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Point de vue

Mitterrand, la rose et le gris

Mitterrand, Mauriac et Morland

Chez François Mitterrand, tout est complexe et controverse. Issu d’une famille nombreuse, catholique, conservatrice et bourgeoise, lecteur de Mauriac, ses origines sont fort éloignées du socialisme. Dans les années 30, l’étudiant Mitterrand adhère aux Croix-de-Feu, mouvement nationaliste, puis le soldat fait une pige à Vichy durant la Seconde Guerre Mondiale et se voit même décoré de la Francisque, avant de devenir Morland le résistant. C’est le tournant d’une trajectoire personnelle et politique.

Après la Libération, Mitterrand participe à divers gouvernements d’inspiration centriste sous la Quatrième République, mais s’insurge contre la prise de pouvoir du général de Gaulle en 1958, dont il dénoncera plus tard Le Coup d’État permanent. Mitterrand entame alors une longue période de 23 ans d’opposition, menant « une vie de missionnaire » selon Jacques Chaban-Delmas. Le député de la Nièvre sillonne les quatre coins de la France, laboure le terrain politique, convainc un à un les militants socialistes.

La gauche unie

Après le passage au suffrage universel, Mitterrand est de toutes les campagnes présidentielles ou presque. Logiquement battu en 1965, hors-sujet en mai 1968 puis hors-jeu en 1969, si près du but en 1974, le candidat socialiste est enfin élu le 10 mai 1981. Immense manœuvrier, l’homme à la rose a progressivement estompé le rouge communiste sur la route du rassemblement des gauches. C’est l’heure des grandes réformes : abolition de la peine de mort, 39 heures travaillées, cinquième semaine de congés payés.

Monarque républicain « au-dessus des partis », Mitterrand incarne la France Unie en 1988 et est réélu après une cohabitation musclée avec Jacques Chirac, qu’il écrase de toute sa science politique. Pour les enfants de la Génération Mitterrand, dont l’auteur de l’article, Tonton fut un grand-père lointain et protecteur. Grosso modo, du bac à sable au baccalauréat, nous n’avons connu que lui. Les révélations sur les zones grises de sa vie personnelle ou politique donnent à sa fin de règne un parfum d’amertume.

Un socialisme sans successeur

Dans un ouvrage récent, Michel Onfray encense De Gaulle autant qu’il éreinte Mitterrand. Au-delà d’un manichéisme assumé, le fielleux philosophe a parfaitement raison sur un point. Le général a su quitter le pouvoir avec élégance quand le président s’y est maladivement accroché. Mourant, Morland aurait dû capituler en 1993 après la débâcle des élections législatives. Édouard Balladur aurait été le premier ministre de Chirac, la droite unie et la dissolution abracadabrantesque de 1997 évitée.

Que reste-t-il de François Mitterrand ? Un personnage de roman balzacien, stendhalien, florentin. Un homme qui fut l’auteur ET l’acteur de sa propre vie, François ET Mauriac. Sur le plan politique, Robert Badinter dit de Mitterrand qu’il a « rendu à l’alternance sa simplicité ». François Hollande sera néanmoins successeur rose pâle et homme gris, doué dans l’art de la manœuvre mais dépourvu de charisme et d’autorité. A l’approche de 2022, Mitterrand demeure la statue du commandeur d’un socialisme moribond.

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