Rubrique
Point de vue

La vie privée des politiques : le tabou médiatique français

S’il y a bien un débat que la presse française (et nous parlerons ici uniquement de la presse, pas la population) n’a pas encore réussi à clore, c’est bien celui de l’équilibre à trouver entre respect de la vie privée et devoir d’informer. Depuis l’affaire Mitterrand dont la fille cachée avait été révélée par Paris Match, le consensus établi autour de la vie privée des hommes politiques a été, n’ayons pas peur de le dire, complètement brisé.

Les exemples démontrant cela pleuvent depuis maintenant plusieurs décennies. La relation entre François Hollande et l’actrice Julie Gayet, le cancer de Pompidou, l'amant de Cécilia Sarkozy, la maladie de Jacques Chirac ou encore la grossesse de Rachida Dati sont des sujets dont la presse s’est emparée, relançant éperdument ce débat, qui reste depuis toujours un tabou bien français.

Au Royaume-Uni, la vie privée des politiques ne constitue pas vraiment de débat. La presse française a beaucoup plus de mal à savoir comment se positionner face aux rumeurs qu’elle entend. En 1940, Winston Churchill demandait lui-même au général de Gaulle de se faire prendre en photo avec sa femme pour devenir plus proche du grand public. Une mentalité différente à laquelle nous les Français, avons du mal à adhérer.

Des exemples qui donnent pourtant raison aux journalistes

L’affaire DSK démontre bien la complexité de ce débat : que choisir entre respecter la vie privée du politique alors qu’il est accusé de faits graves et s’adonner aux rumeurs qui se transforment parfois en information confirmée ? La réponse des médias a pourtant été claire, l’affaire a été l’évènement le plus médiatisé en France depuis l’an 2000, montrant bien l’intérêt croissant pour la presse d’aborder les sujets où des politiques sont mêlés à des histoires de sexe et d’argent.

Plus récemment se tenait le procès de l’affaire des « écoutes ». Ayant pris fin il y a quelques jours, il illustre aussi ce phénomène car les médias s’en sont grandement emparé. C’est d’ailleurs Le Figaro qui a mis le doute sur la possible corruption de Gilbert Azibert. Lors de ce procès, Nicolas Sarkozy a notamment mis en cause le respect de sa vie privée : « Vous avez devant vous un homme dont on a écouté plus de 3 700 conversations privées. »

L’attitude des médias et la responsabilité de leurs actes dans de telles situations sont contestées. Parfois, ce sont les médias qui révèlent eux-mêmes des conversations de l’ordre du privé, souvent dans un but noble, mais violant de fait la vie privée des concernés. Cependant, que ce soit pour l’affaire DSK ou Sarkozy, le verdict a donné raison aux journalistes sur leur modus operandi.

Que faut-il changer ?

Faudrait-il malgré tout redéfinir un cadre de travail journalistique afin d’éviter les dérives ? Et bien oui, cela semble inévitable. Les lois ne sont pas les seules règles que les médias doivent respecter. Il en existe d’autres, spécifiques à l’information, énoncées par la profession elle-même à destination de tous ceux qui l’exercent. Elles constituent la déontologie journalistique.

Il arrive malgré tout qu’un(e) journaliste enfreigne ces règles, poussé(e) par sa méconnaissance, par l’urgence, le goût de la sensation, la négligence ou par ses chefs de rédaction. Les problèmes liés à l’atteinte de la vie privée se font de plus en plus nombreux avec l’avènement de l’ère numérique et réformer ce système permettrait au moins d’essayer de recadrer les permissions que s’autorisent parfois les journalistes. Il est cependant difficile d’établir un cadre précis. Le grand public peut et a besoin d’en savoir plus sur toutes personnes ayant un pouvoir économique ou une influence sur la politique française, car il s’agit de personnalités qui ont fait le choix de se rendre publiques. Néanmoins, en tant que citoyen(ne)s françai(se)s, ils ont également le droit au respect de leur vie privée, c’est pourquoi il est envisageable de penser à les inclure dans ce débat.

Résister au fait de dévoiler la vie privée dans un monde polarisé, pourrait se résumer comme le principal défi des salles de presse contemporaines. Les journalistes doivent s’imposer eux-mêmes des normes d’utilisation et assumer leurs responsabilités professionnelles. La liberté d’informer devrait-elle s’arrêter devant la porte de la chambre à coucher et ne pas s’infiltrer dans les portefeuilles personnels des politiques ? Une question à laquelle il est difficile de répondre, tant le débat est vaste.

Arsène Gay

Application Mobile

Téléchargez Encrage Media sur votre mobile pour ne pas manquer nos dernières publications !

Commentaires

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.
Image CAPTCHA
Saisir les caractères affichés dans l'image.