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La Chine et la Russie sont-elles les grandes vainqueurs de la diplomatie vaccinale ?

Alors que les pays occidentaux mettent en place une vaccination de masse sur leur territoire pour atteindre un maximum de leur population avant l'Été, d’autres puissances internationales ont privilégié l’exportation de leurs vaccins, avant de vacciner leurs propres citoyens. Une stratégie aux premiers abords étrange, adoptée par la Chine et la Russie, à travers leurs « armes » diplomatiques respectives : Sinopharm et Spoutnik-V, que l’on retrouve dans plusieurs dizaines de pays à travers le monde. 

Les pays alliés, éventuellement les pays voisins, ou encore les nations sous influence sont des territoires privilégiés vers qui sont redirigées les millions de doses des sérums chinois et russe. Etant donné que l’Europe a adopté une position recentrée sur elle-même, elle laisse également la porte ouverte à ce que la Chine et la Russie partent à la recherche de futures alliés en les « appâtant » premièrement avec le vaccin anti Covid-19. Bien qu’elles n’obtiennent aucune garantie future, la Chine et la Russie adoptent cette stratégie dans l’optique de nouer des liens, les renforcer ou les démultiplier. 

Les Etats-Unis adoptant une stratégie similaire à l’Europe, aucun adversaire n’est en position de contrarier la stratégie de la diplomatie vaccinale mise en place par les puissances orientale : Pékin et Moscou.

Une Chine sans Covid, une bénédiction pour ses exportations de vaccins ?

Pour le géant asiatique, la situation est d’ailleurs idéale puisque l’épidémie sur son territoire semble maîtrisée depuis de nombreux mois (d’après les chiffres projetés par le gouvernement chinois) et qu’il n’y a donc pas la même urgence à mener une campagne de vaccination intensive comme en Europe. Aux yeux de millions de chinois, l’épidémie a d’ailleurs « disparue ». C’est ainsi que la Chine privilégie une vaccination « timide » sur son sol alors que des millions de doses sont envoyées à l’étranger, soit à travers des accords commerciaux, mais également à travers des donations amicales. La Chine avance qu’elle aurait offert des doses de son sérum à près de 70 pays. 

Statistiquement, des millions de doses ont également été administrées localement, et l’évolution actuelle est croissante. Cependant, sur 100 habitants, la Chine possède un des taux de vaccination les plus bas du Monde bien que selon certains sondages (IPSOS), les Chinois fassent partie des populations les plus désireuses de se faire vacciner et exprimant le moins de réticence (85%), loin devant d’autres nations comme les Etats-Unis (71%) ou encore la France (57%). Après un début en retrait, Pékin espère toutefois vacciner plus de 40 % de sa population d’ici la fin juillet, soit un total supérieur à 500 millions de personnes. 

Une diplomatie vaccinale médiatisé

La Chine tout comme la Russie a préféré privilégier une communication se concentrant sur la distribution et la vente de leurs vaccins vers l’étranger, en médiatisant largement le nombre de doses et de pays vers lesquels ses vaccins ont été exportés. Tant Pékin comme Moscou ont attentivement sélectionné les pays vers lesquels développer ces aides médicales : les sérums sont envoyés en priorité vers les pays en voie de développement. La Chine « s’introduit » en Afrique, historiquement une zone d’influence européenne au passé colonial mais où la Chine est bien présente dorénavant, en effectuant des livraisons à plusieurs pays comme le Sénégal, la Guinée ou encore l’Egypte. Pour sa part, la Russie se concentre sur les extrémités de l’Union-Européenne, le Moyen-Orient ou encore l’Amérique du Sud (Argentine, Bolivie…).  

Immersion en Europe : l’UE finira-t-elle par valider un des deux vaccins ? 

Avec les difficultés d’approvisionnement que connaissent les pays européens, les vaccins chinois ou russes ont fait leur entrée progressive au sein de l’Europe ou de l’Union Européenne à travers des pays comme la Serbie ou la Hongrie. Au vue des difficultés d’approvisionnement rencontrées par les Etats membres, ces derniers sont dans l’incapacité de fournir leurs alliés étrangers, tout comme les pays voisins qui ne sont pas membres de l’UE (ex : Ukraine). Reste désormais à savoir si l’Union Européenne se décidera à accepter ou non l’utilisation de ces vaccins (le vaccin russe étant actuellement étudié par l’Agence Européenne des Médicaments). 

La stratégie européenne, parfois qualifiée d’échec, laisse la voie libre aux sérums russes et chinois pour agir dans la zone d’influence de l’UE. L’UE a privilégié les commandes de vaccins pour elle alors que la Chine et la Russie ont préféré faire de leur vaccin des biens publics mondiaux, sans fixer de réelle limite géopolitique. Pékin et Moscou comptent d’ailleurs un grand avantage, leur vaccin se conservant avec une énorme facilité en comparaison au vaccin Pfizer, actuellement dominant en Europe. Désormais, la Russie serait en train de multiplier les accords avec des sociétés françaises, allemandes ou encore espagnoles pour accélérer la production de Spoutnik V.   

Pour sa défense, l’Union Européenne en la personne de la présidente de la Commission européenne (Ursula Von der Leyen) a critiqué les agissements russes, en insistant sur le fait que Moscou a partagé son vaccin avec l’intention de l’utiliser comme une arme de soft power pour promouvoir son image internationale. Bien que cela ne puisse être nié, n’est-ce ici pas la stratégie de toutes les grandes puissances du Monde lorsqu’elles font de la diplomatie ? Dans tous les cas, le résultat est sans appel : L’Union Européenne ne fournit pas de vaccins hors de ses frontières.

Un arsenal diplomatique russe qui se renforce 

Après les armes, l’énergie atomique ou encore les hydrocarbures, Moscou semble particulièrement intéressée à ajouter son vaccin comme arme décisive à son arsenal d’influence économique et diplomatique. Cela permettrait éventuellement de s’assurer ainsi une part du marché des pays en voie de développement qui se souviendront très probablement de qui leur a fourni un vaccin dans la lutte contre  la Covid-19. Le sérum russe montre également que la Russie est de retour au premier plan au niveau international, avec un vaccin qui s’est développé extrêmement rapidement dont l’efficacité semble être l’une des meilleures sur le marché.

 

Actuellement, la stratégie diplomatique russe et chinoise semble réussir, il est toutefois nécessaire d’attendre quelques mois ou années pour évaluer les retombées futures pour ces deux pays. Un point d’ombre est toutefois à signaler, notamment pour la Russie. Les capacités de production des vaccins ne sont pas suffisantes, de plus, il est difficile de produire pour son peuple et d’exporter en même temps. C’est pour cela que la Russie est disposée à transférer les compétences de la production de son vaccin, avec pour objectif d’aller au-delà de simples exportations en produisant son sérum dans les pays receveurs. Actuellement, la Russie a reçu des pré-commandes pour pas moins de 1.2 milliard de doses.  

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Commentaires

Stéphane K (non vérifié) , ven 19/03/2021 à 18h37
Très bel article Matias 🤝
Jacques (non vérifié) , sam 20/03/2021 à 20h16
Article captivant, questions très intéressantes.
Merci !
Un grand merci à vous deux, Jacques et Stéphane :). En espérant que mes prochains articles vous plaisent autant
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