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Au Nigeria, le péril est sur le chemin de l’école.

Décembre 2020, les rapts d’enfants s'enchaînent au Nigéria. Le premier épisode a lieu au Nord du pays dans l’État de Katsina où plus de 300 jeunes sont faits otages après l’attaque d’un pensionnat le 11 décembre. Soulagement pour les familles, les écoliers sont libérés dans la semaine après un dialogue indirect et sans ouvrir le feu, selon le président Muhammadu Buhari. Pour certains observateurs, la négociation a tout d’un échange de rançon. Un rebondissement survient 48 heures après la libération, un second rapt s’abat de nouveau dans l’État de Katsina. Sur le chemin du retour pour rejoindre le village de Mahuta après une cérémonie religieuse, 80 enfants sont pris pour cible. Avec l’action rapide des groupes d'autodéfense locaux, ce dimanche matin les enfants sont eux aussi libérés.

Bandits de grand chemin ou djihadistes, qui sont les auteurs des exactions ?

À deux reprises, Abubakr Shekau, leader de Boko Haram, revendique le premier rapt du pensionnat de Kankara. Ce chef arrive à la tête du groupuscule djihadiste en 2009 et marque un tournant dans l’utilisation de la violence. Depuis ce basculement, Boko Haram reste dans les mémoires comme l’auteur de l’attentat perpétré au siège de l’ONU à Abuja, mais ce nom est plus connu des Français après l’enlèvement de la famille Moulin-Fournier en 2013. Le coup de projecteur international reste le kidnapping des 275 adolescentes de Chibok, l’émoi suscité dépasse les frontières avec le mouvement « Bring Back our Girls». Dans la foulée, son ascension est couronnée par l’allégeance à Daech et par sa nouvelle appellation : « Etat islamique en Afrique de l’Ouest ».

Quelque peu affaibli par des scissions internes et par les ripostes militaires du Nigéria, les récents troubles dans l’État de Katsina semblent signer un retour en force des troupes d’Abubakar Shekau. Les enlèvements de masse étaient jusqu’à présent un modus operandi cantonné à l’État du Borno, fief du groupe djihadiste. L’épisode du 11 décembre réalisé hors de son territoire est exécuté par des bandits de grand chemin. Ces derniers s’apparentent à une bande de criminels opportunistes et partagent la même signature que les terroristes : enlèvements et rançons. Si l’affiliation idéologique n’est pas automatique, ils n’en demeurent pas moins des nouveaux ancrages stratégiques pour Boko Haram. 

La jeunesse, une cible privilégiée

Considérée comme un pêché par les terroristes djihadistes, l’éducation à l'occidentale et ses symboles sont des cibles récurrentes. D’après l’Unicef, 2 300 enseignants ont été assassinés et 1 400 écoles ont été détruites par Boko Haram depuis son virage en 2009. En plus de la symbolique, les enlèvements d’écoliers apportent bien souvent la garantie d’une médiatisation, d’une source de financements et facilitent le recrutement. L’autre stratégie de recrutement repose sur une jeunesse désoeuvrée et facile à séduire par l’appât d’un butin. Dans le cas où des militaires nigérians les suspectent d’affiliation, ils sont souvent jugés hâtivement et retenus dans des conditions que les organisations des droits de l’homme s’efforcent de dénoncer. 

Dans certaines régions du Nigéria, la gangrène terroriste se répand sur un terrain déjà miné par le manque de développement. Cette fusion repousse un peu plus loin la perspective d’une scolarité sans vague et si 'école est une solution pour lutter contre l’enrôlement des enfants dans les rangs djihadistes, s’y rendre est devenu un signe de résistance, un acte combatif. L’Unicef au Nigeria rappelle que « cette attaque n’aurait jamais dû se produire » et demande que « tous les enfants nigérians puissent apprendre sans avoir peur ».

 

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