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Point de vue

Shiva Baby : humour noir, jeunesse chaotique et anxiété

Basé sur un court-métrage, cette bombe cinématographique est sortie le 2 avril de l'autre côté de l'Atlantique après avoir secoué les festivals de Toronto et Tribeca. Shiva Baby d'Emma Seligman, c'est un voyage tordu et hilarant dans l'esprit d'une jeune étudiante qui doit survivre à une cérémonie religieuse étouffante.

Je vous en parlais comme un des cinq films du moment à ne pas rater, mais il fallait que je revienne dessus avec plus de détails. Shiva Baby est un film incroyable. J'ai adoré souffrir en regardant cette escapade dans l'esprit de Danielle, jeune juive new-yorkaise qui rencontre malencontreusement son sugar daddy et sa femme lors d'une Shi'vah (service funéraire juif).

On a tous déjà été convié à une réunion familiale anxiogène, celle où on vous harcèle par rapport à votre vie sentimentale, où l'on vous demande si vous avez un projet précis quant à votre futur. S'enfuir n'est pas une option, vous vous battez, mais c'est dur. Le stress monte, au bout d'une heure vous voudriez déjà être loin d'ici. Danielle, elle, reste coincée presque toute la journée. Elle est oppressée par la pression que son père lui met, car c'est durant ce genre de réunion qu'elle pourrait peut-être trouver un travail ! Après tout, elle sera bientôt diplômée de la faculté : ça presse. 

Cette réalisation en équilibre tonal, en cinématographie et en escalade narrative offre l'une des meilleures expériences à forte intensité / faible enjeu de l'année.

Douglas Davidson, Rotten Tomatoes

De pressée à oppressée, il n'y a qu'un pas. En même temps qu'elle, accompagné par la bande-son du film composée par Ariel Marx, on a l'impression d'être dans un film d'horreur. Danielle veut fuir ses tantes éloignées et les questions auxquelles elle a déjà répondue vingt fois, mais si elle ne croise pas son ex, Maya (car elle est bisexuelle), elle tombe sur Max, l'homme qui l'a payé ce matin pour soutenir ses "projets d'entrepreneuse" après avoir couché avec elle. Il s'avère qu'il est marié et qu'il a un bébé. Elle vient de le découvrir, de quoi alléger la cérémonie. 

Le problème, c'est qu'elle ne veut pas être vue comme la Danielle décrite par sa famille, elle s'est inventé une toute autre image et vie devant Max. Une nouvelle dose de stress et de complications arrive. Très vite, on crie à travers notre écran une seule chose : FUIS. On veut qu'elle coure hors de cette maison qui semble être dans le New Jersey, car plus les minutes passent, plus elle s'enfonce dans une situation chaotique. "A chaotic bisexual", c'est d'ailleurs comme ça que la rédaction de Letterboxd qualifie notre héroïne, qui semble juste être une de ces nombreuses jeunes adultes perdues, qui cherche à trouver son chemin dans cet océan étrange qu'est la vie. Souffrant clairement d'anxiété, elle subit une chose (la cérémonie) qui semble banale et quotidienne pour les gens autour d'elle. Mais souffrant moi-même d'anxiété, j'ai rarement vu un film représentant aussi bien la tombe dans laquelle on a l'impression d'être jeté, avec cette sensation de ne pas pouvoir s'en dépatouiller. 

Une protagoniste touchante et attachante

Trois genres cohabitent dans Shiva Baby : la comédie, le drame et quelque chose qui s'approcherait de l'horreur. La réalisation est géniale, car on est privé d'aucun détail. Chaque miette nous revient de droit, on capte chaque nuance que nous chuchote la très talentueuse Emma Seligman. La complexité et donc, l'humanité de Danielle, c'est cette envie d'avoir du pouvoir et d'être indépendante, d'où son envie d'avoir un sugar daddy, mais également ce besoin viscéral d'être rassuré, comme quand elle demande à sa mère si elle est déçue d'elle. Comme dans chaque phase de transition, notre vulnérabilité est à son maximum, et nous assistons pendant tout le film à la démolition du monde de Danielle telle qu'elle pensait le contrôler.

Le comique de situation et l'ambiance anxiogène nous donnent un combo unique. On rigole autant qu'on est gêné, on respire et on sourit à la fin parce que cette journée est enfin terminée, pour nous comme pour elle. Si on a envie de manger des bagles à la fin du film, on ne veut certainement pas venir à une Shi'vah, traumatisé, mais amusé par ce long-métrage qui méritait d'être regardé. Comme Danielle (je pense.), on ne regrette pas pour autant d'être passé par là. C'était étrange, mais c'était nécessaire, car on en apprend un peu plus sur les autres et sur nous-même. Parfois, il faut que ça pète, puis tout va mieux. 

Disponible en location et achat en ligne sur plusieurs plateformes de streaming

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Marcus BELLONNE 

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