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ZEMMOUR? LE SALAFISTE MODERNE

La femme, la chose et la France

 Par Mohamed Abdel Azim

La femme selon Zemmour

Réactionnaire ou ringard, le polémiste n’est pas loin de la conception salafiste à l’encontre des femmes. La confusion est à élucider, puisque cette pensée vise à exclure la femme de son rôle actif dans la marche sociale. « Les femmes doivent sortir de leurs corps pour devenir des hommes… comme les autres ». (…) « Le cerveau de la femme est inférieur à celui des hommes ». La conception patriarcale de Zemmour renvoie à une pensée qui est, pour le moins, rigide avec le retour de la femme à ce qu’elle fut quelques siècles avant le 3e millénaire.

« Pétain a sauvé les juifs et Vichy n’est pas le mal absolu, il faut donc réhabiliter le régime de Vichy », nous explique le polémiste. Il ajoute que « dans le milieu, là où il y a vraiment du pouvoir, il n’y a pas de femmes ». « Le pouvoir se conjugue avec virilité », dit-il, sans être contredit par la journaliste de BFMTV. « Les femmes au pouvoir ne sont qu’un fait du hasard », explique le polémiste, car « les femmes n'incarnent pas le pouvoir. Ceci doit rester entre les mains des hommes, autrement le pouvoir se dilapide ». À comprendre que les femmes doivent rester chez elles, au foyer. « Je parle de domination », s’exprime le polémiste, qui ne fait aucune référence à la pensée de Pierre Bourdieu. 

En connaissance de cause, il est important de noter que les discours wahhabites et salafistes ont commencé, dans le monde arabe, par petites phrases, qui sont par la suite devenues des prêts à penser et ont été épandues comme une trainée de poudre. En voilà un exemple : les salafistes considèrent que les femmes ne sont que des soutiens aux "combattants ou djihadistes élus". Les femmes doivent donc obéir, d’une manière absolue, à l'homme « détenteur du pouvoir » et de se contenter de leurs rôles d’épouses et de mères ».

Il ne nous reste plus qu’attendre que le polémiste nous surprenne avec une idée novatrice selon laquelle accepter la polygamie soit une bonne chose pour la patrie, ou encore la légitimation de l’esclavage, telle une incarnation d’un discours qui se caractérise par la légitimation du recours à la violence extrême. Le polémiste dans sa vision archaïque de la femme, considère que le cerveau de la femme est archaïque et sous-entend que de grandes différences subsistent, naturellement, entre les cerveaux masculins et féminins. Avec cette conception, on voit la similitude des fondements conceptuels avec l’archaïsme salafiste qui a empoisonné la vie dans le monde arabe. En France, les Zemmouristes vont, inévitablement, empoisonner la vie politique et sociale. Il est temps de dire « No pasarán ».

La chose

Lorsque le phénomène #LesFemmesavecZemmour voit le jour, 250 parrainages ont été comptabilisés sur les réseaux sociaux. Parmi les femmes, on entend : c’est le seul qui pourra sauver notre pays de l’insécurité et de l’islamisme. (…) Ou encore : « Zemmour est un vrai patriote ». Une telle pensée tend à considérer qu’en dehors de cette sphère de polémistes boulimiques, il n’y a pas d’amour pour la patrie.

Le polémiste se distingue par sa tendance extrémiste qui n’est pas loin d’un fascisme intellectuel, dont il se montre comme le défenseur. Ce nationaliste, d’aspect totalitaire, semble être affecté d’un sentiment de persécution et ne cesse de pointer du doigt les femmes comme source de notre malheur éternel. Le polémiste considère alors que l'écart de salaire "loufoque et marginal" entre femmes et hommes n’est dû qu’aux choix des "femmes".

Comprendre, prévenir et agir est, du point de vue sémantique, le triptyque doré de tous ceux qui tentent de comprendre les acteurs sur la scène politique. Depuis que Durkheim, qui nous laisse une littérature dense, nous enseigne qu’il est important de considérer les phénomènes sociaux comme des « choses ».

Il est donc légitime de considérer que le phénomène Zemmour n’est qu’une chose. L’observateur se trouve alors devant une chose éphébique qui désigna, dans l'Antiquité grecque, le système de formation civique des jeunes gens. On suppose que la chose est en cours de formation. Mais le 5 décembre 2021, la chose va se dévoiler à l’assemblée des votants (voteurs en langue d’expression non française).

Ces votants auront alors cinq mois pour se former une opinion sur la chose. Il nous appartient alors d’expliquer, pour comprendre, afin de prévenir et agir, en si peu de temps. L’histoire récente nous enseigne que le populisme avance en Europe : la Hongrie d’Orban et la Pologne de deux frères Kaczyński (Droit et Justice ; PiS) qui soutiennent ouvertement l’extrême droite et alimente un sentiment anti-migrants. C’est sans oublier outre-Atlantique, lorsque nous avons vu qu’une puissance s’est jeté dans les bras du populisme, avant de se ressaisir, in extrémis.

La France

Depuis la fin de l’ère de Gaulle, le départ du président Chirac, la droite se recherche dans l’arène politique. Fragmentée par l’arrivée d’Emmanuel Macron, la droite, comme la gauche, n’est peut-être pas en mesure de fournir un bataillon capable de convaincre monsieur et madame votant. En effet le vote devient « Je ne vote plus, donc j’existe ».

Deux semaines avant le congrès et le vote des adhérents du parti Les Républicains (LR) pour désigner leur candidat à l’élection présidentielle, la droite semble avoir le choix entre Michel Barnier et Xavier Bertrand. À gauche, on assiste au scénario de l’introuvable dynamique d’une union de la gauche, là où les candidats se font désirer. Au centre, on attend… un peu.

La campagne démarre et c'est le polémiste qui envahit la scène. L’ambiance globale est morose, avec 23% des Français qui se disent satisfaits de la politique de lutte contre l’insécurité (sondage Elabe, octobre 2021). Emmanuel Macron, qui peine à convaincre sur son bilan du volet sécuritaire, trouvera sur sa route un polémiste qui poursuit sa campagne avant l’heure et qui réussit à imposer ce thème dans la campagne, au point de l’incarner. La chose a alors, de toute évidence, la chance d’émerger et se trouver en face de l’actuel locataire de l’Élysée. Dans cette configuration, Macron bénéficie, dès à présent, d’un privilège inattendu pour montrer que la France est toujours productrice d’idée et protectrice de ses valeurs fondamentales. C’est cette France qui peut offrir, avec courage, son mea-culpa, comme l’a fait Emmanuel Macron dernièrement. Le président sortant n’a plus de choix que d’annoncer sa candidature et montrer qu’il peut incarner le rôle, dont l’histoire lui offre : barrer la route à la montée de l’extrémisme politique, et ainsi sauver la France, une 2e fois.

Mohamed Abdel Azim, @Encrage Média, novembre 2021

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