Rubrique
Point de vue

UNE LECTURE DONT ON NE SORT PAS INDEMNE

Banni du Mali en 1949, l’ivoirien Ahmadou Kourouma, est accusé d’être le principal instigateur d’une révolte étudiante à Bamako au Mali. Il se fait enrôler dans l’armée française en tant que tirailleur et est envoyé en Indochine. Après les hostilités, il décide de s’installer en France. Il ne reviendra dans son pays que le 7 Août 1960, date qui marque l’indépendance de la Côte d’Ivoire. Ahmadou Kourouma se heurtera aux méthodes de gouvernance du nouveau président. Le président voyant en lui un adversaire, le fera incarcérer. Son statut de français le sauvera de la torture. Suite à ces évènements, il se livrera à une vie d’exil. Ahmadou Kourouma décide de raconter, à travers Allah n’est pas obligé, l’embrigadement et la participation des enfants-soldats aux massacres du Liberia et du Sierra-Leone dans les années 90.

Une réalité brutale

Allah n’est pas obligé est une oeuvre qui tente de comprendre les enfants-soldats au Liberia. Cette oeuvre privilégie le réel en s’appuyant sur les connaissances de l’auteur. Il y a un dialogue permanent entre le romanesque et le social, l’imaginaire et le réel : une idée forte d’une parole libérée. Les personnages racontent leur vie : « J'ai tué pas mal de gens avec mon kalachnikov. C'est facile. On appuie et ça fait tralala. Je ne sais pas si je me suis amusé. » L’enfant soldat cumule innocence et violence comme chez ce personnage, Birahima, principal protagoniste de l’histoire. Le choix rude des enfants-soldats ne peut donc pas être anodin. Il renvoie un impact plus fort auprès de nous, lecteurs. Un regard pur sans idéologie politique. Une occasion pour l’auteur de nous toucher en portant des jugements implicites et des dénonciations directes de l’animalisation des enfants.

Un récit innovant

L’enfance. La construction identitaire. La représentation de la guerre. Les enfants ne sont plus vraiment des enfants, ils excellent dans toute forme de monstruosité. Ils meurent dans l’anonymat le plus total. Ahmadou Kourouma met leur surnom en avant tout au long de l’histoire (Soso la panthère, Tête Brûlée...), une manière de leur rendre hommage et de nous rappeler que ce sont des êtres avant tout. Ces surnoms amènent le sourire et nous rapprochent, nous lecteurs, d’un univers enfantin. Il use d’une écriture risquée, percutante, mais tout aussi insolente, à l’image de ces enfants. Le décalage entre le contenu et le fond de la forme est profond, c’est ce qui fait de cette oeuvre un témoignage bouleversant.

Un roman stupéfiant laissant des traces indélébiles. Une lecture dont on ne sort pas indemne. Un challenge réussi pour l’auteur.

Agathe Pasche 

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