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Pas de chômage partiel pour les travailleuses du sexe.

Dans l’ombre, les travailleurs et travailleuses du sexe ont traversé toutes les époques mais le 17 décembre, ils ont mis en lumière leur mécontentement. Face à la crise sanitaire, à la précarité de leur statut et à la hausse des violences, ces travailleuses du sexe (TDS) ont manifesté pendant la journée internationale pour l’élimination des violences faites à leur encontre.

Épaulées par le STRASS, Syndicat du Travail Sexuel, elles dénoncent le manque d’investissement de l’État pour les aider, comme il a aidé les autres travailleurs, à traverser la crise sanitaire. Au même moment, les associations représentantes des 40 000 TDS en France ont été reçues par Elisabeth Moreno, ministre de l’Égalité femmes-hommes.

Confinements, couvre-feux et virus : un arrêt quasi-total des activités.

Les annonces des confinements resteront synonyme d’inquiétude. Pendant les premiers jours, selon la fondation Scelles, la prostitution disparaît de la voie publique pour la laisser totalement déserte dès la troisième semaine du confinement. Avec cette cessation des activités, deux phénomènes émergent. Les liens de solidarité se renforcent, des associations s’investissent là où elles n’étaient pas, notamment sur le terrain de la prostitution. À l’opposé, des proxénètes opportunistes s’inspirent du télétravail pour substituer la fermeture des établissements au webcamming et à la prostitution en ligne. Le danger ?  Une perte totale du contrôle de son image et découvrir à son insu la revente de celle-ci.

Par-dessous tout, le virus reste le danger le plus préoccupant. Comment choisir entre courir un risque pour sa santé et celle des autres ou s’endetter faute de revenus ? La fondation Scelles témoigne de la grande peur que procurait le virus au printemps dernier, mais sans support financier, elles n’ont pas d’autre choix que d’essayer de travailler pour survivre, quitte à s’exposer au virus et aux amendes.  

« La pauvreté nous tuera avant le coronavirus »

Ce témoignage univoque illustre le phénomène de précarisation dont elles sont victimes. Comme dans une spirale, travailler les expose directement au virus mais tout arrêter engendre la disparition des revenus, qui renforce la précarité, précarité qui complique l’accès à l’hygiène, hygiène nécessaire pour faire barrière au COVID-19. Sarah-Marie Maffesoli, coordinatrice pour Médecins du Monde, alerte de l’état de santé mentale et dépeint une situation désastreuse : l’extrême précarité touche 90 % des travailleuses du sexe. 

Rangée dans l’économie informelle, la majorité des TDS partage le même sort, celui de ne pas avoir accès aux aides financières. Au premier confinement comme au second, le STRASS lançait des messages d’alertes auxquels Marlène Schiappa répondait qu’il était « très compliqué » d’imaginer une indemnisation pour ces travailleurs. Légère victoire, l’Assemblée nationale décidait en novembre d’une augmentation de 90 000 euros en 2021 pour les associations accompagnatrices des TDS.

Sortir de l’indifférence

La crise sanitaire a démontré sa capacité à rendre les fragilités sociales flagrantes. Sans statut et sans éligibilité aux aides, les TDS sont en grande partie sujettes à la précarité. D’une voix commune, Médecins du Monde, Aides, Strass et d’autres associations demandent à l’Etat la création d’un fonds exceptionnel pour compenser la perte de revenus. Un moratoire sur la pénalisation des clients et des arrêtés anti-prostitution est aussi demandé pour décriminaliser le travail du sexe.

« Arrêtez nos agresseurs, pas nos clients » est scandé pendant les manifestations. Le slogan fait écho à la loi de 2016 qui fixe une amende de 1 500 euros pour « l’achat d’actes sexuels » et à la hausse des violences. Les militantes du Strass interrogées déplorent qu’en 2020 « au moins quatorze travailleuses du sexe sont décédées ». Les souvenirs du décès par balles de Vanese Campos en 2018 et de celui de Jessyca Sarmiento cette année sont toujours présents. Outre la nécessité de débloquer des solutions d’urgence, cette manifestation remettait en lumière l’importance des enjeux relatifs au travail du sexe.

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