Rubrique
Longread

Handicap et inclusion scolaire, le bide LREM

En 2017, fraîchement élu à la présidence du pays, Emmanuel Macron promettait de faire de l’inclusivité scolaire des personnes en situation de handicap une de ses priorités. Cinq ans plus tard, le président-candidat réitère le même vœu. Mais à l’heure actuelle, la France ne compte qu’un AESH pour 4 élèves aux handicaps et besoins différents. En cinq ans, le président a-t-il réussi à améliorer la situation des citoyens concernés ? 

Des réformes insuffisantes

Entre 2017 et 2021, le taux d’enfants handicapés scolarisés a augmenté de 19% sous l’administration de Jean-Michel Blanquer et Sophie Cluzel, Secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées. On comptait l’année dernière 400 000 enfants handicapés en milieu scolaire ordinaire, une victoire pour le gouvernement LREM, contre 420 000 enfants en 2019. De fortes disparités persistent néanmoins dans l'accueil des élèves en fonction de leur handicap, de leur situation géographique et des moyens fournis aux accompagnants scolaires, sans qui ces élèves ne peuvent être scolarisés. 

Dès 2019, le gouvernement opère des coupes budgétaires sur le coût de la scolarité des ESH (Élèves en Situation de Handicap)  en école ordinaire, qui est alors “6 à 11 fois moins élevé qu’en institut spécialisé.” Les moyens des écoles publiques en sont donc nécessairement impactés. Mesure-phare du quinquennat, la hausse significative du recrutement d’Accompagnants des Élèves en Situation de Handicap (AESH), de plus de 35% en 5 ans, et qui permettent la scolarisation des ESH. Le 5 avril 2022, des centaines d’AESH se mobilisent dans les grandes villes de France, réclamant de meilleurs salaires et surtout, plus “de temps de formation des enseignants sur le handicap, et plus de temps dédié à la coordination des AESH.” Les écoles ordinaires ne seraient pas suffisamment préparées à la prise en charge des ESH, un défaut majeur que les familles d’ESH ne cessent de dénoncer.

Le cas de la famille Groisard

Claire Groisard est la maman de Mya, atteinte du syndrome Dyrk1a, une maladie génétique rare. Première polyhandicapée de son établissement en Charentes-Maritimes, Mya a débuté l’école à 5 ans en petite section de maternelle en janvier 2020. Les aides financières de la Maison Départementale des Personnes en Situation de Handicap demeurent insuffisantes pour la famille qui vit sur un seul salaire, et dépendent en partie de l’association des grands-parents de Mya. “Nous sommes environ à 800 euros mensuels d’aides de l’Etat et mon conjoint touche un SMIC, ce n’est pas vivable sans l’association”, explique Claire.

Aujourd’hui en moyenne section et présente en cours neuf heures par semaine, l’année de la petite Mya s’est révélée plus compliquée que la première, “modèle d’inclusion scolaire” avec son ancienne enseignante. Si les deux maîtresses n’ont jamais été formées aux élèves en situation de handicap, la première était d’une plus grande empathie envers Mya.

Cette année, sa nouvelle enseignante et la directrice de l’école ne sont pas dans la même perspective. A son arrivée, la directrice de la maternelle avait assuré que “l’école n’est pas formée ni faite” pour les élèves en situation de handicap. Des propos discriminatoires qui n’ont point démoralisé la mère de Mya, bien qu’aucune structure ni formation n’ont été mises en place pour son accueil. Pis encore, les deux AESH présents dans l’établissement n’ont jamais été préparés à travailler avec les enfants concernés, et n’ont pas le droit de contacter les parents. “Ils arrivent sur le poste sans connaître l’enfant qu’elles vont avoir à charge ni l’handicap qui le touche”, déplore Claire Groisard. 

Des difficultés que Claire affronte contre vents et marées, et rit jaune aux beaux discours des pouvoirs publics sur les moyens fournis aux familles pour l’inclusion scolaire de leurs enfants. En septembre 2017, Jean-Michel Blanquer et Sophie Cluzel annoncent la création de 8000 postes d’accompagnants. Ils s’engagent également à ce que chaque enfant disposant d’une notification d’AVS “puisse bénéficier d’un accompagnant”, “priorité absolue” du gouvernement. Mais “en septembre 2020, malgré la notification de Mya, elle n’avait pas d’AESH attitré”, l’empêchant d’entrer à l’école. “Je suis donc devenue son accompagnante pendant 15 jours, afin qu’elle ne rate pas la rentrée. Nous avons eu de la chance, certaines familles peuvent attendre plusieurs mois voire un an pour obtenir un AESH.” S’il y a bel et bien eu des recrutements d’accompagnants, le département de Charente-Maritime est l’un des plus demandeurs et désorganisés.

Les ULIS, bouée de sauvetage au milieu du naufrage

Déjà dotée d’une formation d’éducatrice spécialisée dans le handicap, Rozenn V.D. est devenue AESH en mars 2021. Son premier contrat n’était que de douze heures par semaine dans une classe ULIS de primaire, consacrées au seul enfant à sa charge. Elle et ses collègues ont “commencé une formation handicap en septembre”, qui malheureusement ne s'effectue qu’en ligne. Pour assurer l’éducation des ESH aux handicaps différents, “tout un panel de professionnels de l’éducation spécialisée viennent encadrer” la classe. Consciente des grandes difficultés de ses collègues, Rozenn refuserait de travailler en tant qu’AESH ailleurs que dans une ULIS, car elle “n’a pas envie de ne passer que quelques heures avec plusieurs enfants sur différents sites” sans pouvoir leur apporter un accompagnement régulier, ni pouvoir communiquer avec les parents. Son rôle d’AESH “ne me permet pas d’accompagner des enfants” aux grands troubles sociaux et cognitifs dans les écoles ordinaires.  Pas de doute pour elle, “l’école inclusive est un fantasme, qui serait plus réaliste avec du personnel formé et des locaux adaptés.” Une belle idée sur le papier qui ne prendra véritablement forme qu’avec une implication totale des pouvoirs publics.

Maud Baheng Daizey

Application Mobile

Téléchargez Encrage Media sur votre mobile pour ne pas manquer nos dernières publications !

Commentaires

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.
Image CAPTCHA
Saisir les caractères affichés dans l'image.