Rubrique
Interview

QUAND LA VIOLENCE ECLATE AUX VISAGES DES SOLDATS DU FEU

DES HOMMES ET DES FEMMES AU SERVICE DES TERRITOIRES

Comprendre les enjeux d’un territoire, de ces défis futurs ainsi que des réalités vécues par ces riverains est un investissement important pour chaque région, département, mais aussi chaque commune de France, qu’elle soit une grande métropole avec un bassin d’emploi et un vivier de talents importants ou qu’elle soit un petit village au fond de la Normandie entre un village-dortoir et une ville bureau, il persiste l’identité du territoire, qu’il soit rural ou urbain.

Pour mieux comprendre à quel point l’ancrage territorial de ces compagnies de sapeurs-pompiers professionnels et volontaires, est important voire vital, il faut y regarder de plus près déjà en chiffres : 

Les sapeurs-pompiers en chiffres

Au 31 décembre 2020, on dénombrait 251 900 sapeurs-pompiers en France, dont :

  • 41 800 sapeurs-pompiers professionnels (17%)
  • 197 100 sapeurs-pompiers volontaires (78%)
  • 13 000 militaires (5%)

 

 Les femmes représentent 19% des sapeurs-pompiers civils.
 Le service de santé et de secours médical constitue 5% des effectifs des SDIS.
 Les personnels administratifs, techniques et spécialisés sont au nombre de 11 300.
 Les jeunes sapeurs-pompiers et cadets sont au nombre de 29 200.

 En 2020, les sapeurs-pompiers ont effectué 4 290 700 interventions (11,0% de moins qu'en 2019) :

  • 282 800 incendies (-11%)
  • 3 613 300 secours d'urgence aux personnes (-12%), dont 238 000 accidents de circulation (-19%)
  • 53 800 risques technologiques (-12%)
  • 340 900 opérations diverses (-2%)

Sources : interieur.gouv.fr/

LE DEVOUEMENT PAR VOCATION

 

Alors aujourd’hui je vais écouter, le récit d’un homme, d’un de ces hommes qui comme partout en France porte l’uniforme de l’engagement, du dévouement, celui qui fait de lui un homme de terrain, un homme de vocation, un homme qui travaille mais en parallèle est sapeur-pompier volontaire.

Il s’est engagé en 2008, il s’est engagé avec cette vision de l’idéal, celle de croire qu’en donnant de son temps, on pouvait aider la société et l’individu à différents moments et soutenir ce vivre ensemble, par la noblesse de l’engagement du secours aux personnes.

Un profil pas si rare, jeune ou moins jeune, un profil d’homme, aussi de femme, qui selon les aléas de la vie, viennent parfois quittent et reviennent vers cette passion pour ce métier de Soldat du feu.

C’est un dévouement par vocation, où le papa quitte sa femme et ses enfants parce qu’il faut quelqu’un pour veiller sur la population locale, intervenir sur les incendies, mais aussi intervenir pour aider son prochain, lors d’un malaise, d’une crise cardiaque, à chaque intervention, l’adrénaline.

A chaque intervention le stress et l’appréhension, mais le défi de vouloir toujours défendre la cause de la vie et de faire triompher celle-ci des griffes de la mort.

Alors ce papa, cette maman, qui rentre tard le soir ou tôt le matin après ses gardes pour basculer dans son esprit avec les préoccupations de son second métier, si ce n’est admirable n’en reste pas moins humainement engagé et puissant envers la société.

QUAND LA VIOLENCE FAIT SA LOI !

Ce jour, je pose mon appareil je ne filme pas, j’écoute à la barre les sapeurs-pompiers qui témoignent.

Puis c’est au tour de leur avocat dans son plaidoyer, la force intacte de l’homme de feu, redevenu avocat, qui comprend dans sa chair, la réalité des violences vécues par des gens qui auraient pu être ses collègues.

Peut-être que sous cette approche je comprends mieux le sens du mot DEVOIR, peut-être qu’avec ses mots d’homme de loi, de soldat du feu et de père aussi, je reconnais l’histoire de ces hommes et de ces femmes confrontés à une violence furieuse qui s’empare de leurs vies pour déchiqueter leur confiance et peut-être réussir à détruire leurs engagements.

Après cette audience où l’on prend conscience peu à peu que les violences ne sont pas que des chiffres, ce ne sont pas des chiffres qui sont menacés de mort !

Ce ne sont pas des chiffres qui sauvent des vies !

Ce ne sont pas des chiffres qui risquent leurs vies pour celles des autres !

 

 

L’ENTRETIEN

  • Journaliste-      Bonjour.  Merci de nous accorder ces quelques minutes, c’est la fin de cette audience, il y a eu un résultat pour cette affaire que vous vivez en tant que sapeur-pompier volontaire, vous êtes arrivé en 2008 dans cette profession

 

  • Sapeur-Pompier-Volontaire-   Oui c’est exact, en 2008 dans le SDIS dans lequel je suis actuellement comme vous l’avez dit en tant que sapeur-pompier volontaire et aujourd’hui malheureusement on se retrouve ici au tribunal pour une histoire de menace envers mon équipage, lors d’une intervention

 

  • J-    Des menaces de mort

 

Vous en tant que chef des opérations à ce moment-là vous vous sentez finalement responsable de ce qu’il va arriver à vos hommes, de ce qu’il peut arriver à la personne que vous prenez en charge, c’est compliqué d’arriver en intervention de commencer les étapes de celles-ci correctement, quand soudain à un moment donné ça dérape !

 

  • SPV-   Oui, ce qui est difficile c’est que tout se passe très très vite.

 

Effectivement le cœur de notre activité c’est plutôt le secours aux personnes et se retrouver dans la situation où on doit se protéger, voire quitter l’intervention, parce que oui les menaces ont été répétés virulentes et étaient des menaces de mort textuellement répétées donc vraiment volontaires, ce n’était pas des mots parmi tant d’autres.

 

  • J-    Vous cette charge mentale, vous la vivez comment en tant que volontaire, vous avez votre métier à coté, vous avez aussi votre famille, comment le père que vous êtes réagi à cette situation-là ?

A quoi pensez-vous ?

 

  • SPV-   Je pense que chez certaines personnes ça peut aller jusqu’à remettre en cause notre engagement, parce que, effectivement je dirais être victime en tant que sapeur-pompier volontaire d’un accident lors d’un incendie parce que la structure s’effondre parce que quoi que ce soit d’autres événements d’ordre technique on va dire, ça fait partie des risques de l’activité.

En revanche être victime de menace de mort et heureusement aujourd’hui ça n’a pas pu aller plus loin, mais malheureusement des situations ont démontré que des collègues y sont restés, ça peut poser question sur le fait de continuer son engagement ou pas en tant que sapeur-pompier volontaire.

Aujourd’hui heureusement le tribunal nous a donné raison, donc déjà c’est une première reconnaissance et malheureusement les chiffres aujourd’hui parlent en défaveur de cela, puisque les agressions verbales et physiques sont à priori en nette augmentation.

Donc c’est une bonne chose que le tribunal condamne et condamne fermement.

 

  • J-    Une reconnaissance aujourd’hui pour vous en tant que sapeur-pompier volontaire, il faut quand le même le préciser vous avez été contraint de vous retirer avec votre équipe de l’intervention pendant un temps, il y eu une intervention des forces de l’ordre pour vous permettre d’agir par la suite, concrètement vous le disiez tout à l’heure à la barre, c’est la première fois de votre carrière que vous avez craint pour votre vie, peur aussi pour les hommes que vous aviez sous vos ordres.

A quelle point cette charge mentale elle est puissante lorsque vous pensez à la vie des autres autour de vous ?

  • SPV-   Oui comme vous le dites effectivement, en 14 ans j’ai déjà eu peur et la peur fait partie du métier, on n'est pas des têtes brûlées, donc la peur fait du bien, elle est normale, en revanche sur ce contexte j’ai eu une mauvaise peur, une peur malsaine, une peur pour ma vie venant d’une victime qui voulait volontairement nous faire du mal en fait, donc c’est une grande différence entre avoir peur d’intervenir parce qu’il y a un risque potentiel qui existe et là avoir peur d’une malveillance en fait.

 

  • J-    Et on le répète effectivement une agression venant d’une victime qui se retrouve bourreau à un instant T (de la main qui demande de l’aide à celle qui menace de mort) vous avez réussi finalement à gérer la situation notamment avec l’appui des forces de l’ordre, pour vous cette ambiance et pour vos collègues aussi, est ce que c’est pesant au quotidien ?
  • Est-ce qu’on ressent ça au sein de la caserne, pour les sapeurs-pompiers volontaires et professionnels, est ce que vous le ressentez ?

 

  • SPV-    On va dire que ça dépend des moments, mais ça se cumule avec cet aspect pesant qui se cumule aussi avec la pression du manque de personnel, l’augmentation du nombre d’interventions, les infrastructures qui pourraient nettement être améliorées, la reconnaissance d’un point de vue général, là je vais parler plus particulièrement du volontariat, parce que on est sapeurs-pompiers volontaires, donc ça fait des années qu’on parle du volontariat, qu’il y a des réunions, qu’ils sortent des rapports, ect.

Mais concrètement il ne se passe pas grand-chose en fait.

 

  • J-       Et sur vos épaules beaucoup d’interventions, beaucoup d’incertitude, peu de reconnaissance à l’heure actuelle, on l’a vu notamment avec les incendies dans le sud.

Vous aujourd’hui que conseilleriez-vous à un jeune sapeur-pompier volontaire face à toute cette violence qui arrive ?

 

 

  • SPV-    De continuer malgré tout son engagement, même si là dans le cas présent, c’est une victime qui nous a agressé verbalement on va dire que ce qui nous fait tenir c’est justement toutes ces autres victimes qu’on vient secourir.

 

  • J-        Comme je l’entendais tout à l’heure, vous le disiez, ce n’est pas votre métier finalement d’avoir cette violence en face de vous, votre métier c’est de sauver des vies, comment vous le ressentez intérieurement quand la violence répond à vous, à  votre bienveillance, à l’humanité dont vous faites preuve et les soins que vous prodiguez ?

 

  • SPV-     En tout cas on essaye d’aider les gens, dans le pire des cas effectivement c’est de les sauver, en tout cas c’est que leur état ne se dégrade pas, après dans ce genre de situation (on essaye de ne pas retenir les mauvais moments) on retient les bons moments si on veut continuer.

 

Sinon si on continue à penser à ça un jour on arrêtera en fait.

 

Donc comme je le disais tout à l’heure déjà le tribunal l’a reconnu coupable, donc c’est déjà une bonne chose et il faut continuer à en parler, continuer à condamner et puis en espérant que tout ça se réduise fermement et qu’on en reste à la base des sapeurs-pompiers c’est-à-dire porter secours et qu’on ne se retrouve plus dans des tribunaux parce qu’on a été agressé ou caillassé ou autre…

 

  • J-        Qui plus est par une victime à l’instant T, des interventions qui parfois ont coûté la vie à certains sapeur-pompiers, on s’en souvient, notamment à Villeneuve Saint George.

LEGENDE ET CONCLUSION

Non, il n’y aucun miracle face à la violence et je répète durant cette interview l’aspect gravissime du passage de la victime secourue à celle de l’individu dangereux menaçant de mort des hommes en charge de venir le secourir.

Il n’y a pas de recherche dramatique dans ce schéma, ou d’ascension du narratif à des fins de scandales, non ici cette dimension je la pointe dans le fil rouge de notre discussion afin de vous permettre de comprendre l’ampleur du phénomène et l’impact impressionnant qu’elle a sur les épaules de ces femmes et de ces hommes.

 

Pour ce faire le fil rouge devient un fil d’Ariane et je me permets de vous partager cette légende instructive :

 

« Le fil d'Ariane » c’est un guide qui permet de trouver la sortie (métaphoriquement, un lien avec la liberté.)  Cette expression est originaire de la mythologie grecque.

 

A la cour du père d'Ariane, le roi de Crète Minos, qui a enfermé le terrible Minotaure dans le Labyrinthe construit par le célèbre Dédale. Après que les Athéniens ont commis l'outrage d'emmener son fils dans une expédition mortelle, Minos se venge en imposant à la cité de lui livrer tous les ans quatorze enfants destinés à être jetés en pâture au Minotaure anthropophage.

Ulcéré par cette expiation cruelle, le héros Thésée embarque avec les jeunes victimes afin de tuer le monstre.

À son arrivée, Ariane tombe éperdument amoureuse du bel Athénien et se résout à l'aider. Elle supplie Dédale, qui lui révèle le secret de son piège de pierre : pour en sortir, Thésée doit absolument emprunter le même itinéraire à l'aller et au retour

 

Source : www.historia.fr

 

 Ce que révèle cette légende, c’est la puissance de nuisance de la violence qui demeure sans commune mesure avec l’impact de la bienveillance, cependant, ce fil Ariane, c’est celui de nos valeurs

Nos erreurs et nos divagations sont intrinsèquement liées à nos modes de vies, mais aussi à l’abandon parfois complet des bases pourtant naturelles de ces notions de vivre ensemble vers un unique but, celui de l’égo surdimensionné, qui à l’image du minotaure finit par dévorer tant nos vies actuelles, nos idéaux, que notre jeunesse, lorsque le socle du bien commun que l’on piétine peu à peu rend à nos enfants une terre avec des repères complétement bafoués, c’est l’échec absolu de la démocratie moderne mais aussi de l’individu.

 

Il est peut-être temps de retrouver le fil d’Ariane et les valeurs démocratiques, défendues il y a 80 ans par des hommes et des femmes qui ont défié des dictatures pour permettre à la jeunesse d’Europe de vivre libre, de se faire sa propre opinion et de pouvoir s’engager pour les autres, avec les autres, comme cette grande famille des sapeurs-pompiers de France, toujours debout et encore vaillante.

 

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