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Point de vue

Les Talibans pris à leur propre piège ?

Paradoxe, la menace de l'Etat islamique pourrait enfermer les Talibans dans une logique de négociation avec les Occidentaux.
Paradoxe, la menace de l'Etat islamique pourrait enfermer les Talibans dans une logique de négociation avec les Occidentaux.

En annonçant le départ de leurs forces armées d’Afghanistan pour le 31 aôut, les Etats-Unis, et le président Joe Biden en tête, n’imaginaient en rien, pas si rapidement en tous cas, que l’un des plus grands pays d’Asie centrale puisse si vite sombrer dans le chaos. Les forces talibanes, qui ont ainsi cueilli Kaboul quasiment sans coup férir, ont surpris la première puissance militaire du monde, et avec elle toutes les nations occidentales, sidérées par l’incapacité du pouvoir et de l’armée afghans à contrôler, repousser et écraser les Talibans. Ce pouvoir régalien démocratique, marqué par la mémoire du Commandant Massoud (1953 - 2001), bâti de toutes pièces par les Occidentaux présents sur le sol afghan depuis 20 ans, pouvoir qui avait ouvert une forme salutaire de libéralisation de la société notamment à l’endroit des femmes et l’éducation des filles, s’est soudainement dissous sous les coups de boutoirs de talibans, prompts à rétablir la loi islamique la plus rigoriste qui soit. (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/international) La panique engendrée par cette faillite institutionnelle et les conséquences de la prise de pouvoir par les Talibans ont généré ces scènes ubuesques de populations affolées en quête d’un avion pour quitter l’Afghanistan bien que les nouveaux maîtres du pays aient déclaré ne vouloir aucun mal à celles et ceux qui avaient coopéré avec les Occidentaux.

Echec et menace terroriste

Et alors que l’État islamique, fort de 500 à 1000 partisans sur le sol afghan, a revendiqué les derniers attentats ayant causé la mort de 85 personnes et plus de 150 blessés, plusieurs constatations s’imposent et questionnent quand semble se tourner une nouvelle page de l’Afghanistan. (la-croix.com : https://www.la-croix.com/Monde) En premier lieu, l’intervention en Afghanistan illustre l’échec de l’importation de la démocratie. Non que les Afghans n’aient jamais voulu de ce régime mais l’imposition de celui-ci par les nations occidentales s’est finalement soldée par un fiasco. Car si pendant 20 ans, des élites sociales et politiques se sont constituées, cultivées et éduquées, appelées à gouverner, mais composant pour l’essentiel aujourd’hui celles et ceux qui fuient le pays, il apparaît bien que la démocratie ne peut être que la volonté d’un peuple qui l’appelle majoritairement de ces vœux ce qui, dans une nation telle que l’Afghanistan, culturellement et socialement clanique, reste une interrogation. Deuxième point, la parenthèse démocratique qui se referme aujourd’hui avec la prise du pouvoir par les Talibans et la - menace grandissante de l’État islamique, semble accréditer l’idée que l’Afghanistan, où nombre de) puissances se sont enlisées (URSS et Etat-Unis tour à tour), est un pays charpenté, voire structuré par la guerre et l’affrontement. L’échec des Occidentaux dans l’entreprise démocratique engagée tient aussi de cette réalité sous-estimée et liée à une forme de méconnaissance, peut-être teintée de mépris pour l’Histoire du peuple afghan.

Structure et pondération

Troisième point, et non négligeable pour les mois qui s’annoncent, la fragilité structurelle du mouvement taliban. Bien qu’ayant repris sans mal le contrôle du pays, les Talibans restent exposés à de nombreuses faiblesses telles qu’une opposition politique pour l’heure isolée mais qui finira par ressurgir, une économie des plus précaires aux recettes limitées et douteuses car articulée autour de la culture du pavot et surtout une fragilité évidente au regard de l’État islamique dont les ambitions et le discours dépassent largement celles des Talibans. Pour autant, ne faut-il pas voir dans cette fragilité inattendue une source, relative et limitée certes, d’espoir qui amènerait les Talibans à modérer leurs ambitions. Ainsi, pour éviter la fuite des élites intellectuelles afghanes, nécessaires pour construire l’Afghanistan de demain, les Talibans ont-ils déclaré l’amnistie pour ceux qui avaient coopéré avec les Occidentaux. Parallèlement, les avoirs financiers afghans, faibles, sont à ce jour bloqués par les nations occidentales car placés dans des banques étrangères. L’application de la loi islamique la plus rigoriste pourrait ainsi être pondérée (notamment les droits accordés aux femmes et aux filles) car pour gouverner un pays exsangue en proie à la guerre civile dans un contexte de menace terroriste prégnant, les Talibans auront besoin des nations étrangères, renvoyant leur prise du pouvoir à un bouleversement géopolitique avec lequel il faudra composer de part et d’autre (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article). Encerclée par des pays eux-aussi particulièrement turbulents ou fragiles politiquement, de l’Iran au Pakistan en passant par l’Irak, voire l’Inde, l’Afghanistan rêvée des Talibans pourrait s’achever en compromis politique et religieux dans lequel les Occidentaux auraient peut-être encore un rôle à jouer.

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