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Débat à haut risque sur l’islamo-gauchisme

Voilà un débat aux accents polémiques, dont Emmanuel Macron se serait volontiers passé à quatorze mois du premier tour de l’élection présidentielle prévue en avril 2022. Non que celui-ci ne soit pas en mesure de l’affronter et de l’éteindre sans délais, mais le débat sur la diffusion supposée de l’islamo-gauchisme dans les rangs de la communauté universitaire revêt tous les ingrédients du piège politique. (lire leparisien.fr : https://www.leparisien.fr/politique) Pour autant, avant d’aborder les différentes facettes du piège en question, une définition de l’islamo-gauchisme, notion clivante, active et réelle pour certains, notamment dans les milieux d’extrême-droite, brillant par sa vacuité pour d’autres qui n’hésitent pas à dénoncer un abus de langage, s’impose. Textuellement donc l’islamo-gauchisme est un néologisme désignant une proximité supposée entre idéologies et partis de gauche et milieux islamiques ou islamistes. Composé des termes islam et gauchisme, le terme est également utilisé pour symboliser une ligne de fracture politique sur les causes du djihadisme.

Socle et espace d’expression

Définition posée, pourquoi le débat ouvert par Frédérique Vidal, Ministre déléguée à l’enseignement supérieur, suscite-t-il tant d’inquiétudes dans la majorité et la ire des milieux universitaires ? La réponse réside d’abord dans la situation globale à laquelle l’exécutif doit aujourd’hui faire face qui n’a aucune envie de devoir affronter d’une part la communauté scientifique, en partie socle de son électorat, et, d’autre part, encore moins l’envie de devoir se lancer dans une analyse sur le poids et l’influence de l’islamisme en France. Sujet sensible, la question de l’islamisme associé à une potentielle complicité tacite des milieux universitaires à son endroit au regard de certaines thèses avancées par celui-ci, n’est en rien au programme du candidat Macron. Alors que l’exécutif cherche à tout prix à s’extraire de la crise sanitaire sans recourir à un nouveau confinement tout en contenant les dégâts économiques occasionnés par les mesures de restrictions liées à la pandémie, un débat, ne serait-ce que superficiel sur la question de l’islamo-gauchisme serait une perche tendue aux milieux d’extrême-droite et notamment à sa principale rivale, présentée comme telle en tous cas, Marine Le Pen qui trouverait là un espace d’expression presque béni.

Probabilité et institutionnel

Faible et mal informée sur les questions d’ordre économique, la président du Rassemblement National pourrait facilement naviguer et user dans ce débat des thèses complotistes qui nourrissent le discours d’extrême-droite, discours sur lequel Emmanuel Macron n’a aucune prise car infondé. Mais le risque de devoir se lancer dans une séance d’explication collective visant à dédouaner la communauté scientifique de toute manipulation subie sans désavouer un ministre devenu très encombrant s’avère de plus en plus probable si le feu de la polémique n’est pas immédiatement éteint. Peu de solutions s’offrent au Président de la République. Si le renvoi de la Ministre en question en est une (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/societe), elle ne fera que satisfaire la communauté universitaire sans pour autant clore définitivement la discussion. Et si la polémique devait enfler, une intervention du Président ou du Premier Ministre s’avérerait nécessaire au risque de donner au débat une tournure institutionnelle aux conséquences lourdes. In fine, le débat ouvert par Frédérique Vidal, pertinent ou pas, pose l’exécutif face à la fronde des universitaires et à une question qui appelle une réponse rapide au risque de rester accroché au semelles du Président.

 

 

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