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Faire revivre les mammouths - projet fou ou solution anti réchauffement climatique viable ?

La start-up américaine Colossal a annoncé avoir levé 15 millions de dollars pour "ressusciter" les mammouths afin de protéger le permafrost, ces parties du sol qui ne dégèlent jamais. Ce vieux rêve de génie génétique, qui consiste surtout à manipuler les gènes d'éléphant pour sauver ainsi le climat… est pour beaucoup discutable.

Depuis un peu , il rêve lui même de ramener les mammouths à la vie , celui qui a été à Harvard à un rêve assez ambitieux , ce dernier est un génie de la génétique

Avec Ben Lamm, fondateur de Colossal Biosciences pour faire revivre les mammifères qui ont disparu il y a 4000 ans. 

Le projet que George Church a vendu à des investisseurs aussi différents que Thomas Hull, le patron du studio de production Legendary Entertainment (à l'origine de films comme "Jurassic Park" et "Godzilla"), le fonds d'investissement Animal Capital ou encore les frères Winklevoss, célèbres pour avoir soutenus à l'origine Mark Zuckerberg pour Facebook, aujourd'hui propriétaire d'Instagram l'un des plus gros réseaux social du monde, cela paraît simple.

De plus Jurassic Park annonçait dans sa vidéo,trente ans plus tard, la biologie de synthèse existe bien pour venir à bout d'espèces envahissantes ou stopper l'extinction des espèces et la perte de biodiversité. Mais au-delà de ces objectifs, certains scientifiques ont d'autres ambitions.

Cet herbivore de la période glaciaire, dont les éléphants d'Asie sont les lointains cousins, a vécu sur plusieurs territoires du Nord, protégé du froid extrême par une épaisse fourrure. L'animal hirsute s'est éteint il y a environ 4 000 ans mais la révolution génétique actuelle qui combat les effets de l'âge, les maladies les plus répandues et la création de « bébés sur mesure », pourrait changer cet état de fait. Ca sera donc des "mammouphants" 


 

Cet herbivore de la période glaciaire, dont les éléphants d'Asie sont les lointains cousins, a vécu sur plusieurs territoires du Nord, protégé du froid extrême par une épaisse fourrure. L'animal hirsute s'est éteint il y a environ 4 000 ans mais la révolution génétique actuelle qui combat les effets de l'âge, les maladies les plus répandues et la création de « bébés sur mesure », pourrait changer cet état de fait.

 

Il consiste à croiser l'ADN d'un éléphant d'Asie avec celui du mammouth laineux afin de ramener ce dernier à la vie et de le renvoyer dans le désert arctique, où ces animaux empêcheraient le permafrost ( zone de gel permanent)  de fondre et de relâcher ainsi dans l'air d'énormes quantités de CO2, ce qui aggraverait le réchauffement climatique.Les éléphants d'Asie et les mammouths laineux ont un ADN similaire à 99,6%, souligne Colossal sur son site Internet.

 

Les mammouths écrasait l'herbe et la mousse sur le sol, abattaient les arbres et aplatissait la neige donc accidentellement, ils contribuaient ainsi à ce que le permafrost reste aussi froid que possible : la mousse conduit moins bien la chaleur que les arbres en été et la neige écrasée isole moins le sous-sol du froid ambiant en hiver que la poudreuse, expliquait Paul Mann, un géographe britannique, dans un article publié par le site The Conversation en 2018.

 

 Mais le projet de Colossal n'en semble pas à moins à prendre avec des pincettes, d'après plusieurs spécialistes interrogés par France 24. D'abord, "il ne s'agit pas de ressusciter des mammouths, mais essentiellement de modifier génétiquement des éléphants en introduisant quelques centaines de gènes de mammouths laineux", souligne Love Dalén, chercheur au Centre de paléogénétique de Stockholm et spécialiste de l'ADN de mammouth, contacté par France 24.L'animal que les équipes de Colossal veulent créer ne serait même pas une nouvelle espèce ou un hybride, mais simplement un éléphant d'Asie qui aurait de l'ADN de mammouth pour mieux supporter le froid.

Si les avocats de ces manipulations génétiques aiment à parler de ressusciter – ou plus précisément de "dé-extinction" ("de-extinct" en anglais) de mammouth , c'est "parce que c'est un terme émotionnellement plus chargé qui donne l'impression qu'on poursuit une noble cause : ramener à la vie une espèce qui, pour des personnes , aurait disparu en partie à cause de l'homme", souligne Charlotte Wrigley. Un mode de présenter les choses qui peut sembler éthiquement plus acceptable aux yeux du grand public que la réalité : "Ces travaux visent à manipuler le code génétique, dans une démarche qui n'a rien de naturelle, ce qui ne veut pas dire que c'est bien ou mal, mais pose une autre série de questions éthiques et scientifiques", résume Victoria Herridge, spécialiste de biologie de l'évolution au Musée d'histoire naturelle de Londres, contactée par France 24.

 

Éthiquement, ce chercheur n'est pas, non plus, convaincu du bien-fondé de cette démarche. Actuellement, la seule façon de faire serait de prendre un œuf sur une femelle éléphant afin d'y introduire l'ADN de mammouth. 

Mais "les éléphants sont déjà menacés de disparition et on devrait laisser les femelles faire des éléphanteaux afin de donner à l'espèce les meilleures chances de survie possible", note le chercheur suédois. 

Plusieurs scientifiques se posent la question comme "Il y a des tas de problèmes qui vont se poser lors de ce processus", explique la biologiste Beth Shapiro dans le New York Times. "Ce n'est pas une dé-extinction. Il n'y aura plus jamais de mammouths sur terre. Si cela fonctionne, ce sera un éléphant chimérique, un organisme totalement nouveau, synthétique et génétiquement modifié", a pour sa part tweeté Tori Herridge, biologiste et paléontologue au muséum d'histoire naturelle de Londres. "Combien de mammouths faudrait-il pour obtenir ces effets sur les écosystèmes arctiques ? Eh bien, il y a 21 000 ans, on estime qu'il y avait 200 millions de mammouths en Eurasie. C'est beaucoup de mammouths !", pointe-t-elle encore. Heather Bushman, philosophe à la London School of Economics, estime quant à elle que tous les avantages que les mammouths pourraient provoquer devront être équilibrés avec les souffrances possibles que ces animaux pourraient subir en étant créés par des scientifiques. "Vous n'avez pas de mère pour une espèce qui - si elle ressemble à un éléphant - a des liens mère-enfant extraordinairement forts qui durent très longtemps, a-t-elle déclaré. Une fois qu'il y a un ou deux petits mammouths au sol, qui s'assure qu'on s'occupe d'eux ?", s'inquiète-t-elle, également citée par le New York Times.  « Pensez au désastre qu’a constitué pour l’Australie l’introduction du lapin européen », a dit Ross MacPhee, directeur des mammifères au Musée américain d’histoire naturelle (AMNH), durant le débat en janvier. L’autre scientifique invitée pour défendre la position du « contre », l’astrobiologiste Lynn Rothschild, de la NASA, a aussi souligné que si on ne produisait que quelques dizaines de mammouths, il pourrait y avoir un problème de diversité génétique, voire des problèmes de comportement, parce que ce sont des animaux habitués à vivre en grand groupe.

 

George Church et ses équipes ont conscience de ce dilemme éthique et Colossal assure que le nouveau-né viendra au monde grâce à un utérus artificiel et un œuf de synthèse. Mais là encore, c'est une technologie "qu'on ne maîtrise pas encore", a noté Victoria Herridge. Le jeu en vaut cependant la chandelle, puisqu'il s'agirait de protéger le climat contre la bombe à retardement qui sommeille sous le permafrost. Sauf que cet objectif affiché "est ridicule", soutient Love Dalén. "Il n'y a pas le moindre début de preuve scientifique que tout un troupeau de mammouths sauverait le permafrost de la toundra arctique", ajoute-t-il. L'expérience menée en Sibérie depuis 20 ans ne constitue pas une démonstration scientifique et elle est "purement anecdotique", note-t-il encore, même s'il la juge cependant très captivant à suivre.

 

Et même si la preuve existait, ce n'est pas un mammouth qui ferait la différence. "Il faudrait alors un programme de repeuplement d'une très grande ampleur et il est difficile de croire qu'on aura le temps face à l'urgence climatique", explique Victoria Herridge. Pour autant, et paradoxalement, les scientifiques interrogés pensent tous que les recherches menées par Colossal peuvent s'avérer très importantes, voire cruciales.

 "Il y aura sûrement des avancées scientifiques qui découlent des ces travaux, nous permettant de mieux comprendre les techniques de modification génétique", note Victoria Herridge. 

Des avancées qui pourront peut-être fournir à l'homme les outils nécessaires pour sauver des espèces menacées. 

"Il y a des espèces en danger qui sont condamnées à disparaître sauf si on parvient à modifier leurs gènes", assure Love Dalén. 

Des études ont en effet prouvé qu'il y avait plus de risques de voir apparaître des maladies génétiques graves au sein des espèces avec peu de membres. Pour ces animaux, les techniques d'édition génétique étendu pour "ressusciter" le mammouth pourraient modifier la donne. 

 

"Notre but est de créer un hybride mi-éléphant, mi-mammouth. En fait, il s'agirait plus d'un éléphant [génétiquement parlant] doté de nombreux traits du mammouth. Nous n'y sommes pas encore mais cela pourrait arriver d'ici quelques années", expliquait il y a quatre ans le professeur George Church au Guardian.

Un objectif ambitieux en soi – pas la peine de promettre monts et mammouths. Mais peut-être que pour attirer les investisseurs, il fallait les faire rêver en XXL. Et quoi de plus imposant qu'un mythique mammouth ? Tout ça peut changer le futur de plusieurs choses.


 

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