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Point de vue

Pour une succession pacifique au Tchad

Au-delà des condoléances les plus sincères que tout humaniste ne peut que souhaiter à la famille de feu président Idriss Déby Itno, tombé sur le champ de bataille le 20 avril 2021, ainsi qu’au peuple tchadien, ses opposants ont gardé de lui l’image d’un dictateur. Quant à la communauté internationale, notamment la France, elle l’a toujours considéré comme un partenaire indispensable dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Idriss Déby Itno venait juste avant sa mort d’être réélu pour un sixième mandat avec 79,32 % des voix, après 31 années de règne à l’issue du coup d’État contre Hissène Habré.

Non-respect de la Constitution

La Constitution tchadienne adoptée en 2018 fixe à 40 ans l’âge minimum pour accéder à la magistrature suprême. Or, curieusement, cette mesure constitutionnelle ne s’est pas appliquée à Mahamat Idriss Déby Itno. Ce général de la garde présidentielle est confirmé dans ses fonctions présidentielles grâce à une charte de transition publiée le 21 avril 2021 sur le site de la présidence de la République tchadienne. Il s’agit donc d’un coup d’État de la part des militaires dès lors que la loi fondamentale prévoit, en cas de vacances du pouvoir présidentiel, l’intérim par le président de l’Assemblée nationale. La succession d’Idriss Déby Itno par son fils, aux détriments des règles démocratiques, risque de déboucher sur des contestations populaires et ouvrir un boulevard aux rebelles qui occupent la partie Nord du Tchad jusqu’à Mao dans le Kanem à 300 kilomètres de la capitale N’Djaména.

Choix cornélien

La brutale disparition du président Déby Itno est attribuée au groupe rebelle du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT). Supervisé par Mahamat Mahdi Ali, ce mouvement armé a été, jusqu’au début de l’année dernière, l’un des soutiens militaires du maréchal libyen Khalifa Haftar soutenu par la France au même titre que l’illustre disparu. La brouille entre les amis de Paris préfigure-t-elle, d’une manière ou d’une autre, une sorte d’impasse pour la politique française au Sahel et en Libye ? Ne souhaitant pas prendre officiellement parti pour l’un de ses protégés (ne sait-on jamais), la France a choisi la prudence. En effet, seul Chef de d’État non africain à avoir assisté aux obsèques à N’Djamena, le président Emmanuel Macron a indiqué que son pays soutiendrait « une transition pacifique, démocratique et inclusive », et non « un plan de succession ».

Crainte d’instabilité sous-régionale

Le président de la République Démocratique du Congo, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui plus est président en exercice de l’Union africaine (UA) pour une année, a condamné les violences qui ont entretemps éclaté au Tchad. Après avoir rendu hommage au président Idriss Déby, à la Place de la Nation dans la capitale tchadienne, il a surtout espéré « un très vite retour à l’ordre démocratique » puisque « tout enlisement de la situation sécuritaire du Tchad constituerait une menace à l’intégrité territoriale […] ainsi qu’à la stabilité de la sous-région ».

Les Chefs d’État français et congolais ont enfin demandé, dans un communiqué commun, « la cessation de toutes les formes de violences » et rappelé « leur soutien à un processus de transition inclusif, ouvert à toutes les forces politiques tchadiennes, conduit par un gouvernement civil d’union nationale et devant mener le pays à des élections dans un délai de 18 mois ». Ainsi la France et la République Démocratique du Congo ont-elles réitéré « leur attachement à la stabilité et à l’intégrité du Tchad ». L’Union africaine apporterait en principe, a précisé Félix Antoine Tshisekedi, son soutien « aux efforts d’accompagnement ».

Des mesures appropriées

Au vu des faits évoqués supra, le bon sens voudrait que ne s’enracine pas en Afrique le système de transition familiale. Par conséquent, pour parvenir à une succession pacifique au Tchad où la jeunesse a déjà commencé à manifester contre la nouvelle junte militaire, il revient à l’Union africaine et à la communauté internationale de prendre en urgence les dispositions idoines. De plus, conformément à la Constitution tchadienne, le Conseil militaire de transition doit remettre le pouvoir au président de l’Assemblée nationale en vue de l’intérim et de l’organisation de l’élection présidentielle dans les meilleurs délais.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

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