Rubrique
Longread

Élections régionales : état des lieux

Initialement prévues pour mars 2021, les élections régionales (accompagnées par les élections départementales également) ont été déplacées pour raison sanitaire à l’image du deuxième tour des municipales de l’année dernière. Alors que la loi reportant le scrutin a été promulguée, le gouvernement s’en tient désormais aux 13 et 20 juin 2021 pour renouveler les conseils régionaux.

Ce changement dû au Covid-19 ne devrait pas connaître de nouvelles modifications et devrait s’en tenir à ces nouvelles dates sauf cas de force majeur et nouvelle poussée épidémique. Ces élections régionales qui ont normalement lieu tous les 6 ans seront les deuxièmes depuis la nouvelle redistribution (passage de 22 -> 13 régions en France continentale) qui offre une notoriété et une position plus importante à l’ensemble de leurs présidents. 

Ces scrutins prévus pour la fin du printemps représentent des enjeux tant pour les principales forces politiques de France que pour la population, qui semble être particulièrement intéressée par ces élections. Selon le baromètre Odoxa-Dentsu Consulting, la participation pourrait atteindre les 60% sur l’ensemble du territoire contre 50% en 2015 soit une hausse encourageante notamment en tenant compte de la période sanitaire trouble et de la baisse de la participation électorale observée ces dernières années. 

Retour sur les élections précédentes. 

En se repenchant sur les résultats des dernières élections régionales de 2015 (les premières à avoir lieu suite à la diminution du nombre de région) le Rassemblement National anciennement nommé Front National était le premier parti de France au premier tour avec +27% des suffrages obtenus. Ce résultat impressionnant ne lui suffisait toutefois pas à s’emparer de la présidence d’une des régions françaises tant au premier tour comme au second tour. En effet, le jeu des alliances au second tour a généralement tourné en faveur des Républicains (LR) avec les retraits du Parti Socialiste (PS) lors du second tour dans des régions où le FN était en tête à l’issue du premier tour : Provence-Alpes-Côte-d’Azur et les Hauts-De-France. Ainsi, le second tour s’illustré par une réduction des votes en faveur de la gauche (32.12%) au profit de la droite qui avait augmenté lors de l’entre-deux tours (40.24%) alors que le Front National se stabilisait autour des 27% sans nouvelle progression. 

Pour en revenir sur les prochaines élections, la droite et la gauche sont les pôles politiques qui ont le plus à défendre et à perdre sur ces scrutins. En effet, ils présidaient 11 des 12 régions métropolitaines (sans compter la Corse) avec une répartition respective de 6 et 5 en 2015. Cet aspect pourrait jouer en leur faveur car les présidents sortants seraient en bonne position pour se succéder à eux-mêmes. Certaines enquêtes évoquent même que 71% des Français jugeraient positivement leur actuel président de région ; de quoi les soulager avant le lancement des campagnes électorales. 

Contexte, état des forces et stratégies électorales. 

La République en Marche et le Rassemblement National : une problématique similaire 

Alors qu’ils dominent la sphère politique nationale, le Parti de la Majorité (LREM) et le Rassemblement National semblent en retrait à l’approche de ces régionales. Paradoxalement ces deux partis reconnus comme favoris pour être finalistes aux présidentielles de 2022 et ainsi réitérer leur performance de 2017, rencontrent des difficultés à échelle locale. Ces délicatesses se sont d’ailleurs confirmées aux municipales de 2020 avec des résultats décevants, notamment pour le parti du Président Emmanuel Macron (aucune commune de plus de 100 000 habitants remportée). Les sondages actuels prônent d’ailleurs pour une nouvelle Bérézina lors de ces élections régionales, ce qui pourrait fragiliser LREM en vue de 2022.

Le manque d’implantation locale de ces partis est un véritable obstacle dans l’optique d’envisager la présidence d’une des régions métropolitaines. Une nouvelle déception électorale semble donc se dessiner pour LREM à l’image des municipales. 

Un des principaux problèmes pour La République en Marche est le fait de ne peut pas pouvoir compter sur le vote utile de nombreux électeurs comme cela a pu être le cas aux présidentielles (2017). De plus, certaines enquêtes avancent que la moitié de l’électorat de LREM aux présidentielles ne souhaitent pas voter pour le parti de la majorité lors de ces scrutins régionaux. Désormais, le seul espoir pour LREM semble être « d’accéder » à la présidence en soutenant certaines listes ou dans la quantité de triangulaires et quadrangulaires qui pourraient avoir lieu au second tour, ce qui pourrait jouer en leur faveur (Généralement EELV+PS (Voir +LFI) – LREM – LR – RN).   

En ce qui concerne le Rassemblement National, les obstacles sont ceux de toujours, bien que ce parti arrive dans les trois premières positions des intentions de vote au niveau national : la difficulté voire l’impossibilité d’élargir son électorat entre le premier et le second tour. Le jeu des alliances ou des retraits de listes ne favorise jamais le parti de Marine Le Pen alors qu’au contraire la gauche et la droite sont historiquement enclins à générer des alliances ou se retirer au profit du parti le mieux placé pour lui faire obstacle. 

D’après les récents sondages qu’ont pu réaliser IFOP, Opinion Way ou encore Harris Interactive, LREM et RN ne semblent en mesure de remporter aucune région ou de se joindre à la lutte pour la présidence (La Région Provence-Alpes-Côte d’Azur semble la plus à même de basculer du côté du RN). Tout comme pour LREM, le RN devra sans doute compter sur un maximum de triangulaires pour remporter une des régions et espérer ne pas faire face au désir des opposants à faire front commun face au parti de Marine Le Pen.

La gauche et la droite : différentes stratégies pour un même objectif 

Pour les partis de gauche et de droite plus précisément les partis historiques (PS et LR), la donne semble différente malgré leur décadence récente sur le plan national.  

D’avantage ancrées localement ces deux familles politiques sont en bonne posture pour maintenir leur présence régionale mais au coût de diverses stratégies. 

Les derniers sondages nationaux laissent envisager des résultats encourageant pour la droite et LR qui arrive en première position des intentions de votes (en légère augmentation). En apparence, il est fort probable que la plupart des régions actuellement détenues soient maintenues sous leur bannière. Les électeurs préconisant premièrement les enjeux régionaux aux enjeux nationaux (dans le cadre des élections régionales) les partis historiques (LR et PS) devraient être favorisés au profit de LREM et du RN. 

En revanche, ces élections seront probablement plus complexes pour le Parti Socialiste puisqu’il n’arrive qu’en 4ème position sur le plan national suivi de très près par le parti Europe Ecologie Les Verts avec qui ils font quasiment jeu égal. Ces partis attirent respectivement 13% et 12% de l’électorat français. Actuellement en reconstruction et en position de faiblesse, le PS pourrait viser à la présidence de certaines régions notamment par le biais d’alliances indispensables avec les principaux partis votant à gauche. 

La gauche étant particulièrement fractionnée depuis la « chute » du PS, l’unique façon de peser pour les prochains scrutins semble être à travers des alliances stratégiques et des listes regroupées autour d’un seul candidat. Cette stratégie nécessaire pourrait être observée dès le premier tour dans certaines régions. La principale interrogation étant le nom du parti qui sera propulsé en première ligne dans la majorité des régions (PS au-devant ou plutôt en retrait derrière EELV). L’importance progressive que prend l’écologie lors des élections sub-nationales semble indiquer un changement de tendance avec un possible bouleversement dans la hiérarchie historique des alliances PS-EELV. Le parti écologiste pourrait se retrouver sur le devant de la scène dans de nombreuses régions pour confronter les républicains. En effet, la médiatisation des thèmes environnementaux et les résultats exceptionnels de EELV aux municipales de 2020 placent le parti écologiste en position de force dans les négociations face à un PS toujours en retrait depuis son implosion.  

Focus sur trois régions de la France métropolitaine

Dans certaines des régions les plus importantes, les estimations dénotent des scrutins particulièrement indécis avec des candidats au coude à coude tant au premier comme au second tour. Quelques-unes d’entre elles regorgent d’ailleurs de candidats qui font des scrutins régionaux une étape préliminaire à leur candidature pour la présidentielle de 2022… 

Focus sur les régions Ile-de-France et Hauts-de-France où les présidents sortants (ex LR) Valérie Pécresse et Xavier Bertrand font de leur réélection un pallier nécessaire avant une potentielle candidature aux présidentielles de 2022. Ils seront principalement opposés au front de gauche (Ile-de-France) et au RN (Hauts-de-France). Dans la Région Auvergne-Rhône-Alpes, la liste d’Europe Ecologie Les Verts menée par Fabienne Grebert semble bien décidée à unir la gauche derrière elle pour faire front commun au président sortant et favoris à sa succession le candidat LR Laurent Wauquiez. 

Ile-De-France :  Une union de la gauche au second tour pour tenter de dérouter la présidente sortante

Comme évoqué en amont, cette élection représente un double enjeu pour la présidente sortante Valérie Pécresse : celui de maintenir la mainmise de la droite sur la région Ile-de-France, et celui de se projeter sereinement vers les présidentielles de 2022 en se positionnant comme principale tête d’affiche pour la droite.

Les dés ne sont pas encore jetés pour les partis de gauche qui sont encore hésitant concernant la stratégie à adopter. Cependant, une nécessitée d’alliance semble se dessiner notamment en vue du second tour. En effet, dans un premier temps les partis de gauche souhaitent avant tout mettre en avant leur candidat respectif. Les têtes d’affiches pour chacun des partis sont les suivantes : Julien Bayou pour EELV, avec Audrey Pulvar adjointe à la maire de Paris pour le PS et enfin Clémentine Autain pour une liste commune proposée par LFI et le PCF. 

Julien Bayou apparaît pour le moment comme le plus ambitieux des candidats en souhaitant incarner le regroupement de la gauche et ainsi barrer la route de Valérie Pécresse dont il dresse un bilan « catastrophique, notamment sur l’environnement ». Pour le moment, le candidat EELV s’est assuré de constituer un arc écologiste du centre à la gauche pour tenter d’arriver en tête des listes de gauche lors de ce stratégique premier tour. 

Alors que Jean-Michel Blanquer Ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse a été un temps pressenti comme candidat pour le parti de la majorité, se sera finalement le jeune député Laurent Saint-Martin qui se projettera sur cette élection avec l’ambition d’avoir son mot à dire dans ce « match à 5 » annoncé. Le cinquième candidat à prendre en compte sera probablement Jordan Bardella, qui devrait être prochainement investit par parti le RN qui a l’ambition là aussi de peser au second tour. 

Alors que les partis de gauche ont déjà investi leur candidat tête de liste et ont déjà entamé leur campagne électorale, le RN et la droite restent pour le moment plus en retrait puisqu’ils n’ont pas encore officiellement annoncé leur candidat. 

Le sondage le plus récent mené par OpinionWay donne la présidente sortante en première place (25%) avec une légère avance sur les 4 autres candidats dont les scores sont compris entre 12% et 16%. Ces sondages permettent également de réaliser un constat, la gauche pèserait approximativement 40% en Ile-de-France répartis entre LFI, EELV et le PS tandi que la droite, les macronistes et l’extrême droite se rapprocheraient des 60%.

D’après un sondage IPSOS d’octobre 2020, si LREM se maintient au second tour, l’issue pourrait-être indécise jusqu’au bout, avec pour le moment une victoire annoncée pour Valérie Pécresse qui récolterait 37% des suffrages contre 33% pour sa principale opposante PS Audrey Pulvar. 

Hauts-de-France : Un match entre le RN et Xavier Bertrand, le président sortant de la région 

A l’image de la candidature de Valérie Pécresse en région Ile-de-France, le président sortant de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand souhaite propulser sa candidature électorale pour la droite aux présidentielles de 2022 en passant par une victoire aux régionales. Courant août, le président sortant a de lui-même annoncé la couleur « Ma primaire, ça sera le scrutin régional des Hauts-de-France », ne cachant pas ses ambitions présidentielles et son refus de participer à une réelle primaire de droite. 

Cette année, la course à la réélection s’annonce toutefois délicate puisque plusieurs partis peuvent semer des doutes sur l’issue du scrutin électoral. En 2015, Xavier Bertrand avait profité du retrait du PS au second tour pour pouvoir l’emporter face à la candidate du Front National Marine Le Pen qui était arrivée en tête à l’issue du premier tour. A nouveau, le principal obstacle à la réélection du candidat de droite semble être le parti d’extrême droite. 

En effet, depuis quelques années le RN jouit de bons résultats électoraux dans la région qui confirme une solide présence (41% aux régionales de 2015, 31 puis 47% aux présidentielles de 2017…). Selon le dernier sondage IFOP, le premier tour sera âprement disputé. Le président sortant arriverait en tête avec 34% face au 29% du RN mené cette fois par Sébastien Chenu, et bien loin devant les candidats de LREM (Laurent Pietraszewski), EELV (Karima Delli) et PS (Patrick Kanner) qui sont tous crédités de scores aux alentours mais en dessous des 10% qui permettent d’accéder au second tour.  

Pour la gauche et les principaux partis qui la compose (PS – LFI – EELV), la stratégie (rien n’est encore décidée) devrait être la même que dans d’autres régions, une alliance de mise pour souder un bloc à première vue éclatée. Les compromis autour d’une seule liste devraient être d’actualité et ce probablement dès le premier tour pour s’assurer une présence au second tour et dans la nouvelle assemblée régionale. Pour rappel, par le retrait du PS en 2015 au profit de LR, la gauche n’a pu compter aucun conseiller régional dans les Hauts-de-France. 

L’ultime pièce du puzzle électoral sera sans doute le parti de la majorité, avec une inconnue concernant la stratégie que souhaite employer le gouvernement. Comme en atteste les différents sondages, il s’agit d’une des régions qui a le plus de possibilités de basculer vers l’extrême-droite. Cependant, au niveau stratégique et en pensant à la prochaine échéance électorale (2022) le parti présidentiel ne devrait pas non plus se ranger derrière le président régional sortant de droite. En effet, celui-ci se profilant comme un possible adversaire d’Emmanuel Macron à la prochaine présidentielle, LREM pourrait se réjouir d’une défaite de Xavier Bertrand. LREM pourrait donc jouer les troubles fêtes et « perturber » la candidature de la droite au profit du RN même si pour l’heure il ne s’agit que de simples spéculations. 

Même si les campagnes électorales ne sont pas encore officiellement lancées, l’angle d’attaque de certains candidats semble toutefois déjà décidé, avec des critiques acerbes sur la gestion du président sortant ou de sa velléité présidentielle. Le Député RN Sébastien Chenu critiquant même ouvertement l’objectif de Xavier Bertrand « Les régionales de 2021 ne sont pour lui qu’un tremplin vers la présidentielle : c’est dire le peu d’intérêt qu’il porte aux habitats des Hauts-de-France » alors que la cheffe de file du parti EELV se concentre sur sa gestion « Beaucoup de blabla, peu de résultats ».

Auvergne-Rhône-Alpes : Qui pour faire face à Laurent Wauquiez ? 

 

Dès trois régions analysées, la région AURA semble être celle qui présente le moins de suspense concernant l’issue de son scrutin. Au-delà de la position forte du président sortant Laurent Wauquiez, il s’agit de la région ou la position des écologistes pourrait bien fragiliser les alliances nécessaires entre partis de gauche. En effet, la cheffe de file d’Europe Ecologie-Les Verts Fabienne Grébert est favorable à une alliance avec les partis de gauche mais avec comme condition intransigeante que l’union se fasse derrière elle. Même si le PS fragilisé et nécessiteux reçoit avec engouement chaque proposition d’alliance pour peser dans la région, la condition que pose EELV semble toutefois agacer à l’image de Jean-François Debat, président du groupe socialiste de la région Auvergne-Rhône-Alpes « Celui qui pose des oukazes ne cherche pas le rassemblement, il cherche la soumission du partenaire ! ». La principale friction qui fragilise une entente concerne donc principalement le choix du chef de file en cas de regroupement des listes : PS ou EELV pour mener la gauche ? 

Pour d’autres cadres de EELV, la stratégie à privilégier serait de réaliser une alliance dès le 13 juin ou alors au second tour après que le premier tour donne un aperçu des forces en présences. Les sympathisants et électeurs du pôle écologiste eux, préféreraient pour leur part une union dès le départ. Quant au PS, il propose une gouvernance partagée comme solution alternative plus équilibrée avec un parti qui s’occuperait de la présidence régionale (EELV ou PS) et l’autre parti qui serait majoritaire dans l’exécutif (les conseillers régionaux). 

De tous les partis, EELV est le seul à être officieusement rentré en compagne en définissant clairement sa position alors que d’autres partis politiques n’ont pas encore investi officiellement de candidat. Laurent Wauquiez actuel président de la région n’a pas encore confirmé officiellement sa candidature pour briguer un second mandat consécutif dans la région AURA tout comme les candidats du PS (Probablement l’ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem) et RN (Andréa Kotarac ?) qui ne sont pas encore connus. 

Même si les sondages commandés par les verts laissent en bonne position leur candidate dans le cadre d’une candidature commune, le sondage IFOP de fin novembre laisse toutefois présager un premier tour serein pour le président sortant et un deuxième tour remporté avec une avance confortable dans l’hypothétique triangulaire qui pourrait l’opposer au RN et à une alliance de la gauche menée par EELV au second tour.

Comme à l’accoutumée, ces élections régionales nous réserveront sans doute des surprises inattendues et de multiples retournements de situation. Prévus pour dans quasiment 4 mois, il faudra toutefois se montrer patient pour connaître l’issue de ces scrutins électoraux…  

Application Mobile

Téléchargez Encrage Media sur votre mobile pour ne pas manquer nos dernières publications !

Commentaires

Jacques (non vérifié) , sam 20/03/2021 à 20h18
Bel état des lieux. Très intéressant.
Cet article permet une meilleure compréhension de la scène politique actuelle. Bravo
Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.
Image CAPTCHA
Saisir les caractères affichés dans l'image.