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Colombie : l’Etat condamné dans l’affaire Jineth Bedoya

Kidnappée devant une prison en 2000, la journaliste d’investigation colombienne Jineth Bedoya a ensuite été séquestrée, torturée et violée à plusieurs reprises. Lundi 18 octobre, l’implication de l’État colombien dans le calvaire de la journaliste a été reconnue par la Cour interaméricaine des droits humains. L'État colombien est ainsi reconnu coupable pour “l’absence d’enquête sur les menaces qu’avait reçues la journaliste, qui menait des investigations sur un réseau criminel” a indiqué dans un communiqué l’organe judiciaire de l’Organisation des États américains (OEA). Il s’est rendu coupable de “violation des droits aux garanties judiciaires, à la protection judiciaire et à l’égalité devant la loi en raison du manque de diligence dans l’exécution des enquêtes”, selon la Cour, saisie en 2019. L’Etat colombien “accepte pleinement la sentence” en ajoutant que “Jineth Bedoya n’aurait jamais dû être enlevée et torturée et le jugement doit nous guider dans les mesures à prendre pour que cela ne se reproduise plus”.

Jineth Bedoya, âgée aujourd’hui de 47 ans, travaillait pour le journal El Espectador lors de son enlèvement le 25 mai 2000 devant la prison La Modelo à Bogota. La jeune femme, âgée de 26 ans au moment des faits, est ensuite séquestrée, torturée et violée pendant seize heures. Elle enquêtait sur un réseau de trafic d’armes dans cet établissement pénitentiaire lorsqu’elle avait été enlevée. Après ce calvaire, la journaliste assure avoir subi “persécution, intimidation et menaces” durant vingt ans.

À l’audience, Jineth Bedoya a aussi mis en cause des agents de l’État, notamment un “influent” général de la police. “Les faits n’ont pu être réalisés sans l’assentiment et la collaboration de l’État, ou du moins avec sa tolérance”, a estimé lundi la Cour, ordonnant aux autorités colombiennes de “punir les responsables restants”. La Cour a aussi recommandé une formation des fonctionnaires et des forces de sécurité contre les violences faites aux femmes. En mars dernier, la Cour avait ordonné à l’État colombien d’assurer de “façon immédiate” la sécurité de la journaliste et de sa mère, toutes deux victimes de menaces. A cette occasion, l’Etat avait demandé pardon à Jineth Bedoya après avoir dans un premier temps contesté la composition du tribunal. Le verdict rendu, la journaliste n’a pas tardé à réagir : “Le 18 octobre 2021 entre dans l’histoire comme le jour où une lutte, qui a commencé par un crime individuel, a porté la revendication des droits de milliers de femmes victimes de violence sexuelle et de femmes journalistes qui laissent une partie de leur vie dans leur travail”, a-elle-écrit sur Twitter. Jineth Bedoya avait notamment reçu le prix du courage en journalisme de la part de la International Women's Media Foundation après avoir vécu un véritable calvaire.

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