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Un mode de vie healthy ; où en est la France ?

170 165 882. C’est le nombre de publications contenant le hashtag "healthy" à ce jour sur Instagram. Le  mouvement concentré autour de bien-être, né en Californie dans les années 2000, s’est répandu sur le monde. Ce qui pouvait ressembler à un effet de mode au début, semble s’être inscrit dans le temps et a impacté durablement les habitudes de plusieurs millions d'individus. 

L’OMS a qualifié le stress de fléau du monde occidental. L’industrie du bien-être vient proposer des réponses à ce mal. Elle pèse aujourd’hui plus de 5 % dans la production mondiale. Ce marché est notamment passé devant celui de la mode et du luxe.

Une vie « sans »

Au premier abord présenté comme un mode de vie « sans » : sans gras, sans sucre, sans excès, sans viande, et rassemblant des personnes qui optent pour des régimes de type végétarien, végétalien, végan, il est aujourd’hui mis en avant comme un mode de vie harmonieux permettant d’allier plaisir et bien-être. Parce que la traduction littérale est bien : c’est ce qui est bon pour la santé. 

Les nutritionnistes ne sont pas tous convaincus qu’il existe des "mauvais" aliments, mais ils admettent que certains aliments permettent de trouver un équilibre et de se sentir mieux. Donc pour être en harmonie avec soi-même cela semble pour beaucoup commencer par le choix du contenu de l’assiette. 

L’idée de privation est alors supplantée par une proposition beaucoup plus alléchante. De vrais aliments : bien choisis, bien cuisinés, dégustés avec raison pour devenir de véritable outils de santé. Cela semble effectivement beaucoup plus gourmand qu’un régime ! 

Le snacking se met également à jour et les traditionnels sandwichs et burger doivent maintenant rivaliser avec des « bowls » et des « poke » qui valorisent des aliments variés et bon pour la santé. Le healthy se fait donc une place lors des déjeuners sur le pouce.

 

Capture d’écran du 10 mars 2021 de la recherche #healthy sur Instagram

L’activité physique trouve également une place dans ce nouveau monde

En faisant un voyage au travers des jolis clichés Instagram, il est possible de découvrir d’autres visuels que des contenus à déguster. Des salles de sport, des tapis de gym, des positions de yoga... parce que bien manger ne suffit pas à atteindre l’harmonie souhaitée! L’activité physique s’invite donc pour compléter la recherche d’harmonie et éloigner ce fameux stress. 

Certains y voient des excès. La recherche de bien-être serait alors associée à une volonté d’atteindre une perfection corporelle que des esprits critiques jugeront superficielle et éloignée de l’état d’esprit de départ. En attendant, des coachs trouvent de la place pour faire des propositions et développer leurs activités. 

Pixabay

Et encore d’autres domaines pour de belles perspectives économiques

Le sport et la nourriture, mais pas seulement. Les vêtements, les cosmétiques, l’entretien, les voyages : le healthy se décline ! Le montant du marché mondial lié au bien-être est estimé à 4 200 milliards de dollars. Il représente effectivement un poids conséquent dans la production mondiale. L’opportunité de se faire une place au soleil pour les entreprises est tentante et elles ont bien compris l’enjeu de s’y immiscer. 

Le marché du bien-être à domicile se développe également et la pandémie du Covid-19 a contribué à en accélérer l’émergence. Dans ce domaine, de nombreuses applications sont encore à imaginer. La robotique et les biotechnologies par exemple, devraient permettre aux différents acteurs de se réinventer et d’affiner leurs propositions. 

Même les seniors s’y mettent, ils sont prêts à dépenser dans ce type de consommation et disposent de budgets en moyenne importants. En plus, ils sont de plus en plus nombreux à s’inscrire et à être actifs sur les réseaux sociaux. Ils pourraient alors devenir une cible pour la publicité. 

La folie des réseaux sociaux

Instagram permet de se rendre compte l’ampleur de ce phénomène. Et il est également légitime de se demander si cet outil n’a pas contribué à faire émerger un mouvement de fond. Il a agi en véritable caisse de résonance et a contribué à diffuser ce modèle. Ce mode de vie a des atouts photogéniques certains : des aliments colorés, des activités dans la nature et des présentations soignées. 

Des nombreuses publications hebdomadaires alimentent les fils d’actualité sur les réseaux sociaux. Les marques ne s’y sont pas trompées et collaborent régulièrement avec des influenceurs.

Le marché français n’échappe pas à la contagion 

La France, souvent présentée comme un pays de gastronomie où le vin, la viande et le fromage s’inscrivent dans les plaisirs épicuriens, est également touchée par le phénomène. La croissance de ce marché depuis dix ans à l’échelle nationale est en moyenne de 10 % et cela va continuer selon les prévisions avec un rythme de croissance autour de 5 % par an. 

Depuis les années 80, différents scandales, notamment associés à la viande, ont impacté la consommation des ménages français. A cela se sont ajoutées des recommandations sanitaires invitant à manger des fruits et des légumes, à ne pas manger trop gras, trop sucré, trop salé… Selon des statistiques de l’INSEE le panier des ménages a donc vu son contenu progressivement évoluer. Ce souci de bien manger est-il le résultat de tout cela ? Ou à l’inverse, cela a-t-il conduit à créer un terrain favorable pour l’émergence d’un nouveau mode de vie ? En tout cas, les Français déclarent de plus en plus raisonner leur consommation afin de la rendre plus healthy. 

Le monde du travail n’y échappe pas

Les acteurs susceptibles d’intervenir sur le marché de bien-être sont nombreux : les boutiques physiques, internet, les vendeurs de box mais aussi ceux qui vendent du bien-être au travail. Cette volonté de bien-être au travail s’inscrit même dans les textes de loi français. L’article 4121-1 du Code du travail dispose que « l’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. » Le bien-être n’est pas une option, mais bien une obligation légale. En entreprise des dispositifs sont donc instaurés afin de favoriser l’épanouissement personnel et les employés ont la possibilité de profiter d’actions pour se sentir bien. 

La réflexion est maintenant presque politique

Les enjeux semblent avoir pris de l’ampleur, et d’un phénomène centré sur l’individu, nous sommes passés à un engagement plus politique. Il y a eu une prise de conscience que l’acte d’achat d’aliments, c’est aussi se positionner en faveur d’un monde souhaité. La génération Y et les Z, axés sur la recherche de nouveaux modes de vie, sont également soucieux des questions environnementales et veut donner un sens à ses actions. Ces individus ont un réel engouement pour la nature et sa protection et cela est "healthy compatible". La question de l’éthique devient alors centrale : le traitement animal, l’usage des ressources, le transport, … La consommation est plus responsable et pas seulement esthétique le temps d’une photo « instagrammable ». 

Un peu d’humour

Avec cet esprit de contradiction français et l’envie de se moquer un peu d’un phénomène mondial et numérique, le "healthy" s’invite par exemple dans des one women show. Inès Reg, humoriste française, ponctue à l’occasion, ses sketchs ou ses publications de ce terme pour s’inscrire comme un contre modèle. Elle se moque de cette omniprésence du terme healthy et de sa sur-utilisation sur les réseaux sociaux. Elle le présente comme un outil utilisé, par certaines, pour s’exhiber. Cela permet de se rendre compte que le phénomène est devenu massif, tellement rapidement, que ses excès peuvent parfois interroger.

Capture d’écran du compte instagram d’Ines Reg @inesregmec.
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