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Point de vue

DRAMATISER : LA STRATEGIE VACCINALE A HAUT RISQUE D'EMMANUEL MACRON.

« Il faut qu'on dramatise un peu pour que tout le monde se vaccine » : ces propos qu'aurait tenu le Chef de l’État lors du Conseil de défense sanitaire du mercredi 11 août, et qui ont été rapportés au journal Le Parisien par l'un de ses proches, ne manqueront pas à coup sûr d'attiser les polémiques autour de ce sujet Ô combien brûlant de la vaccination contre la Covid-19. Il est à craindre que ces paroles qui n'étaient bien évidemment pas destinées à tomber dans les oreilles du grand public, n'aient pas l'effet escompté, à savoir inciter les réfractaires à pousser les portes des centres de vaccination. Déjà persuadés que l’exécutif et en tout premier lieu Emmanuel Macron leur ment, nombre de ceux qui refusent encore la piqûre salutaire verront dans ces paroles, à n'en pas douter, la confirmation éclatante qu'ils sont dans le vrai et il est à redouter que les plus radicaux d'entre eux ne soient malheureusement confortés dans les théories complotistes qui sont trop souvent les leurs aujourd'hui.

L'HEURE N'EST PLUS AU DOUTE

Cette fuite malheureuse, dont Emmanuel Macron n'avait pourtant pas besoin en cette période délicate de son quinquennat, risque fort de battre en brèche son appel solennel à la mobilisation nationale. Une mobilisation pourtant nécessaire, vitale même tant la situation est gravissime aux Antilles et devient compliquée dans l'hexagone. Olivier Véran en visite dans les DOM et depuis l'hôpital de Pointe-A-Pitre, n'a pas hésité à qualifier la situation dans ces départements de dramatique, « sans commune mesure avec ce que l'on a connu précédemment ». Le ton du ministre était grave, empreint d'émotion, lourd d'une colère à peine contenue et son message sans équivoque : « Venez vous faire vacciner, l'heure n 'est plus au doute » illustre bien l'urgence qu'il y a pour le gouvernement de convaincre les rétifs et les indécis de se soumettre à cette vaccination, qui on l'espère, sera à même d'endiguer sur le territoire national cette terrible épidémie qui ravage la planète toute entière. Le constat est digne d'un scénario catastrophe et le nombre d'admissions aux urgences croît chaque jour davantage. Les malades sont de plus en plus jeunes, ce sont parfois même des nourrissons. La maladie ne fait plus aujourd'hui de distinction entre les âges, nul n'est à l'abri de sa fureur meurtrière, elle frappe toutes et tous sans discontinuer.

LE POLITIQUE PREND LE PAS SUR LE SANITAIRE

Il reste toutefois à espérer que ce message fort et nécessaire ne soit pas rendu totalement inaudible par la communication désastreuse du gouvernement depuis le début de la crise sanitaire et par la polémique récente qui enfle dangereusement depuis ce mercredi. La parole politique perd en crédibilité de jour en jour et les récents propos d'Emmanuel Macron faisant état d'une nécessité de dramatiser la situation, auront sans nul doute pour effet délétère de renforcer les oppositions et de donner du grain à moudre aux populistes de tous poils qui sévissent aujourd'hui. Le politique, on le voit aujourd'hui, prend le pas sur le sanitaire au risque de précipiter notre pays dans un chaos dont il aura le plus grand mal à se relever. Division, perte de confiance en nos dirigeants, haine de l'autre sont le terreau sur lequel ont germés autrefois les maux les plus terribles qu'ont connus nos civilisations modernes. Et pour preuve, la résurgence de cet antisémitisme que l'on voulait croire définitivement enterré et qui resurgit, tel un fantôme hélas trop familier. La colère populaire, la colère de ceux qui se se sentent stigmatisés, reniés et méprisés, compréhensible à bien des égards, risque d'être récupérée par de dangereux complotistes qui voudraient nous faire croire que la crise sanitaire et la production de vaccins qui en sont le corollaire serait orchestrée par la finance mondiale gouvernée « par qui ?», sous entendant, comme aux heures les plus sombres de notre histoire, que les juifs seraient à la tête d'une conspiration mondiale à qui profiterait le malheur des peuples.

ENTENDRE LA COLERE AVANT QU'IL NE SOIT TROP TARD

A chaque samedi de manifestations, ici ou là, des pancartes antisémites fleurissent au sein des cortèges anti-vax, qui nous rappellent cruellement aux heures les plus sombres de l'histoire de l'humanité et la stèle de Simone Veil a déjà été quatre fois vandalisée. Bien sûr et fort heureusement, l'immense majorité des manifestants n'est pas négationniste et leur colère, leur rejet ne visent que le Chef de l’État et son gouvernement. Il s'agit pour eux de signifier une désapprobation qui va au-delà du rejet du pass sanitaire et de la vaccination, nombre d'entre eux étant d'ailleurs vaccinés ou en passe de l'être. Ils sont vieux ou jeunes, commerçants ou personnel soignant, fonctionnaires ou ouvriers, ce sont des gens sensés et raisonnables qui ont pour point commun le sentiment de ne pas être considérés ni entendus, par ce gouvernement qu'ils ont appris à haïr. Interrogés par les médias, ils parleront de leurs angoisses de parents obligés de faire bientôt vacciner leur progéniture mais surtout de leur quotidien difficile, entre crise économique et restrictions sanitaires, et dont ils rendent leurs dirigeants responsables. Cette opposition, bien qu'encore balbutiante, ne doit surtout pas être prise à la légère et il est crucial que nos gouvernants en prenne l'exacte mesure, sous peine de voir un jour notre nation tomber dans l'escarcelle d'un quelconque parti populiste. Il faut se souvenir des leçons du passé et se rappeler que de la misère sociale et de la colère non entendue, naissent parfois les idéologies les plus nauséabondes.

REDONNER UNE LEGITIMITE A LA PAROLE DE SANTE PUBLIQUE

Au delà de la nécessité de lutter contre cette pandémie qui ruine les vies et les économies, il devient crucial de réparer les cœurs et les esprits. La haine et le rejet de l'autre ne doivent pas devenir la norme, la solidarité et l'union nationale doivent présider à la destinée de notre nation. Et pour ce faire, et redonner une légitimité à la parole de santé publique, il aurait peut-être été judicieux que les politiques laissent la place à ceux qui ont une vrai expertise en ce domaine : les scientifiques, les épidémiologistes, les urgentistes sans oublier les médecins généralistes. Eux n'auraient pas été sujets à caution, ils possèdent la connaissance et auraient été à même de rendre au débat sanitaire la sérénité et le sérieux dont il a besoin. Point de mélange des genres, entre nécessité sanitaire et volonté électorale : les explications, recommandations et prescriptions des savants auraient pu rendre à la population encore rétive la confiance dont elle a besoin pour accepter ce vaccin trop rapidement développé à leurs yeux de néophytes. Il est absolument vital d'informer, de répondre aux fake news qui foisonnent sur les réseaux sociaux et qui sèment la perturbation et le doute même chez nos compatriotes les plus raisonnables. Face à cet enjeu crucial, des médecins tels le généticien Serge Romana, chef du service d'histologie à l'hôpital Necker et assisté de 500 de ses confrères, multiplient les webinaires en direction des territoires d'Outre-mer afin d'apporter des réponses scientifiquement justifiées aux interrogations et inquiétudes légitimes des populations, des élus du terrain,. Et ils se mobilisent bénévolement aujourd'hui afin « de monter une machine de guerre pour convaincre de la nécessité de se faire vacciner ».

Il serait d'utilité publique que des initiatives de cette nature fassent de nombreux émules, tant l'enjeu est crucial : informer pour rassurer, rassurer pour convaincre et convaincre pour sauver des vies. Un trio vertueux qui replacerait le débat sanitaire au cœur de ce qu'il doit être au lieu de de le déplacer sur le terrain de la revendication et de l'opposition politique. Il y a un temps pour tout, les revendications sociales et politiques auront leur heure, proche sans aucun doute, mais il serait fort dommageable qu'en raison des crispations dues à l'autoritarisme et au côté donneur de leçons d'Emmanuel Macron, une partie non négligeable de la population française ne bascule dans une opposition aveugle et farouche. Nous n'avons pas le temps de nous perdre dans les méandres de la tergiversation vaccinale, l'heure est à l'action et à l'action tous ensembles. Fustiger, stigmatiser n'est apparemment pas la bonne méthode pour convaincre du bien-fondé des mesures sanitaires, c'est même on le voit bien une arme à double tranchant qui fracture la communauté nationale. Informer à bon escient, éviter les innombrables prises de paroles opportunistes et contradictoires qui n'ont pour effet que d'accroître l'angoisse et la défiance et faire preuve d'humilité face à cette situation inédite auraient bien plus certainement portés les fruits de la réussite vaccinale.

Sophie RENAUD

 

 

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