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Du tabou aux discriminations, la vie difficile des enfants transgenres

Les enfants transgenres ont le sentiment de ne pas être nés dans le bon corps et refusent catégoriquement leur sexe anatomique. Ce qui provoque une souffrance immense, souvent accompagnée de mal-être, isolement, scarifications, idées suicidaires. Dans notre article du jour, nous allons tenter d’y voir un peu plus clair sur ce phénomène de société.

Quand peut-on dire qu’un enfant est transgenre ?

Avant de nous pencher plus en profondeur sur le sujet, il faut tenter d’expliquer ce que signifie être transgenre. Dans un premier temps, il faut savoir que le terme se définit lorsque l’identité psychique et sociale liée aux concepts d’homme et de femme d’une personne est en contradiction avec son sexe anatomique. En d’autres termes, biologiquement, ces enfants sont nés garçon ou fille, mais pas dans la tête. Leur cerveau leur dit le contraire, et plus ils vieillissent, moins ils se sentent bien dans leur corps. Ils rejettent alors tout ce qui représente leur propre sexe et s’associent à ce qui représente l’autre sexe.

Depuis plusieurs années maintenant, les professionnels de l’enfance sont confrontés à des demandes de transition de genre. Les enfants veulent changer de sexe parce qu’ils sont nés dans le mauvais corps. Mais d’où vient exactement ce phénomène ? Pour le moment, personne ne peut nous dire avec exactitude, l’origine de ce décalage identitaire. Si de nombreuses hypothèses ont été avancées (psycho-familiales, biologiques, environnementales etc..), aucune ne s’appuie sur un corpus suffisant de données pour être validée. Mais alors comment est-il possible d’aider des personnes sans même connaître le phénomène ? Est-ce qu’il y a vraiment une solution ?

L’importance d’accepter le choix de son enfant

Bien souvent incompris, les enfants transgenres ont mal à bien vivre en société. En effet, ils sont plus souvent victimes harcèlement scolaire ou encore d’agressions sexuelles. Ils sont aussi plus sujets aux idées suicidaires. Et c’est pour toutes ces raisons, que d’après le rapport du conseil de l’Europe, il est essentiel que l’entourage, l’école, le personnel soignant acceptent la perception que ces jeunes ont d’eux-mêmes. Mais face à ces patients jeunes et surtout mal dans leur peau, ce n’est pas toujours évident. Il faut dire que ce n’est pas facile de faire la part des choses. Durant l’enfance, tout adolescent ou adolescente se voit ainsi éprouvé dans son identité.

Comment distinguer alors les classiques tourments de l’adolescence et le vrai malaise de genre ? D’après nous, on peut affirmer qu’un enfant est transgenre lorsque son sentiment persiste depuis longtemps et que malgré toutes les difficultés que cela peut lui créer, il continue de manifester son malaise envers son sexe anatomique. Il faut préciser que tout enfant doit être aimé et accepté comme il est. C’est comme ça qu’il apprendra à avoir confiance en lui et à développer son estime personnelle. Et pour cela, les parents devront être derrière. Aucun parent ne peut décider comment se sent son enfant, comment il s’identifie. Seul lui sait ce qu’il est.

Alors évidemment, pour pouvoir accompagner l’enfant pour ce combat, il faudra chercher de l’aide. De l’aide notamment avec des spécialistes. Ainsi, si votre enfant persiste dans son sentiment et désire procéder à une transition, cela se fera en plusieurs étapes. Ce parcours débute souvent par une transition sociale. Changement de coupe de cheveux, de vêtements, etc. Ensuite vient un changement légal de nom. Il pourra changer d’idée, au besoin. La suite du processus, concernera la médecine.

Pour cette transition médicale, le médecin proposera tout d’abord un bloqueur d’hormones ralentissant le processus de la puberté. Ce médicament ne change pas le sexe et est aussi pris par des adolescentes qui ont des règles trop jeunes, par exemple. La suite est la thérapie hormonale. Dès ce
 
moment précis, votre enfant prendra des hormones de l’autre sexe. Par exemple, s’il est un garçon, ça lui fera pousser des seins. Petite précision tout de même, cette étape est semi-permanente, puisque s’il en venait à changer d’idée, il pourrait subir une mastectomie. Enfin, à compter de 18 ans, la transition se complète par une chirurgie qui elle, est permanente. C’est souvent cette étape qui est la plus difficile pour les parents.

Les droits des enfants transgenres en Europe

Pas facile d’établir l’égalité des droits, même dans l’Union européenne. La situation des personnes transgenres illustre bien les différences, parfois énormes, qui existent entre l’ensemble des membres de l’UE. En 2010, le Conseil de l'Europe a adopté une résolution appelant les États membres à garantir les droits des personnes transgenres à obtenir des documents officiels avec le statut de leur choix sans nécessiter d'autres procédures telles que la stérilisation, la chirurgie ou l'hormonothérapie. Quatre années plus tard, le Danemark est devenu le premier pays européen à autoriser les personnes à demander un changement légal de sexe et à obtenir un nouveau statut de genre sur leur carte d'identité avec une simple déclaration.

Depuis, de nombreux pays européens ont suivi. On pense notamment à Malte, la Suède, l'Irlande, la Norvège et la Belgique. Du côté de la France, elle, a été en 2010, le premier pays au monde à retirer le transgenre de sa liste des maladies mentales. En 2017, elle autorise la modification de l'état-civil sans avoir "à justifier de traitements médicaux, opération chirurgicale ou stérilisation", mais moyennant une procédure devant les tribunaux. L’Espagne de son côté, veut permettre l'autodétermination du genre. Ce serait une première en Europe.

La crainte des surdiagnostics

Si l’existence de la dysphorie de genre n’est jamais niée, la même préoccupation concernant sa surmédicalisation avait déjà été pointée, en janvier 2021, à la suite de la diffusion du documentaire Petite fille, sur Arte. Celui-ci raconte notamment l’histoire de Sasha, né garçon, qui vit comme une petite fille depuis l’âge de 3ans. On voit notamment sa vie au quotidien, le questionnement de ses parents, de ses frères et sœur, tout comme le combat incessant que sa famille doit mener pour faire comprendre sa différence. Mais suite à diffusion, plusieurs spécialistes ont pris le temps d’écrire et de signer une tribune dans Marianne.

Selon les spécialistes, l’enfant passe sa vie à composer avec ce qui ne lui est pas donné directement. Ils estiment que c’est à l’âge adulte, qu’il peut décider de ce qu’il veut faire, pas avant : « L’enfant ne choisit ni ses parents ni son sexe, ni son nom en naissant. Il passe sa vie à composer avec ce qui ne lui est pas donné d’emblée, pour mieux s’en accommoder et devenir ce qu’il est avec ce qu’il n’a pas choisi. C’est ce principe qui est fondateur du genre humain. Il est contraint, il ne peut pas tout ». Ce que craignent particulièrement les médecins, c’est un surdiagnostic. Ils ne veulent pas voir les enfants d’aujourd’hui regretter ce qu’ils sont en train de faire.

Pour expliquer cela, Christian Flavigny, qui fait partie des signataires, prend les Etats-Unis en exemple. Il déclare notamment que les études font état de « détransitionneurs », des adultes regrettant la démarche entamée quelques années plus tôt. Évidemment, il précise que c’est une minorité (environ 5%), mais il veut tout de même insister sur la vigilance des équipes médicales en France : « Un enfant qui demande à changer de sexe doit être pris au sérieux, mais pas forcément pris au pied de la lettre ».

Prendre des hormones n’est pas sans risques pour la santé

Peu importe le traitement, il est possible que des effets secondaires se produisent, mais chaque personne les ressent différemment. Concernant la prise d’hormones, nous avons pu en découvrir quelques uns. On pense notamment au caillot. En effet, lors de votre hormonothérapie, il est possible de voir un caillot sanguin se former dans votre jambe ou poumon. Les symptômes sont la sensibilité du mollet, le durcissement d'une veine, une douleur ou une enflure des jambes, de la difficulté à respirer et une douleur thoracique. Si vous avez quelque chose de similaire, appelez votre médecin ou rendez-vous directement aux urgences.

On peut également citer l’ostéoporose. Un mot bien barbare qui est explicable en quelques mots. En effet, il s’agit d’une perte de densité osseuse. C'est un effet secondaire à long terme qui risque de se produire avec certains médicaments hormonaux. On peut prévenir et gérer la perte osseuse avec la prise de suppléments de vitamine D et de calcium, l'activité physique et la prise de médicaments. L’hormonothérapie est également associée à une très petite augmentation du risque d’AVC, surtout pour les femmes de plus de 60 ans. Évidemment, le risque s’accentue avec l’âge. Il semble également que la prise d’hormones sous forme de timbre n’a pas le même risque que celle prise sous forme de comprimé oral.

Enfin, les femmes exposées de façon prolongée à l’œstrogène et à la progestérone ou à un progestatif présentent un risque accru de développer un cancer du sein. Le risque est faible, mais il n’est pas impossible. D’ailleurs, il devient suffisamment détectable après plusieurs années d’exposition aux hormones. Ce que nous savons, c’est qu’il faut compter environ dix ans depuis le début du cancer pour qu’il soit assez gros pour être diagnostiqué.

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