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Claude m'a dit : Zemmour ne sera pas élu

J’ai vu, vécu et survécu

« J’ai vécu la guerre, la déportation et vu les chambres à gaz. Je suis le dernier survivant lyonnais d’Auschwitz ». (…) « J’ai des enfants, des petits-enfants et des arrières petits-enfants et j’ai entendu Éric Zemmour », raconte Claude Bloch avec voix saccadée et porteur d’un ton de dignité.

Ce rescapé de l’atrocité est le dernier survivant lyonnais de la déportation. Lorsqu’il aborde le sujet de Zemmour, le ton solennel de sa voix est visible. Cet homme, avec un regard de son passé, évoque le fameux : « Plus jamais ça ». Il regrette une manifeste oublie, par ceux qui n’ont pas vu les conséquences des guerres. « Lorsqu’Éric Zemmour veut réhabiliter le régime de Vichy et chante vive la République, vive la France, il révèle ce qu’il est vraiment ». Claude secoue la tête et d’un ton de remords, ajoute : « Si Zemmour est élu président, ce serait la catastrophe. Mais, heureusement, il ne le sera pas ».

Ma mère savait quelque chose

Les syllabes des mots et le vocable de Claude, 93 ans, sont fluides et lucides. Cet homme se montre digne et sa tenue vestimentaire lui octroie un respect naturel. Ces cheveux blancs sont bien coiffés et ses souvenirs incitent à admirer sa force.  « Je peux dire à Éric Zemmour que j’avais 15 ans », raconte Claude, dont l’émotion est visible sur le visage. Il insère sa main, tremblante, dans ses moches, à la recherche de la photo de sa mère et de sa grand-mère.  « Pourtant, nous étions le 29 juin, ma mère m’avait dit de mettre un pantalon long », explique Claude, d’une faible voix.

Claude Bloch

« J’avais un short et un pantalon, j’ai obéi. J’ai par la suite compris la raison. Depuis ce jour, ma vie a basculé dans l’horreur ». Claude cherche toujours la photo, sans la trouver. Les souvenirs restent intacts, sa mémoire n’a perdu aucun détail. Les dates, les lieux et les noms restent dans sa mémoire.

Peu à peu, Claude abandonne la recherche de la photo, referme les yeux et reprend son récit. « On dit que l’homme est un loup pour l’homme, c’est vrai », s’exclame-t-il, en faisant référence au Léviathan d’Hobbes. « Les résistants avaient pourtant changé mon nom de famille. De Bloch, ils ont transformé le « o » en « a » et ajouté un « e » et « t ». Je portais alors le nom de Claude Blachet ». (…) « Mais je pense que des voisins avaient révélé à la Gestapo notre adresse ». Les souvenirs abondent dans les phrases de Claude et en parle comme si c’était hier.

« Des Lyonnais nous hébergeaient, car nous vivions en cachette. Mais d’autres, les milices, sont venus nous chercher et livrés à la Gestapo, place Bellecour ». Lors de son arrivée à Auschwitz, Claude voit sa mère pour la dernière fois. « Nous étions dans le même train, lorsque nous étions déportés ». (…) « Ils nous ont séparé, les hommes d’un côté et les femmes de l’autre. J’ai alors compris la phrase de ma mère : mets un pantalon ».

 Comment commémorer l’abominable ?

Claude puise sa force de son histoire, dont sa jeunesse fut entachée par l’abominable. « Je suis Lyonnais, déporté en 1944. J’explique aux Collégiens et aux Lycéens, ce que signifie une guerre ». Claude relate alors l’histoire, encore vivante dans ses souvenirs. Il commémore à sa manière ce que le pays peine à à commémorer. Sa voix varie selon la séquence à raconter. L’image de sa mère et de sa famille est visible dans son regard. Il explique l’histoire depuis presque un siècle.

Claude Bloch

« Je raconte l’histoire de 1923 à la fin de la Deuxième Guerre mondiale », dit Claude, dont ses jolies lunettes cachent sa pudeur. A l’époque, en France, on parlait de la démission de Frossard, le secrétaire général du PCF, qui s'opposait aux décisions du Congrès de 1922, et la demande de l’exclusion des membres du parti francs-maçons. Puis, on parlait aussi des troupes françaises qui occupaient le Ruhr, réclamant le paiement par l’Allemagne de la dette de guerre.

Claude Bloch n’est, ni historien ni expert de la sociologie, mais ses phrases sont celles d’un homme qui vient de loin et prévient d’un déclin vers l’inconnu. Son destin fut celui d’un garçon de 15 ans, dont l’index d’un soldat allemand lui a indiqué de se ranger parmi un groupe de travail. Il a été jugé apte. « C’est ainsi que j’ai pu échapper aux chambres à gaz et aux fours crématoires ».

Douche à gaz et fours crématoires

« De Lyon durant la guerre, j’ai en mémoire l’arrivée des Allemands, en 1942. La Gestapo s’est installée à Bellecour. Lorsqu’ils sont venus, la France entière était occupée. C’est à partir de 1942 que la situation était hautement difficile, pour chaque famille. Puis, le 26 mai 1944, les bombardements étaient destructeurs, notamment l’avenue Berthelot ».

« Je dis à tous ceux qui nient l’histoire, qu’ils savent ce qui s’est passé, mais ils veulent l’ignorer ». (…) « Lorsque j’entends Éric Zemmour, je vois le danger. Sa dangerosité sera pour tout le monde. On ne sait pas ce qui se passerait ». L’homme, avec dignité, parle des chambres à gaz et des fours crématoires. « Ils étaient invités à se dévêtir, pour prendre des douches, au sous-sol. On gravait un numéro sur le corps de chacun et on envoyait des granules qui dégageaient des gaz.

Claude Bloch

Les corps avaient été, par la suite, transportés vers les fours ». (…) « Les Allemands, le 17 janvier 1945, lorsqu’ils ont évacué le Camp d’Auschwitz, avant l’arrivée de l’armée soviétique, ils ont détruit les bâtiments ». (…) « Ils ont tout dynamité, en partant, afin de ne laisser aucune trace ». Claude montre son avant-bras gauche et on peut clairement litre la lettre B, majuscule, et le nombre 8672.

Par Mohamed Abdel Azim, Encrage Média, décembre 2021.

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