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L’affaire Maurice Papon : récit de l’histoire qui entoure le procès le plus long de la justice française

Le 6 mai 1981, le Canard Enchaîné publie dans un article des documents signés de la main de Maurice Papon tendant à prouver sa responsabilité dans la déportation de 1.690 Juifs de Bordeaux à Drancy (Seine-Saint-Denis), sous l'Occupation, de 1942 à 1944. L’article publié par l’hebdomadaire ce jour-là s’intitulait « Papon, aide de camps : Quand un ministre de Giscard faisait déporter des Juifs ». Et pour être plus précis auprès de vous, revenons sur les faits qui sont exposés dans ce dernier.

Nous sommes le 1er Juin 1942 et le jeune Maurice Papon, alors âgé de 32 ans, est nommé secrétaire général de la préfecture de Gironde qui, à ce moment-là, était en grande partie occupée par les allemands. Il le restera jusqu’à la Libération. Jusque-là alors, rien d’anormal. Le premier élément qui va nous intéresser prend place l’année suivante. En effet le 26 janvier 1943, le service de sécurité du REICHFUHRER SS, qui n’était autre qu’Heinrich Himmler, ordonnait à tous les commandos de police nazie le transfert dans les meilleurs délais de tous les juifs internés remplissant les conditions de déportation en prévision de deux transports de 800 à 1.000 Juifs à destination d'Auschwitz. Deux jours plus tard, la même autorité allemande ordonnait au chef de la police nazie de Bordeaux, le commandant Luther, de transférer 170 Juifs à Drancy avant le 4 février 1943. Cet ordre va alors être transféré par Luther au Préfet Régional « Section des Affaire Juives ». C’est dans ce contexte que va intervenir la première attaque du Canard Enchaîné.

Maurice Papon / Source image : Sud Ouest

En effet l’hebdomadaire accuse Papon d’avoir interféré dans le travail du Préfet Régional et de s’être occupé de ces « affaires juives ». Le 1er février 1943 Maurice Papon va alors signer à la place du Préfet Régional un ordre de réquisition de la gendarmerie pour escorter le convoi jusqu'à Drancy. Ce premier convoi partira du camp de Mérignac pour arriver à Drancy donc puis, le 13 février, il se verra attribuer le numéro 47 avant de partir pour le célèbre camp d’Auschwitz-Birkenau. Ce convoi fera place à de nouveaux qui viendront s’y ajouter dans les temps qui suivront. Nicolas Brimo, l’auteur de l'enquête, écrit ainsi que cinq convois de juifs français et étrangers ont quitté, en 1942, le camp de Mérignac pour celui de Drancy et quatre autres convois durant l'année 1943. Bordelais ou réfugiés, mille six cent quatre-vingt-dix juifs ont de la sorte été dirigés vers les camps de concentration allemands en tout.

L’affaire éclate

Nous sommes donc le 6 mai 1981, entre les deux tours de l’élection présidentielle opposant le président sortant Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand, lorsque surgit ce qui sera par la suite appelé « l’affaire Papon » : et oui, au moment même où le ministre du Budget du gouvernement Barre poursuivait une carrière brillante dans le mouvement gaulliste et la haute fonction publique, ses activités criminelles sous l’Occupation sont révélées par Le Canard enchaîné.

Les choses ne vont alors pas s’arrêter là. Le 8 décembre 1981 la famille Matisson-Fogiel va déposer une première plainte pour « crimes contre l'humanité » au nom des victimes de ces déportations et en tant que parents de certaines d’entre-elles. Un Jury d'honneur composé d'anciens résistants rend cependant compte le 15 décembre d’une sentence plutôt favorable à Maurice Papon. En effet, il lui reproche certes d'avoir contribué à des arrestations et déportations, et de ne pas avoir démissionné en juillet 1942, mais conclut qu'il a participé à la Résistance par une attitude « courageuse ». Le 19 janvier 1983, Maurice Papon est malgré tout inculpé une première fois de crimes contre l'humanité et une deuxième fois le 8 mars 1984 après des plaintes de 37 autres familles. Cependant l’affaire traîne jusqu’au 11 février 1987 qui verra l’annulation de toute l'instruction pour une erreur en apparence anodine de procédure du juge d'instruction en 1983. Mais la justice n’en a pas encore terminé avec cette affaire, le 8 juillet 1988 : nouvelle inculpation pour « crimes contre l'humanité ». De nouvelles informations judiciaires liée à d'autres plaintes déposées en mai 1990 vont arriver le 14 avril 1992. Il sera inculpé pour cela le 22 juin 1992 mais l’instruction prendra une nouvelle fois fin le 1er Aout 1995. Cependant, et c’est pour cela que l’affaire Papon est aussi incroyable, tout ne s’est pas arrêté là. On repart pour un tour et cette fois-ci, c’est pour de bon.

L'article du Canard Enchaîné accusant Maurice Papon / Source image : INA

Condamné

Le 18 septembre 1996, la chambre d'accusation de la cour d'appel de Bordeaux renvoie Maurice Papon devant la cour d'assises de la Gironde pour complicité de crimes contre l'humanité. Son très célèbre procès commencera alors le 8 octobre 1997 à Bordeaux. Après six mois d'intenses débats, le 2 avril 1998, Maurice Papon est condamné à 10 ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l’humanité. Mais, le tribunal estimant qu'il n'existait pas de preuve que Papon avait connaissance de l'extermination des Juifs à l'époque des faits, il est acquitté pour toutes les charges de « complicité d'assassinat » et des « tentatives de complicité d'assassinat ». Cependant il se pourvoit tout de même en Cassation et se verra être condamné, le lendemain, au versement de l'équivalent de 700.000 euros aux parties civiles. Le 21 octobre 1999, la Cour de cassation refuse d'examiner son pourvoi parce qu'il s'est enfui en Suisse au lieu de se constituer prisonnier la veille de l'audience. La condamnation devient dès lors définitive. Maurice Papon est arrêté, extradé de Suisse le jour même et interné à la prison de Fresnes. La Grande chancellerie de la Légion d'Honneur lui retire sa décoration, qui lui avait été remise par le général de Gaulle. Le 18 septembre 2002, M. Papon est remis en liberté par la cour d'appel de Paris en raison de son état de santé. Il décèdera le 17 janvier 2007.

Un homme serein

Tout d’abord, au moment de sa publication, Maurice Papon réagit avec peu d’émotions dénonçant « une manœuvre électorale » et un « truquage honteux ». Il ne s’affole pas et cela n’est en effet pas réellement paradoxal grâce (mais surtout à cause) des lois d’amnistie de 1951 à 1953. Ces fameuses lois qui ont permis à des collabos de ne pas être jugés dans le simple de but d’essayer de passer rapidement à autre chose. A l’époque, il est difficile de juger les collabos car personne n’a envie de se souvenir de ce qu’il s’est passé.

C’est pourquoi au tout début de cette affaire, les gens sont sceptiques : pourquoi sortir un papier comme ça alors qu’il est très clair que le gouvernement a depuis longtemps fait un choix ? Par exemple, le Monde titrera le 7 mai : Le Canard enchaîné accuse M. Papon d'avoir concouru à la déportation de mille six cent quatre-vingt-dix juifs. Et dans l’intégralité de cet article seul des formules comme « Le canard enchaîné met en cause », « l'hebdomadaire indique » ou encore « Nicolas Brimo écrit que » seront utilisés. En résumé, on se pose des questions, on ne sait pas trop où se positionner. Mais d’ailleurs, pourquoi le Canard Enchaîné sort cet article si tard ? Ces évènements sont arrivés il y a quand même presque 40 ans. Il est clair que ce retour dans le passé n’est pas vraiment compréhensible. Et bien cela s’explique grâce à 2 Michel : Stilinsky et Bergès.

En effet, alors qu’il n’est qu’un jeune étudiant, Michel Bergès effectue des recherches sur la collaboration économique dans les archives départementales de la Gironde. Et, par le plus pur des hasards, il tombe sur deux documents, l’un datant de février 1943 et l'autre de mars 1944, signés de la main de Maurice Papon et qui montrent la participation du secrétaire de préfecture à la déportation des Juifs vers l'Allemagne. Mais ce n’est pas tout ! Il trouve aussi un procès-verbal de la police relatant l'arrestation de l'un de ses amis, Michel Slitinsky, dont le père avait été déporté à Auschwitz. Bergès s’empresse alors de donner des copies à Slitinsky, qui les communiquera lui-même au Canard Enchaîné. La machine est lancée.

La pression monte

Mais comme je vous l’ai dit, au début, l’inquiétude n’est pas de mise pour Papon qui pense que tout cela va s’estomper assez rapidement. Et pourtant, rien ne se passera comme prévu. Et oui, plus les plaintes de famille de victimes commencent à affluer, plus le doute s’installe. Maurice Papon commence alors à comprendre qu’il n’est peut-être pas autant à l’abri qu’il ne croît l’être et va se défendre de manière de plus en plus virulente comme en témoigne cet extrait d’une interview (aux propos terribles) de Maurice Papon qui vient d'être inculpé pour crime contre l'humanité ce fameux 19 janvier 1943.

Url de la ressource

Mais ce n’est pas fini, Maurice Papon n’aurait jamais pu prévoir que tout cela allait arriver. Depuis cette période, il avait su s’offrir une réelle carrière politique et policière. En effet dans son article, L'hebdomadaire indique que selon une note de la Feldkommandantur de Bordeaux, M. Papon se présentait « comme un partisan du maréchal Pétain et du gouvernement Laval ». Il est donc, et c’est aussi cela que le Canard Enchaîné veut montrer, parfaitement scandaleux qu’une personne ayant été secrétaire général d’une préfecture sous Pétain ait pu passer entre les mailles du filet et s’offrir une carrière comme celle que Papon a pu avoir. Jamais tout cela n’aurait dû arriver mais c’est cette volonté de passer à autre chose, une fois de plus, qui a permis à Maurice Papon de s’en sortir.

Dans un article publié en 2002, le Monde écrira au sujet de sa nomination d’après-guerre au poste de directeur de cabinet du commissaire de la République « Curieusement, les archives des services spéciaux de la France libre ne seront pas exploitées. Personne ne songera ou ne souhaitera utiliser contre lui ces télégrammes où on le décrit comme "un fonctionnaire très dévoué au maréchal et au gouvernement Laval", où il est précisé : "Contre la résistance qu'il considère comme contraire aux intérêts du pays." ». Au-delà des failles, volontaires ou pas, du système, dans ce même article, le Monde évoque aussi son incroyable capacité à s’être habilement sorti de la situation dans laquelle il était « Son retournement, son habileté de passe-muraille et son sens de l'esquive le sauvent. Son aplomb impressionne. Deux jours avant la libération de Bordeaux, il convoque les chefs de la police, les présente à Gaston Cusin, désigné par Michel Debré pour être le Commissaire de la République en Aquitaine, et les place à son service. Ce coup-là est un coup de maître. Maurice Papon achète sa grâce. ».

Une affaire omniprésente

Plus le temps passe, plus cette affaire occupe une place importante dans le débat public et dans la vie de Maurice Papon, jusqu’au moment où il ne sera plus question que de cela. Il va être privé de passeport, assigné à résidence ce qui va grandement changer sa manière de voir les choses. En effet, Papon commence à se défendre. En 1990 il déclare : « Pourquoi je suis en cause ? Parce qu'on a choisi un gibier intéressant et qu'importe alors tous les amalgames. » Papon sait de quoi il est coupable, ceci dit, il n’a pas tout à fait tort, le procès qui lui est fait l’est aussi à titre d’exemple, son cas a permis de compléter ce que beaucoup appellent « la trilogie des collaborateurs » avec René Bousquet, le politique, Paul Touvier, le milicien et Maurice Papon, le fonctionnaire.

Nous n’acceptions rien, nous subissions tout 

Maurice Papon

Maurice Papon va alors commencer à se résigner : « Il est vrai que je suis intervenu lors de l'organisation des convois. Mais l'ordre émanait de l'administration allemande. » ou encore « Nous n’acceptions rien, nous subissions tout » L’historien François Bérabida déclarait « La France, en 44, a largement réglé ses comptes, étaient venues déclarer à la barre de nombreuses personnalités, dont le commissaire Delarue : L'épuration a été brutale. Sur 2 853 condamnations à mort, 767 ont été exécutées. D'autre part, il y a eu 2 777 peines de travaux forcés à perpétuité. La Haute Cour a prononcé huit condamnations à mort, dont celles de Laval, Darnand, Brinon. À cela s'est ajoutée encore une sanction créée très spécialement par de Gaulle, la peine d'indignité nationale qui a frappé 50 000 personnes. Sans compter les 40 000 exécutions sommaires. » Par conséquent, on pouvait entendre des gens dire que « si Papon avait réussi à passer à travers les mailles du filet, c'est qu'il n'y avait rien à retenir contre lui ».

En parallèle de tout cela, Maurice Papon a malgré tout procédé à quelques actes de Résistance : Il accueille plusieurs fois à son domicile Roger-Samuel Bloch, un résistant juif du réseau Kléber qu'il a connu avant-guerre dans la fonction publique. Il renoncera à la tutelle du service des questions juives. Il se laissera approcher, à la mi-juin, par Gaston Cusin, ancien haut fonctionnaire qui cherche des points d'appui à Bordeaux où il représente dans la clandestinité le général de Gaulle. En somme, il réunit quelques attestations susceptibles de lui sauver la face. Une expertise confiée aux historiens Jacques Delarue et André Gouron, ainsi qu'à l'ancien préfet Roger Bellion, penche aussi en faveur de Maurice Papon et affirme qu’il a évité des déportations en opérant « 130 radiations » dans le fichier des Juifs. Alors que le procès de Papon est en cours en 1997 Libération titrera le 3 décembre : « Libération réfute le dernier argument de défense de l'ancien fonctionnaire. Papon n'a jamais sauvé 130 juifs. Le 13 novembre, l'ancien secrétaire général de la préfecture de Gironde affirmait à son procès qu'il avait radié 130 juifs du « fichier des israélites », de 1942 à 1944. Libération a retracé l'histoire de ces personnes : il apparaît que Papon n'a pris aucune initiative en les radiant de ce registre, et que 120 au moins d'entre elles n'étaient pas juives. ».

Archive numérique de l'article de Libération / Source image : Site web de Libération

L’affaire a donc été révélée par le Canard Enchaîné, mais les apports d’autres journaux ont permis de faire la lumière sur ce qu’il s’est réellement passé. Deux ans après la sortie de cette dernière, c’est le film Papy fait de la Résistance qui verra le jour. Et comme vous le savez, ce film est un tournant, montrant bien que les temps ont changé et qu’il n’est maintenant plus question de passer à autre chose mais plutôt de rétablir la vérité. C’est exactement l’enjeu de l’affaire Papon, véritable symbole de ce renouveau dans les mémoires de la Shoah. Maurice Papon fut bel et bien un collaborateur et si tous ce retentissement, ses rebondissements, cette attente ont rendu cette affaire historique, il ne faut malgré tout pas oublier tout ce qu’elle a engendré dans le monde politique.

Une affaire politique

Maurice Bourgès-Maunoury, important homme d’état français, résistant et ami de Jacques Chaban-Delmas, sera l’un des premiers à affirmer qu’il s’agissait de tout, sauf d’un hasard que cette affaire éclate au grand jour entre les 2 tours de l’élection présidentielle. D’ailleurs pour l’anecdote, en 1990, alors que cela fait presque 10 ans que les accusations le suivent de près, Papon va tenter de riposter en accusant de diffamation ceux qui l’attaquent. Il va même se permettre une comparaison plus qu’audacieuse je cite : « 10 ans de procédure sans apporter de preuves et sans qu'il y ait de décision, ça suffit. Le capitaine Dreyfus avait lutté pendant 12 ans, je ne souhaite pas battre son record ». Ce jour-là, Bourgès-Maunoury est appelé à témoigner par Maurice Papon et il dira je cite « Je vous dis qu’il avait l’ordre de ne pas démissionner de Londres, c’est tout de même clair ». Il se fait donc l’un des premiers défenseurs de la cause Papon, au même titre que bon nombre de personnages politiques. Gaston Cusin, dont je vous ai parlé tout à l’heure, défend Papon en affirmant que ce dernier avait fait l'objet d'une enquête extrêmement serrée de la commission d'épuration et qu'aucun fait n'avait pu être relevé à son encontre. Mais ces noms ne vous semblent peut-être pas assez familiers pour que vous puissiez vous rendre compte de l’importance de cette affaire dans le monde de la politique.

Nul doute, l’affaire est politique !

François Mitterrand

Et bien tenez pour vous « Nul doute, l’affaire est politique ! » Voilà les mots de François Mitterrand le 13 janvier 1988. Le contexte ? Cette scène se déroulait à l’Elysée, où une délégation de l'association Résistance-Vérité-Souvenir composée de grands résistants tels que Maurice Bourgès-Maunoury ou encore Gaston Cusin comme par hasard avait demandé à être reçue afin d'exposer au chef de l'État la nécessité de mettre un terme aux procédures engagées à l'encontre de Maurice Papon. En effet, il y a là un véritable enjeu, Mitterrand a suivi de très près cette affaire, il niait le faire, mais en réalité il y a accordé beaucoup d’importance. Il avait d’ailleurs en lui la volonté de peser sur la procédure. Je cite « Je ne peux pas intervenir auprès du magistrat instructeur, du fait de la séparation des pouvoirs, mais j'en parlerai au garde des Sceaux afin que celui-ci mette de l'ordre dans le dossier. » Mitterrand était très suspicieux est trouvait cela surprenant qu’il faille autant de temps pour prouver la culpabilité de Papon, lui qui avait occupé des postes à responsabilité depuis tout ce temps. En effet, si Mitterrand se positionne, c’est tout d’abord car il sait très bien quels sont les enjeux de ce procès. Et cela ne serait-ce que par son ami et conseiller Roland Dumas, ancien résistant, dont le fief électoral n'était pas loin de Bordeaux et qui était l'avocat du Canard enchaîné.

Mais politiquement parlant, là n’est peut-être même pas l’enjeu le plus important. Je vous rappelle que l’article du Canard Enchaîné fut publié le 6 mai 1981, entre les 2 tours de l’élection présidentielle. Par conséquent La manœuvre avait semblé aux observateurs, destinée à déstabiliser Valéry Giscard d'Estaing dont Papon avait été le ministre du Budget dans le gouvernement Barre. Sorti seulement 4 jours avant le second tour, Giscard va alors immédiatement dénoncer une manipulation politique tout en affirmant ne jamais avoir eu connaissance du passé de Papon. De plus, Selon Michel Slitinsky lui-même, Nicolas Brimo, auteur de l'article et proche de Mitterrand, avait pris connaissance de cette histoire dès mars 1981, et a assumé le timing électoral de la révélation, estimant qu'elle pouvait « déplacer 200 000 voix juives », point de vue également partagé par le journaliste Éric Conan.

Durant le procès de nombreuses figures politiques seront appelées à la barre comme les anciens premiers ministres Pierre Messmer et Raymond Barre. L’ancien président du Conseil Constitutionnel Robert Badinter se prononcera lui aussi, se rangeant derrière la justice et désignant Papon comme un criminel contre l’humanité et un lâche. De plus, Papon demandera la grâce présidentielle par deux fois, mais jamais Jacques Chirac ne lui accordera. Bref, Le nombre de personnes ayant contribué ou juste s’étant préoccupé de cette l’affaire est faramineux, archivistes, historiens, journalistes, politiques, victimes. Certaines d’entre elles d’ailleurs, simplement attirée par le fait qu’elle était de plus en plus médiatisée. En effet il s’agissait d’un combat juridico-politique, qui a bénéficié d’un fort écho public et de la couverture de la presse, qui y trouvait un bon sujet. Alain Garigou, professeur de science politique à l’Université Paris-X-Nanterre racontait je cite « Ce pourrait être un scénario digne d’une série télévisée ; c’est celui d’un combat politique complexe, humain dans ses grandeurs et ses petitesses, où la chronique historique se mêle à la réflexion morale. ».

Aucune photographie n'était autorisé lors du procès, seuls les dessins ont pu décrire la scène. / Source image : La Croix

Le procès de Maurice Papon fut le plus long de l’histoire judiciaire française, et sans aucun doute l’un des plus controversé. Pendant 6 mois, il a vu défiler à la barre plus de 200 témoins et victimes, 70 journalistes, et a coûté l’équivalent de presque 3 millions d’euros. A titre de comparaison, les deux procès intentés en France pour crimes contre l'humanité ont duré moins de deux mois : celui de Klaus Barbie s'est tenu, à Lyon, du 11 mai au 3 juillet 1987, et celui de Paul Touvier, à Versailles, du 17 mars au 20 avril 1994. La décision a été rendue au terme de 17 ans d’instruction où ce procès unique a connu d’innombrables d’évènements venant le ponctuer. Nous n’avons aujourd’hui que très peu d’images du procès en lui-même car Maurice Papon refusait de se laisser prendre en photo, seuls des dessins ont pu décrire la scène.

Il ne fait aucun doute que ce procès est l’un des plus incroyables que la France a pu connaître. Maurice Papon a participé à la déportation de 1690 personnes, des humains, dont 200 enfants. Il aura fallu attendre qu’il atteigne les 88 ans, 56 ans après les faits, pour qu’il soit condamné. La grande majorité des victimes de Papon ne l’ont donc jamais vu se confronter à la justice mais plutôt à la réussite, tandis qu’eux vivait avec un traumatisme jusqu’à la fin de leur jour. Alors certes, justice a été faite mais à quel prix ? Papon a toujours su ce qu’il avait fait, mais a réussi à s’en sortir grâce à ses contacts dans le monde politique. Je terminerai alors en citant Coluche : « Homme politique, c'est une profession où il est plus utile d'avoir des relations que des remords. »

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