pouvons accepter cela d’une mère”. 

Notre société condamne les mères absentes ou du moins considérées comme indignes. Mais indigne de quoi ? Très rapidement, on est tenté de catégoriser Leda comme une femme désagréable, car elle exprime ses envies, et surtout ce qu’elle ne souhaite pas faire. Mais plus le film avance, plus on comprend les différentes couches qui la composent. Elle a, comme beaucoup de femmes, voulu suivre le schéma. Mais que faire quand ça n’a aucun sens ? Comme l’explique Mona Cholet dans son livre Sorcières : “Un homme qui ne devient pas père déroge à une fonction sociale, tandis qu’une femme est censée jouer dans la maternité la réalisation de son identité profonde. Si la jeune Leda combat son désir de fuir au début du film, on voit la Leda actuelle combattre ses regrets.

"Je suis mère et heureuse mais cela ne m'a pas prosélyte", dit Maggie Gyllenhaal à nos confrères de 20 minutes.
"Je suis mère et heureuse mais cela ne m'a pas prosélyte", dit Maggie Gyllenhaal à nos confrères de 20 minutes.
“Don’t let it break, peel it like a snake”

Tout le long du film, on peut voir Leda et ses deux filles éplucher une orange. Le rituel a pour but d’enlever toute la peau en une fois. Elles en rigolent et prennent du plaisir. Pour nous tout au long du film, entre les pics d’anxiété et la bande son de Dickon Hinchliffe qui rythme cette escapade ensoleillée, on se demande si cette étude de la maternité va se casser.  Mais si Maggie Gyllenhaal ne nous transcende pas de par son originalité, elle arrive à nous rappeler la cruelle banalité que, peut-être (sûrement), beaucoup de femmes subissent. Une œuvre franche, simple, mais qui pour moi a été bruyante de vérité. 

Marcus Bellonne

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