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Les camps de réfugiés dans le monde

Épurations ethniques, conflits, changement des conditions climatiques, ce ne sont pas moins de 79,5 millions d'êtres humains qui seraient sur les routes de l'exil à travers le monde selon le Haut Commissariat aux Réfugiés ce qui représente 1% de la population mondiale. Un chiffre qui a presque doublé en 10 ans car en 2010, le HCR estimait à 41 millions le nombres de personnes forcées au déplacement. 

25.9 millions d'entre eux s'entasseraient dans des camps de réfugiés aux quatre coins de la planète. Dans l'ensemble des camps de réfugiés, les conditions de vie et de sécurité sont déjà difficiles, la pandémie de COVID-19 vient compliquer encore un peu plus une situation qui a, depuis longtemps, dépassée les règles les plus rudimentaires de précarité. Accès aux soins, hygiène, accès à l'eau potable, à l'éducation... sont autant de notions exsangues de ces lieux coupés du monde et ce, en dépit des efforts démesurés des ONG. Les pays d'accueil, l'ONU, toutes les organisations sont dépassées par ces mouvements de population souvent inattendus et malheureusement durables.

Le camp de Kutupalong à Cox's Bazar au Bangladesh

Le camp de Cox's Bazar au Bangladesh, qui accueille les réfugiés de la minorité musulmane des Rohingyas, est le camp de tous les superlatifs. Le camp de réfugiés le plus densément peuplé au monde, le camp de réfugiés le plus dangereux, le plus insalubre … et qui compte, selon les ONG, 60% de mineurs seuls.

Si la plus grosse exode des Rohingyas de Birmanie a débuté en 2017, le camp de Cox's Bazar a vu le jour de manière tout à fait informelle en 1991. Mais depuis 2017, ce ne sont pas moins d'un million de Rohingyas qui s'entassent dans ce camp.

Aujourd'hui, selon les ONG, Cox's Bazar, c'est 34 000 réfugiés au km², un point d'eau potable pour quarante trois personnes, 60% d'enfants de moins de 18 ans. Le camp bâti d'abris de fortune en bambous et autres constructions hyper légères faites de simples toiles ou de bâches plastiques est en proie aux ouragans, aux pluies diluviennes des moussons de plus en plus violentes, des glissements de terrains, de trafics de drogues, et maintenant de la COVID 19 qui fait des ravages.

Face à l'insalubrité et pour répondre à l'afflux permanent de ces minorités musulmanes venues de Birmanie, le gouvernement de Bangladesh a commencé, le 3 décembre dernier, l'évacuation d'une partie du camp de Kutupalong. A bord de navires militaires bangladais, plus de 100 000 Rohingyas sont acheminés vers l'île flottante de Bhasan Char, au cœur du Golfe du Bengale. 

L'île de Bhasan Char est une île flottante qui est apparue en 2006. Il s'agit d'un cumul de limons qui s'étend sur 40 km², en prise directe aux tsunamis et autres cyclones. Bhasan Char est inondable durant les quatre mois de mousson. Le gouvernement de Dacca qui a érigé une digue de plusieurs mètres de haut et construit plus de cent unités de logements, certifie avoir tout mis en œuvre pour assurer aux réfugiés une vite descente. Un avis que ne partagent pas les ONG présentes dans le pays.

Bidi Bidi en Ouganda

Deuxième plus grand camp de réfugiés du monde, le camp de Bidi Bidi au nord ouest de l'Ouganda s'étire sur plus de 250 km². Le camp accueille près de 300 000 réfugiés venus essentiellement du sud Soudan et la République Démocratique du Congo, en fuyant la guerre. Les femmes et les enfants de moins de 18 ans constituent 61% des réfugiés de ce camp.
 
Principal pays d'accueil des populations déplacées en Afrique, l'Ouganda abrite, selon Médecins sans Frontières, 1,38 million de personnes. Le pays a très vite pris la mesure de cet afflux de population et a profité des aides internationales pour structurer le camp et sécuriser les réfugiés du Bidi Bidi. Divisé en cinq zones, le camp a été aménagé pour devenir une ville à part entière avec ses écoles, son hôpital, ses commerces, ses adductions d'eau, ses puits... chaque famille se voit octroyer une parcelle de 30m² pour construire sa maison et un lopin de terre pour cultiver du maïs et être ainsi moins dépendante, plus autonome et plus responsable, retrouver une part de dignité. Des panneaux solaires ont fleuri un peu partout dans le camp, offrant ainsi un accès quasi illimité à l'électricité avec même un éclairage public nocturne. Les réfugiés du Bidi Bidi peuvent, contrairement à d'autres pays, se déplacer et travailler librement.

Le pays, qui sort, lui aussi, de nombreuses années de guerre et d'instabilité, compte bien sur la modernisation du camp de Bidi Bidi pour prendre un nouveau départ. Les autorités locales affirment même que si les réfugiés quittent un jour la zone pour retourner dans leurs pays d'origine, ces installations seront un véritable tremplin pour l'Ouganda. 

Za'atari et Azraq en Jordanie accueillent 120 000 des 656 000 réfugiés que compte la Jordanie.

Au cœur du Moyen Orient, la Jordanie paraît comme un des pays stables de cette zone quelque peu perturbée. Bien que dénué de gaz ou de pétrole, le royaume offre une ouverture sur le monde qui en fait une terre d'accueil pour des centaines de milliers de personnes fuyant les guerres, les combats, les persécutions et la misère, notamment en Syrie.

Crée en 2011, le camp de Za'Atari accueille des réfugiés syriens. Situé à seulement une quinzaine de kilomètres de la frontière syrienne, en zone désertique, il constitue, par sa taille, la cinquième ville de Jordanie. Le Royaume jordanien refuse de le pérenniser malgré qu'il abrite pas moins de 80 000 personnes, et y a interdit toutes formes de constructions en dur. Au fil des années, la vie s'est organisée dans le camp géré conjointement par l'ONU et la Jordanie. Trente deux écoles, et deux hôpitaux maillent ce territoire qui se voulait provisoire. 20% de la population du camp a moins de cinq ans, plus de quatre-vingt bébés y naissent en moyenne chaque semaine. Le plus dur des combats à Za'Atari demeure l'eau. Si les ONG forent régulièrement le sol jusqu'à 500 mètres de profondeur, l'accès à l'eau et donc à l'hygiène la plus élémentaire demeure une quête quotidienne.
Bien qu'il soit décrit comme un camp ouvert, sortir de Za'Atari nécessite un laisser passer officiel et les blindés des forces de l'ordre patrouillent en permanence autour du camp de manière dissuasive.

Le destin des mineurs isolés 

Parmi les 26 millions de femmes et d'hommes qui s'entassent à durée illimitée dans ces camps de réfugiés à travers la planète, on estime à plus de 20% le nombre de mineurs de moins de 18 ans, seuls. Livrés à eux mêmes, sans familles, sans attaches, sans repères, ces enfants n'ont, le plus souvent connu que l'exode et les camps. Grandir dans de telles conditions, sans liens affectifs,  connaissant de la violence et du besoin de survivre, la plupart de ces adultes en devenir n'ont d'autres espoirs que la délinquance.

Les ONG qui œuvrent tant bien que mal dans ces zones à part, portent une attention toute particulière à ces enfants. Souvent traumatisés par la guerre, la perte de leurs familles, fragilisés par des violences sexuelles répétées ou des trafics d'êtres humains, dont ils sont des proies faciles, leur devenir est un enjeu crucial pour les pays d'accueil mais aussi pour le HCR.

L'UNICEF tente de suivre ces enfants tant d'un point de vue éducatif que psychologique et sanitaire, mais l'ONG reconnaît que ces enfants sont volatiles et qu'ils ont beaucoup de mal à s'astreindre à une logique cadrante et salvatrice. Ce sont ainsi des générations entières qui passent sous les radars.

Au rang des associations humanitaires qui œuvrent pour le salut de ces enfants, de nombreuses ONG sportives tentent de les prendre en main afin de les guider. Ainsi la Fondation UEFA pour l'enfance est présente dans l'ensemble des plus grands camps de réfugiés de la planète pour apporter un soutien à ces enfants et tenter de les canaliser. 

Des jours meilleurs c'est possible

La force et la hargne qui animent ces enfants offrent parfois des destins hors du commun. Les exemples, même s'ils sont encore trop rares, existent bel et bien.
 
Aweng Ade-Chuol, le merveilleuse mannequin née dans un camp de réfugiés au Kenya n'en finit pas d'enflammer les plateaux des défilés et de défrayer la chronique avec son récent mariage homosexuel.

Que dire aussi face à l'ascension fulgurante du jeune prodige du ballon rond Alphonso Davies, né lui aussi dans un camp de réfugiés au Ghana et qui, à tout juste 19 ans, vient de signer un juteux contrat avec le Bayern Munich.

Ilhan Omar est, elle, née en 1982 à Mogadiscio en Somalie. Fuyant la guerre civile avec ses parents, elle a, elle aussi, connu l'enfer des camps pendant quatre ans. Immigrée aux États-Unis, elle est la première femme musulmane à avoir été élue à la Chambre des représentants. 

Autre exemple de réussite, Sonita Alizadeh, née en 1996 en Afghanistan qui fuit le régime Talibans avec sa famille pour s'installer à Téhéran. A neuf ans, sous la menace d'un mariage forcé, elle quitte sa famille et se retrouve dans un camp de réfugiés. Là, elle apprend à lire, à écrire et découvre la musique. Elle laisse éclater sa rage dans le rap. Repérée par un producteur, elle enflamme YouTube. Faisant l'objet de plusieurs documentaires, elle finit par s'exiler aux États-Unis où elle s'est lancée à corps perdu dans des études de droit. 

 

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