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Au Liban, le désespoir pousse les épargnants à braquer leurs propres banques pour récupérer leurs économies

Cette semaine, plusieurs braquages à Beyrouth et dans d’autres villes ont été signalés, alors que le pays est plongé dans une profonde crise économique depuis plusieurs années.

Une crise politique muée en crise socio-économique sévère

Hier, une femme a attaqué une banque dans la capitale et est repartie avec plusieurs milliers de dollars pour soigner le cancer de sa sœur, selon les dires des personnes présentes sur place. Un autre Libanais s’est adonné à la même activité au sud-est du pays, à Aley. Depuis 2019, les comptes bancaires de tous les Libanais ont été gelés, alors que l’inflation extraordinaire a conduit à une crise alimentaire. L’été dernier, la compagnie d’électricité du Liban avait cessé de fonctionner, menant à une panne de courant nationale. Les hôpitaux et tous les bâtiments publics avaient alors compté sur leurs générateurs de secours, avant que ces derniers ne finissent par lâcher. De 2020 à 2021, les Libanais n’avaient plus de gouvernement et plusieurs nominations de Premier ministre n’ont pas réussi à sauver le pays. Beaucoup avaient alors jeté l’éponge face à l’ampleur de la catastrophe. De multiples pénuries ruinent le pays depuis bientôt deux ans : médicaments, denrées alimentaires, matériel médical, essence, produits hygiéniques… L’Iran avait envoyé l’année dernière un cargo rempli d’essence malgré les sanctions pour sauver les hôpitaux et autres infrastructures publiques libanaises. Une coalition internationale avait également été lancée par le président Emmanuel Macron pour soutenir l’armée. 

Des braquages de leurs propres comptes par désespoir

Tous ces efforts n’auront pas suffi pour redresser le pays, toujours au fond du trou. Environ 80% de la population vit sous le seuil de pauvreté depuis 2019, tandis que la livre libanaise a perdu jusqu’à 90% de sa valeur. Sali Hafez, la braqueuse de mercredi, avait été filmée pendant son affaire. Arme “en plastique” au poing, une vidéo la montre en train de crier “je suis Sali Hafez,  je suis venue aujourd'hui pour récupérer l'argent de ma sœur qui est en train de mourir à l'hôpital. Je ne suis pas là pour tuer ou mettre le feu. Je suis là pour réclamer mes droits.” Lors d’une interview accordée à un média local, elle explique avoir récupéré 13 000 euros sur les 20 000 déposés par sa sœur. Elle parvient à s’enfuir avec ses complices avant l’arrivée de la police, alors que l’autre braqueur à Aley a été arrêté pendant le vol. Considérée comme une héroïne par la population, Sali Hafez est une militante du mouvement de contestation né en 2019. Le mois dernier, un autre homme avait braqué sa banque et récupéré 30 000 euros sur son compte à l’aide d’un fusil. Il avait pour motif l’hospitalisation de son père et s’était rendu aux autorités une fois son argent en main, échappant aux poursuites judiciaires par la suite.

Maud Baheng Daizey

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