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Point de vue

LE PASS SANITAIRE, UNE MESURE NECESSAIRE AUX EFFETS PERVERS.

Nous le savons, la vaccination est aujourd'hui l'arme la plus efficace, sinon la seule, face à l'épidémie de Covid-19 qui frappe l'humanité tout entière. Elle est le sésame qui nous permettra de retrouver, on l'espère, et ce à l'horizon 2023, une vie qui devrait être normale, ponctuée à nouveau et sans restrictions de ces petites et grandes joies qui font le sel de la vie : un restau entre amis, une réunion de famille en petit ou grand comité, un voyage sous des cieux exotiques, une virée shopping et tant d'autres encore que je ne nommerai pas tant la liste serait longue et en deviendrait fastidieuse. Face à ce virus, qui de l'aveu même d'un proche du chef de l’État « est un chaos et un chaos mondial » et surtout à la réticence d'une trop grande partie de nos concitoyens à accepter ce vaccin qui les inquiète en raison de la rapidité de sa mise sur le marché, Emmanuel Macron n'a trouvé d'autres solutions que de mettre en place cette mesure aujourd'hui si controversée : le pass sanitaire et sa cohorte de prescriptions et d'obligations.

UNE OBLIGATION QUI N'EN DIT PAS LE NOM

Bien que la vaccination ne soit pas rendue obligatoire, elle le devient dans les faits tant les restrictions imposées à ceux qui refuseraient la piqûre salutaire sont nombreuses et compliqueraient leurs existences d'une manière qui deviendrait très rapidement insupportable. A ceux-là seraient bientôt rendus inaccessibles bars, restaurants, cinémas, festivals, musées ainsi que tous les autres lieux recevant du public. Combien seront-ils parmi les réfractaires au vaccin à avoir les moyens de s'offrir le luxe d'un test PCR bientôt payant à chaque activité qu'ils voudraient ou devraient pratiquer ? Peu sans aucun doute, d'autant que beaucoup de ceux-là connaîtront sûrement un jour prochain des restrictions financières supplémentaires, dues à la suspension de leur contrat de travail lorsqu'ils auront épuisé leurs jours de congés et de RTT. Leur droit de refuser l'administration du vaccin sera sans nul doute, à ce moment, battu en brèche par leurs estomacs qui crieront famine et la pile de factures impayées qui s'accumulera devant leurs yeux effarés. Mourir sûrement de faim à court terme ou des effets indésirables potentiels du vaccin à plus long terme voire jamais, restera t-il longtemps un choix cornélien ?

UNE MESURE QUI EXACERBE LES PASSIONS

Il faudra sans nul doute que tous se plient à « l'obligation vaccinale » que ce soit de bonne ou de mauvaise grâce, son refus aurait à coup sûr pour corollaires : exclusion, stigmatisation, et misère sociale. Il est malheureusement à craindre que cette obligation à marche forcée qui n'en dit pas le nom, n'ait des effets délétères sur la cohésion nationale déjà bien fragilisée depuis de nombreuses années. Notre communauté nationale se fracture de la plus dangereuse des façons qu'il soit, les tensions s'accumulent, les passions s’exacerbent et certains anti-vax se radicalisent d'une manière qui nous rappelle aux heures les plus sombres de notre histoire. Ainsi des dérives inacceptables, des amalgames qui jettent l'opprobre sur notre pays tout entier ont émaillé le week-end dernier les manifestations des rétifs au vaccin, quand on voyait fleurir sur les poitrines de certains des étoiles jaunes frappées des inscriptions « sans vaccin » ou « non vacciné » et que d'aucuns brandissaient fièrement des pancartes représentant un Emmanuel Macron sous l'habit et la moustache d'Adolf Hitler. Je pense toutefois qu'il s'agit plus d'une méconnaissance de l'histoire et de la réalité de ce que nos compatriotes, obligés de porter une étoile de David durant les heures sombres de l'occupation ont dû endurer, plutôt qu'une volonté délibérée de minimiser ou pire nier leurs souffrances. Il n'en reste pas moins que ces comparaisons sont une honte à l'intelligence et à la raison et que loin de grandir ceux qui les osent, elles ne font que jeter le discrédit sur leur combat, rendant leur parole inaudible et malvenue.

LE TEMPS AURAIT PU, AURAIT DU ETRE UN ALLIE.

Un combat qui trouve ses racines au plus profond de la désillusion, nourri au terreau de la perte de confiance en la parole politique, de la défiance vis-à-vis des « élites » qui nous gouvernent et à qui on reproche souvent d'être coupées de la réalité du terrain et de méconnaître la réalité de la vie quotidienne de leur peuple. Leurs paroles, leurs décisions apparaissent bien souvent comme méprisantes, coercitives voire même inhumaines. Et la stratégie aujourd'hui affichée d'Emmanuel Macron d'opposer deux France, celle qui se vaccine et celle qui ne veut pas, a pour effet délétère et dévastateur d'attiser les braises d'un feu qui couvait déjà. Des médecins, des politiques le disent : il aurait fallu préparer les esprits en amont, communiquer bien avant sur les bénéfices du pass sanitaire, expliquer avec patience et diplomatie que pour des raisons évidentes de santé publique, il deviendrait à coup sûr incontournable. Le temps aurait pu, aurait dû être un allié. Le passage en force quand à lui aurait pu, aurait dû être évité : il n'était ni nécessaire, ni souhaitable car il court le risque d'être sinon improductif, du moins totalement impopulaire auprès de cette frange de la population qui aurait pourtant bien besoin de se réconcilier avec ses instances dirigeantes. Et ce, avant qu'elle ne soit irrémédiablement séduite par les populistes de tous poils qui sévissent aujourd'hui. Un chef d’État a des prérogatives mais aussi des devoirs et pour n'en citer qu'un : celui d’œuvrer pour unir autour de lui les forces vives de la nation. Il se doit de faire son possible pour rassembler, réconcilier et fédérer le peuple autour d'un projet commun qui le soude, qui l'unisse et le rende fier d'appartenir à la communauté nationale.

Stigmatiser, exclure n'est pas la solution au problème de la pandémie et peut s’avérer terriblement dangereux en cela qu'il divise et nourrit les rancœurs et les révoltes. Remettre de l'humain au cœur des politiques nationales redevient plus que jamais une nécessité, le moyen vertueux de peut-être enfin renouer avec ces valeurs qui ont fait la renommée de notre beau pays et qui s'appellent fraternité, tolérance, respect de la dignité humaine, tout en encourageant chez nos jeunes le développement d'un esprit critique éclairé. Pour redevenir un jour la Patrie des Lumières, une nation dont les valeurs humanistes seront un phare dans la tempête, valeurs qui nous obligeront non pas dans la contrainte mais dans la fierté partagée d'appartenir à une grande nation.

Sophie RENAUD

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