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L'économie bleue, entre préservation des océans et "blue washing"

Organisé à Brest dans le cadre de la présidence française de l'Union européenne, le One Ocean Summit regroupe depuis mercredi 9 février une vingtaine de chefs d'État, experts des océans, représentants des ONG et divers chefs d'entreprise. Le sommet se clôturera vendredi 11 février par la visite du président français Emmanuel Macron. Consacré à la protection de la haute mer, zone représentant plus de 60% des océans, le sommet doit notamment aborder la notion d'"économie bleue", aussi appelée "croissance bleue". Mais la définition même du terme fait l'objet d'une opposition entre défenseurs de l'environnement et acteurs économiques de la mer.

Les océans menacés par le réchauffement climatique

Si le sommet n'est pas épargné par les polémiques, un point d'accord demeure : les océans sont en danger. Un rapport du Groupe d'Experts Intergouvernemental sur le Climat (GIEC) publié en septembre 2019 fait état d'une situation alarmante. La haute mer est confrontée à deux problèmes majeurs : le réchauffement et l'acidification des eaux.

D'une part, la hausse générale des températures est lourde de conséquences pour les océans, qui ont jusqu'ici absorbé plus de 90% de la chaleur excédentaire du système climatique. Selon le rapport, dans le cas où les accords de Paris de 2015 porteraient leurs fruits et la température n'augmenterait que de 2°C, l'océan absorbera d'ici à 2100 deux à quatre fois plus de chaleur qu'il n'en a absorbé depuis 1970. Dans le cas où les hausses de températures seraient supérieures à 2°C, l'océan pourrait absorber cinq à sept fois plus de chaleur. Un réchauffement qui entraverait fortement l'approvisionnement en oxygène et en nutriments des centaines de milliers d'espèces sous marines qui y vivent.

Autre danger : l'océan, qui a absorbé entre 20 et 30% des émissions de dioxyde de carbone (CO2) produites par l'Homme depuis les années 1980, est en constante acidification. Cette dernière affecte d'une part la capacité du plancton à se reproduire. Base de la chaîne alimentaire océanique et vecteur d'oxygénation des eaux, ces petits organismes sont la clef de coûte de la biodiversité des océans. Mêmes effets sur les coraux, qui constituent l'habitat d'un grand nombre d'espèces sous-marines.

L'économie bleue : solution ou menace pour les océans ?

Pour la Commission européenne, impliquée dans l'organisation du One Ocean Summit, l' économie bleue consiste à "obtenir de la valeur en provenance des océans et des régions côtières tout en maintenant leur capacité à se régénérer sur le long terme [...] à travers la mise en place de pratiques durables". "L'économie bleue" ne désigne ni plus ni moins qu'une application des principes du développement durable au secteur maritime. L'Union européenne souhaite accélérer le développement des sources d'énergies renouvelables offshore telles que les éoliennes en mer, l'énergie houlomotrice, marémotrice... L'Europe souhaite également introduire de nouvelles normes concernant la conception des filets de pêche et le recyclage des navires, et affirme vouloir protéger 30% de l'espace maritime européen.

Des opposants dénoncent toutefois le double discours des représentants politiques du sommet, dont plusieurs associations de pêcheurs et groupes de défense de l'environnement, qui ne voient que la notion d'"économie bleue" comme une manoeuvre de blue washing de plus. Non conviés au sommet, les pêcheurs craignent de se voir dépossédés de leurs zones d'activité. "Le problème de la pêche, c'est qu'elle ne peut plus générer de croissance, car l'exploitation a atteint ses limites. On ne peut pas pêcher plus de poissons que ce que l'on peut pêcher actuellement. L'écologie n'est qu'un prétexte pour expulser les pêcheurs d'un espace qui peut donner lieu à des activités plus lucratives, comme les énergies renouvelables ou les réserves naturelles qui attirent le tourisme", explique Alain Le Sann, du collectif "Pêche et Développement". Même critique du côté de Thibault Josse, directeur de l'association Pleine Mer, qui regroupe "pêcheurs, mangeurs de poisson et militants" sur tout le littoral français. En plus de la "novlangue" que constitue selon lui l'expression d'"économie bleue", Thibault Josse fustige la non-interdiction des chalutiers géants ainsi que des sennes danoises, deux procédés contribuant selon lui à la surpêche et à la pénalisation des petits pêcheurs.

D'autres organismes de défense environnementale comme Extinction Rebellion et Greenpeace reprochent également à Emmanuel Macron son engagement en faveur de l'exploration des fonds marins, riches en métaux rares comme le manganèse, le cobalt ou le nickel. Grâce à ses territoires d'Outre-mer, la France possède le deuxième espace maritime au monde après les États-Unis.

Une manifestation d'opposition au One Ocean Summit est prévue  le 11 février.

 

 

 

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