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1 an avant le début de la campagne présidentielle, où en sommes-nous ?

Dans le contexte actuel de crise sanitaire sans précédent depuis plus de 100 ans, annonciatrice d’une futur crise économique et sociale, il faudra bien que les Français choisissent dans moins de deux ans un nouveau Président de la République. En avril 2022, deux choix vont alors s’offrir à eux : conserver l’actuel pensionnaire de l’Elysée, ou en changer. Mais alors, un an avant les débuts officiels de la campagne pour l’élection présidentielle de 2022, où en sommes-nous des rapports de force politique et des futurs candidats ? Qui est pressenti et qui pourrait émerger ?

Deux tendances se dégagent : celle qui nous mènerait à une campagne présidentielle avec des candidats inchangés ou presque, et celle qui voudrait que la situation soit propice pour mettre un coup de pied dans la fourmilière et basculer réellement dans le « nouveau monde » que notre Président actuel appelait de ses voeux lors de sa précédente campagne, en trouvant sur nos bulletins de vote de nouveaux noms, fruits d’unions politiques ou de renouvellements des partis traditionnels. Actuellement, déjà huit (pré)candidats se sont déclarées dont Marine Le Pen pour le Rassemblement National (RN) à droite de l’échiquier politique, et Jean-Luc Mélenchon pour La France Insoumise (LFI) à gauche.

Marine le Pen, présidente du RN, qui promet un « grand projet fédérateur », annonçait sa « pré-campagne » dès ses voeux à la presse en janvier dernier. Déjà candidate en 2012 et en 2017, elle avait récolté plus de 33% des voix lors du second tour des dernières élections présidentielles. La République En Marche (LaREM) serait alors bien avisée d’éviter, dans le climat social actuel, de provoquer de trop la réitération du scénario de 2017, et ce, pour deux raisons. La première voulant que le premier parti d’opposition de France anciennement Front National (FN) ne fait qu’améliorer ses scores de vote depuis l’accession historique au second tour de l’élection présidentielle de Jean-Marie Le Pen en 2002 — rappelons qu’il avait récolté 18% des voix battu par Jacques Chirac. La seconde voulant que les sondages actuels mettraient Marine Le Pen au coude à coude au premier tour avec Emmanuel Macron, si toutefois sa candidature à sa propre succession était confirmée.

Mais qui à droite pourrait alors concurrencer la présidente du RN ? Dans ses rangs, peu de personnalités semblent pouvoir contester son omniscience, pas même les récents frondeurs tels que Robert Ménard ou Florian Philippot qui, tout comme Marion-Maréchal Le Pen, Laurent Wauquiez, voire même Eric Zemmour, pourraient plutôt se porter volontaire à une « union des droites » avec des membres du RN, des non affiliés et des membres de Les Républicains (LR).

C’est d’ailleurs chez les LR que les paris sont les plus compliqués à pronostiquer quant à savoir qui briguera la candidature pour l’élection présidentielle de 2022. Pour le moment, aucune annonce sur une possible primaire de la droite, comme en novembre 2016, n’a été faite, alors même que certaines personnalités fortes des LR présents lors de ces primaires sont depuis partis gonfler les rangs LaREM, laissant alors une place vacante pour de nouvelles personnalités. Et alors que François Baroin s’est déjà refusé à discuter d’une potentielle candidature, Rachida Dati, elle, déclarait en septembre dernier au journal The Times, « je veux être présidente », sans pour autant se déclarer pour la campagne à venir. Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, compte bien participer à des primaires de droite pour lesquelles il milite, d’autant qu’il jouirait au sein de son parti d’une bonne opinion. Dans la situation actuelle, même un retour de Nicolas Sarkozy n’est pas à exclure, toujours dernier représentant du parti à avoir accédé à la plus haute fonction publique de l’Etat.

Il ne faut pas non plus exclure l’hypothèse selon laquelle le parti pourrait tout aussi bien se déliter et voir ses membres se fondre dans les rangs de LaREM ou du RN, voire d’un parti d’union des droites, alors même que Gerard Larcher, membre des LR et président du Sénat déclarait sur RTL le 15 novembre dernier que « il n’y a pas aujourd’hui pour des démocrates d’alternative réelle à Emmanuel Macron ». Enfin, alors qu’il n’est plus encarté chez les LR, Xavier Bertrand a annoncé sa candidature.

A gauche, Jean-Luc Mélenchon avait soumis le 8 novembre dernier sa candidature pour représenter LFI à une « investiture populaire » d’au moins 150.000 voix. Le 12 novembre dernier c’est chose faite, et le 28 il annonce sa candidature lors de son premier meeting de campagne qui, après son discours holographique du 5 février 2017, était le premier en réalité augmentée du monde. Fort de sa dernière participation à l’élection présidentielle de 2017 où il avait atteint la quatrième place au premier tour avec plus de 19% des voix, Jean-Luc Mélenchon appelle d’ores et déjà à un rapprochement des forces de gauche pour bâtir une opposition capable d’atteindre la présidence.

C’est un appel du pied que lance le président de LFI au Parti Socialiste (PS) et au parti Europe Ecologie Les Verts (EELV) qui, en vue de ses derniers scores aux élections européennes de 2019 et aux élections municipales de juin dernier raflant quelques grandes villes traditionnellement acquises aux partis de gauche historique, se voit créditer d’une opinion plus que favorable et serait capable de gagner des voix dans l’électorat de LaREM, du PS, mais aussi de LFI. A l’heure actuelle, le parti a annoncé des primaires à l’été 2021, mais déjà, Yannick Jadot est pressenti comme le plus sérieux candidat, annonçant même, dans un entretien au JDD le 28 novembre dernier, « prendre ses responsabilités » si les primaires en décidaient autrement.

Lors des élections de 2017, EELV s’était rallié au PS sous la houlette de Benoit Hamon. Aujourd’hui, il semblerai que la tendance s’inverse. En outre, dans les rangs du PS, Anne Hidalgo pourrait être en position de force après sa récente victoire à la mairie de Paris, alors que le premier secrétaire du parti Olivier Faure plaide toujours pour une « union des gauches ». Le nom de l’ancien Président de la République François Hollande circule également.

Quant au Président sortant interrogé par Brut. ce vendredi 4 décembre, ce dernier n’a pas souhaité communiquer ses intentions déclarant que s’il se mettait dès maintenant « dans la situation d’être un candidat » il risquerait d’être « insincère » et de s’empêcher de « prendre les bonnes décisions ». D’après un sondage Ifop paru en novembre dernier, Emmanuel Macron disposerait tout de même de 41% d’opinion favorable, soit plus que ses deux prédécesseurs à ce stade de leur mandat. La surprise n’est donc pas encore à l’ordre du jour dans les rangs LaREM.

Quid des « petits » partis et des « petits » candidats ? Nicolas Dupont-Aignan, sur qui il faudra compter à la vue de la relative sympathie des Français pour le « populisme de droite », a d’ores et déjà déclaré qu’il participera à la campagne pour l’élection présidentielle de 2022 ne souhaitant pas voir le clivage LaREM-RN s’installer si facilement. Le candidat du Frexit aussi, François Asselineau, déclarait dès 2019 sa candidature. Même chose pour Jean Lassalle dès 2018, et Joachim Son-Forget en février dernier, respectivement ancien candidat en 2017 et non affilié ex-LaREM. Pareillement pour Jean-Frédéric Poisson, déjà candidat aux primaires de la droite en 2016, et pour Eric Drouet figure des « gilets jaunes ». Du côté du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) Philippe Poutou ne souhaite pas se représenter alors que le Parti Communiste Français (PCF) attend les élections régionales de 2021 avant de se prononcer sur un potentiel candidat communiste.

En somme, du côté des trois grands partis que sont LaREM, le RN et LFI, et dans l’attente des intentions du pensionnaire actuel de l’Elysée, les trois principaux candidats devraient être les mêmes qu’en 2017. A gauche, alors que Jean-Luc Mélenchon est le seul à s’être annoncé, une tendance à confirmer ferait de EELV et de son futur candidat l’alternative sérieuse face à LaREM et le RN, pour une « union des gauches ». A droite, une « union des droites » serait possible.

Toutefois, à droite comme à gauche, de nouvelles personnalités comme de nouvelles tendances pourraient bien émerger dans les prochains mois, notamment du côté des souverainistes. Etiquetés populistes, conservateurs et protectionnistes, les souverainistes s’arrogent depuis quelque temps un temps d’antenne de plus en plus conséquent et pourrait rassembler de nombreux « petits » candidats notamment de droite comme Florian Philippot, Jean Lassalle, François Asselineau, Jean Frederic Poisson, voire, à terme, de plus grands de gauche et de droite.

Dans un autre registre, il est aussi fait mention du général Pierre de Villiers. En effet, selon un récent sondage paru dans l’hebdomadaire Valeurs Actuelles, l’ancien chef d’État-major des Armées pourrait rassembler à droite et à gauche puisque 20% des Français serait déjà prêt à voter pour lui. Pourrait-il être l’outsider de 2022 qui gênerait celui de 2017 ? Affaire à suivre.

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Commentaires

PDR (non vérifié) , jeu 17/12/2020 à 01h39
LaREM encaisse des échecs électoraux et ne sera pas capable de mener la campagne de 2022 seule. Il faudra attendre a une union centriste avec Modem, UDI, Radicaux et d’autres.
Nicole (non vérifié) , ven 12/03/2021 à 12h50
Cette campagne va nous montrer les vrais visages des politiques français. On attend avec impatience le debut campagne présidentielle 2022
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