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Chili : Piñera, le spectre de la destitution

Au terme d’une journée d’intenses débats, la Chambre des députés a voté la « destitution constitutionnelle » du président en exercice. « Il a agi en cherchant son bénéfice personnel et celui de sa propre famille, utilisant des informations auxquelles il avait accès grâce à ses fonctions de président » a fustigé Jaime Naranjo, député de l’opposition. Ce dernier a appelé à « en finir avec l’impunité » au cours d’un discours qui a duré près de 15 heures.

La Chambre basse, contrôlée par l’opposition (83 sièges sur 155), a ainsi approuvé la requête contre le dirigeant déposée le 13 octobre dernier. C’est désormais le Sénat qui devra statuer sur la question, au cours d’un vote où la majorité des deux tiers sera nécessaire pour récuser le dirigeant de 71 ans.

« Pandora Papers »

L’homme d’État est accusé de conflit d’intérêts dans la vente controversée d’une importante compagnie minière, mise au jour par les « Pandora Papers ». Au cours de son premier mandat de président (2010-2014), la société Minera Dominga, appartenant à la famille Piñera, avait été vendue pour 152 millions de dollars à Carlos Alberto Délano, un homme d’affaires proche du chef de l’État. Outre le fait que la transaction ait été réalisée en partie via un paradis fiscal - les îles Vierges britanniques - Piñera se serait servi de sa fonction pour « favoriser ses intérêts personnels » selon le député de gauche Tomás Hirsch.

 

D’après l’enquête menée de concert par l’ICIJ et les médias chiliens CIPER et LaBot, la vente de la compagnie devait être effectuée en trois versements. Or le dernier paiement était conditionné au fait « qu’une zone de protection environnementale ne soit pas établie sur la zone d’exploitation de la société minière, comme le demandent des groupes écologistes ». Cette clause dépendait alors directement du gouvernement de Sebastián Piñera. Lequel n’a finalement pas protégé la zone, et ainsi permis à l’ultime transaction d’être effectuée.

Non-lieu en 2017

La semaine dernière, l’homme de droite a exposé sa ligne de défense, arguant qu’il y a déjà eu « une enquête approfondie du ministère public » conclue par un non-lieu en 2017. Il assure également s’être dissocié des entreprises en 2009, avant son accession au pouvoir. Le porte-parole du gouvernement a souligné sa « profonde déception » après ce vote, dénonçant une « accusation électorale et non constitutionnelle ». Marta Herrera, responsable de l’unité anticorruption au parquet chilien, a quant à elle précisé que « les faits liés à la vente et à l’achat de la société minière ne sont pas expressément inclus dans la décision de non-lieu de 2017 ».

Pour le parti présidentiel, ce procès en destitution représente un nouveau camouflet, à moins de deux semaines des élections présidentielles et législatives, organisées le 21 novembre, et auxquelles la constitution interdit au président sortant d’être réélu.

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