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Trouble Dissociatif de l'Identité, plusieurs personnalités dans un seul corps?

Si les moeurs semblent avoir évolués sur de nombreux sujets de notre société, il en est un qui reste cependant toujours autant tabou: les maladies et troubles mentaux. Souvent passés sous silence ou alors regardés de haut, les troubles mentaux et les personnes qui en souffrent font cependant partie de notre société. Si pendant de nombreuses années, les personnes atteintes de ces maladies restaient dans l'ombre, aujourd'hui, certaines décident de faire connaître leur pathologie via internet. C'est notamment le cas de nombreuses personnes souffrant du Trouble de la Personnalité Multiple qui, par manque de reconnaissance de leur maladie et pour éduquer au plus grand nombre, ont décidé de raconter leur vie au jour le jour pour tenter de dédiaboliser – ou du moins de faire de leur mieux – leur pathologie. Pour nous aider à comprendre comment on peut vivre avec ce trouble, nous avons rencontré Cristina de la chaîne YouTube The Peculiar Club ainsi que Zelliana Giliane Ehrhardt, étudiante en troisième année de license en Sciences Biomédicales avec comme matière majeure, la neuroscience/ neurobiologie. Ces deux jeunes filles à la vie bien différente, restent néanmoins liées par leur pathologie.

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TDI? Kézako?

Le TDI, ou trouble dissociatif de l'identité – encore appelé le trouble de la personnalité multiple en France – est une pathologie mentale qui se construit uniquement pendant l'enfance, suite à des traumatismes répétés et/ou graves qu'un sujet a vécu. Il s'agit d'un trouble post-traumatique. On peut dire d'une personne qu'elle est atteinte de ce trouble lorsqu'on lui descelle deux identités et/ou plus, à l'intérieur de son corps. Les identités se forment dans l'enfance suite à des traumatismes répétés, chacune est le résultat d'un trauma et est accompagné d'une barrière amnésique afin de protéger le corps de ce souvenir. Une maladie mentale qui, au fil des années, n'a cessé d'être diabolisée par de nombreux clichés: possession ou encore folie démente. Très souvent, les personnes atteintes de ce trouble, ne s'en rendent même pas compte ou bien pire encore, se mentent à elles-mêmes. Bien que cette pathologie semble éloignée de notre société, le diagnostic reste très difficile à faire pour les raisons énoncées plus haut. Malgré ce, on estime que 1 à 3% de la population serait touchée par cette pathologie. De plus, selon une méta-étude réalisée dans 16 pays différents, la prévalence du trouble chez les étudiants serait de 3,7%. Si les symptômes du trouble dissociatif de l'identité sont nombreux, pendant de longues années, ils étaient assimilés à de la schyzophrénie: amnésie récurente, dépression, changement d'humeur incontrôlés ou encore entendre de nombreuses voix dans sa tête. Il est d'ailleurs important de noter que, de nature traumatique, le TDI n'a rien d'un super pouvoir.

Le trouble dissociatif de l'identité a, comme toute pathologie, son propre langage et ses propres codes. Une identité se dit un Alter et le corps qui accueille les alters est dit hôte. Lorsqu'un alter prend le dessus sur un autre alter, on parle de dissociation. C'est une action qui peut durer plus ou moins longtemps et pendant laquelle, le sujet peut ne pas se rendre compte de ce qui lui arrive. L'ensemble des alters est appelé quant à lui, un système. Quand une identité prend le contrôle du corps hôte, il est dit que l'alter fronte. L'endroit à l'intérieur du cerveau où tous les alters “vivent” quand ils ne sont pas “actifs” est appelé le monde intérieur. Chaque alter ayant son propre nom et sa propre personnalité, dans de nombreux cas, l'hôte du système décide de donner un nom à ce dernier au lieu d'utiliser chaque nom de chaque identité, afin notamment d'éviter la confusion aux personnes extérieur au système ou même pour ne pas froisser les sentiments de chaque identité. C'est ce qu'a décidé de faire Giliane, en nommant son système Zelliana: “Ca simplifie la tâche pour nos proches, et ça permet à l'alter qui est devant de ne pas se faire appeler par un prénom qui n'est pas le sien.” De plus, selon Zelliana, créer un nom pour un système permet de resserrer un peu plus les liens qui unissent chaque identité, elle nous confie: “J'ai d'ailleurs pour projet de changer administrativement mon nom.”

Cependant, le genre, l'âge et le sexe d'un patient n'influence en rien les identités qui l'habitent. C'est notamment le cas de Cristina, 20 ans, qui, parmi ses 12 alters compte deux alters “little” – des enfants –, ainsi qu'un alter de genre masculin. Certains systèmes peuvent également réunir des animaux, ou même des personnages fictifs.

ON ESTIME QUE 1% À 3% DE LA POPULATION SERAIT TOUCHÉE PAR LE TROUBLE DISSOCIATIF DE L'IDENTITÉ. (TDI)

Reconnu mais peu connu.

Si depuis 1994, les troubles dissociatifs de l'identité sont inscrits dans le DSM, les TDI restent cependant une pathologie encore très floue pour le grand public. La cause première est, bien évidemment, le manque d'information à ce sujet, mais également, la circulation de fausses informations. En 2016, le réalisateur américain M. Night Shyamalan réalise Split un film avec James McAvoy qui traite du trouble dissociatif de l'identité. Point négatif? Le film est catégorisé comme film d'horreur et ne représente en aucun cas la réalité des malades. Le personnage principal atteint du TDI kidnappe et séquestre trois jeunes filles. Ce dernier a dans son système une identité appelée “La Bête” qui tue tout ce qui se trouve de vivant sur son chemin. Hors, d'après Cristina sur sa chaîne YouTube: “Une personne atteinte de TDI ne vous fera jamais de mal, nous n'avons pas une identité qui s'apprête à vous tuer. Vous avez plus de chance de vous faire tuer par une personne sans troubles mentaux plutôt que par une personne atteinte de TDI.” D'ailleurs, tous les systèmes s'accordent à dire que, une personne atteinte de TDI aura plus tendance à se faire du mal à elle-même plutôt qu'à autrui. “Le taux de suicide chez les personnes diagnostiquées, ou non, porteuses du TDI est plus élévé que la moyenne, car la dépression fait partie d'un des symptômes, on a souvent du mal à accepter ce qui nous arrive,” confie Cristina. Dans le film, l'identité maléfique du système tue deux de ses prisonnières mais également.. leur psychiatre.

Suite à ça, de nombreux psychiatres et psychologues ont eu peur de prendre en charge les patients atteints du trouble dissociatif de l'identité. Sans doute par peur d'être la prochaine victime. Une peur irrationnelle qui se traduit souvent par une mauvaise prise en charge des patients. En effet, si chaque système est différent, tous partagent sans doute plusieurs mauvaises expériences chez un professionnel de la santé. C'est le cas de Zelliana qui nous confie: “Le premier psychiatre que j'ai été voir après ma prise de conscience ne connaissait pas les troubles dissociatifs et n'a pas arrêté de penser que j'étais juste borderline en crise psychotique. Juste pour qu'on soit d'accords, elle précise, je ne suis ni psychotique, ni borderline.” S'en suit alors un traitement à base de deux anti-psychotiques forts dont les doses ont d'ailleurs été augmentées, chose qui n'a en aucun cas fait disparaître les voix – les alters – dans la tête de Zelliana. Son psychiatre lui assure même que: “les troubles dissociatifs n'existent pas, la dissociation est un symptôme de psychose, vos alters sont des délires.” Zelliana nous explique que la recherche médicale avait prouvé que la résistance de ces voix aux médicaments anti-psychotiques devrait orienter le diagnostic de ce psychiatre vers un trouble dissociatif. 

Si certains professionnels ignorent encore tout de cette pathologie, comment pouvoir espérer que le grand public, souvent très peu confronté aux maladies mentales, ne porte pas un jugement sur les personnes qui prétendent être porteur de ce trouble?

S'exposer pour mieux informer?

A l'instar des campagnes contre le tabac ou les drogues, pour lutter contre la désinformation et donner de la légitimité à leur trouble, la meilleure solution est d'en parler. Cristina (The Peculiar Club) s'est lancé depuis près d'un an, le pari de s'accepter et d'assumer ce que son sytème était: “Je voulais qu'on se sente plus à l'aise, qu'on puisse plus communiquer. Réussir à le verbaliser était déjà une énorme étape de franchie.” Désormais, le but de la jeune fille est de faire découvrir le TDI à un maximun de gens afin de: “Montrer que nous ne sommes pas une légende urbaine hollywoodienne, qu'on n'est pas dérangés, ni dangereux.” Une envie qu'elle partage également avec Zelliana qui, bien qu'elle se soit lancée sur YouTube depuis moins longtemps, souhaite mettre en lumière ses connaissances sur le sujet, de par sa propre expérience avec le trouble dissociatif de l'identité, mais aussi grâce à ses études. Aider les gens par des découvertes sciéntifiques, c'est sa vocation. Un choix qu'elle admet, a totalement été influencé par sa propre vie, elle explique: “Il m'est venue cette idée: et si je faisais de la recherche en neurosciences et que j'étudiais mon propre trouble? En y regardant de plus près, j'y ai presque vu une destinée. (Elle sourit.) Après tout, si je ne me lance pas dans ces études, qui de mieux placé et renseigné que moi et mon expérience, sera là pour étudier ce trouble?” Ces études, bien que compliquées, permettent tous les jours à Zelliana d'obtenir de nombreux outils pour accéder, analyser et comprendre en profondeur un grand nombre d'informations scientifiques aux termes très techniques. “Cela m'a aidé également à apprendre beaucoup de choses sur moi-même et sur mon trouble, et d'apprendre à les reformuler pour les vulgariser à une audience non-scientifique qui en aurait besoin!”

Quant à Cristina, sur sa chaîne, elle explique en détails à qui veut bien l'entrendre, chaque étape d'une vie en cohabitation avec plusieurs autres identités au sein d'un seul et même corps. Les profs qui demandent sans cesse de justifier le changement d'écriture, ses proches qui lui répètent souvent que par moment, elle ne semble plus être “elle-même” ou même encore les amnésies à répétition: “Se retrouver soudainement dans un endroit que je ne connais pas, ça n'a rien de rigolo,” elle raconte, alors que certaines personnes lui répètent à quel point cela doit être bien d'avoir plusieurs “amis” dans sa tête. Souvent seule et abandonnée par de nombreuses personnes qu'elle considérait comme des amis, suite à une période de dépression qui a résulté à ce qu'une des alters du système, Ruby prenne le contrôle du corps. Désormais, cette dure épreuve, elle l'accepte avec maturité: “De cette façon, j'ai pu faire le tri entre les personnes qui ne me voulaient pas du bien et celles qui ont toujours étaient là pour moi.”. Et aux petits curieux qui se demandent si un tel trouble permet une vie sentimentale épanouie, vous serez ravis d'apprendre qu'en effet, l'amour est possible. Dans le cas de Cristina, en tant qu'hôte, elle explique dans une de ses vidéos que, avec l'accord du système, elle est la seule à pouvoir entretenir une relation amoureuse. Avec son amoureux, ils répondent sans tabou aux nombreux questionnements que leur relation attise, tout en précisant néanmoins, que chaque système est libre de procéder comme bon lui semble: certain accepte que chaque alter vive sa vie de la manière dont il le souhaite, tandis que d'autres préférent laisser l'hôte gérer tout ce qui est relation amoureuse.

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Avec un public toujours plus nombreux, les personnes atteintes de TDI et qui s'exposent sur les réseaux sociaux sont beaucoup plus enclines à recevoir des critiques et des insultes à leur propos. Récemment le système Olympe, de la chaîne YouTube Le Journal d'Olympe s'est vu obligé de poster sur son compte Instagram un certificat médical descerné par son docteur afin de prouver que le système avait bien un suivi médical suite à ce trouble. Un geste qui résulte d'un harcèlement à base de “menteuse” “très bonne actrice” ou encore “escroc” et qui résonne chez toutes les personnes qui affichent le TDI sur les réseaux sociaux. Cristina confie: “ Il n'y a que sur internet que, depuis le début, on me demande de le prouver, ce que je trouve assez ridicule et déplacé. C'est très invalidant et privé et on ne devrait pas avoir à le faire.. Dans la vraie vie par contre, personne ne m'a jamais rien dit!”

Encore un long chemin à faire...

Le combat de Cristina, Zelliana, Olympe et les autres restent cependant encore parsemé d'embûches. Un intérêt soudain pour les TDI qui se traduit par des interviews données à de nombreux médias qui apportent un peu plus de lumières à ces personnes hors du commun. Mais une aussi grande médiatisation donnera toujours lieu à de l'incompréhension.

Pour en apprendre d'avantage sur ce trouble et vous faire votre propre avis, on vous donne les liens des chaînes YouTube de Cristina, Zelliana ainsi que celle d'Olympe.

 

The Peculiar Club: https://www.youtube.com/channel/UCAaihNyefymDJNcNI30CxUQ/videos

Zelliana Giliane Ehrhardt: https://www.youtube.com/channel/UCIBKRtwzZgZQUmJrYFlxhPw

Le Journal d'Olympe: https://www.youtube.com/channel/UCbJWITBMsgfJ5nmNzYwivPw

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