Rubrique
Interview

"Une période où les idées noires affluent"

« …douche froide avec la deuxième fermeture »

Ce sont les propos d’Isabelle, la gérante du bar brasserie « l’Odyssée » à Fontenay-Aux-Roses. Elle nous raconte comment la gestion de la crise du coronavirus affecte son travail, et sa vie.

Quelle a été la retombée économique de la crise sur votre restaurant ?

Au printemps, un 1er confinement nous a privé d’activité pendant un trimestre du à la fermeture sanitaire liée à la covid.
Mais cette 2ème fermeture est plus difficile, nous n’avons plus de trésorerie et les mois d’hiver sont moins favorables à la vente à emporter. Le télétravail nous fait perdre la clientèle du midi, les clients qui viennent des bureaux et autres…
De plus, les fêtes de Noël, qui pour notre métier sont des périodes fastes, n’ont pas été très concluantes. Habituellement, le chiffre d’affaire produit nous permet de générer une trésorerie avant le retour du printemps, mais comme il n’y a eu aucune repas de fête dans notre établissement, nous n’avons, comme je l’ai dis, plus de trésorerie.
En début d’année, nous n’avons pas pu payer notre 1er Trimestre à notre bailleur. Nous sommes en relation avec notre avocat conseil pour faire une demande de loyer modéré pendant les mois de fermeture.

 

Comment votre restaurant arrive-t-il à tenir face à la crise ?

Mon mari, le chef de la cuisine et moi même, nous avons pallié cette période sans chiffre d’affaire par de la vente à emporté et des livraisons. Nouvelle organisation, nouvel enjeu. Ce système de vente à emporter nous permet de réaliser 20% de nos chiffre d’affaire, et nous a permis de garder la tête hors de l’eau. Nos salariés sont restés au chômage partiel, ce qui nous a permis de garder toute notre équipe.
Les aides de l’État sont toujours les bienvenues et elles contribuent à inverser cette balance négative, même si elles sont minimes par rapport à nos coûts fixes. Pendant les mois de juillet et août, nous avons travaillé d’arrache pied pour nous refaire une trésorerie afin de faire front à l’impact financier de nos pertes, même si notre chiffre d’affaire de ces deux mois étaient en baisse par rapport à l’année précédente.
En septembre, j’ai cru défaillir quand j’ai entendu les mauvaises nouvelles : pas de service au bar, couvre feu avec un impact sur le service du soir, renforcement des restrictions sanitaires. Nous avons avec mon mari décidé de continuer le service de vente à emporter en parallèle de notre activité principale,  avec une ouverture 7 jours sur 7. Mais depuis fin octobre, douche froide avec la deuxième fermeture. Nous travaillons uniquement sur la vente à emporter.
Mais ce qui aide vraiment, c’est que mon mari et moi sommes soudés, nous avons une clientèle fidèle qui nous aide à tenir, et une bonne équipe qui nous soutient et nous aide à rester forts et motivés, dans une période où les idées noires affluent.

 

Comment voyez-vous votre futur à la fin de la crise ?

Sans visibilité d’ouverture dans le futur, il est difficile d’envisager des projets concrets. Notre objectif actuel, c’est de se maintenir et de tenir bon. On essaie de générer une trésorerie pour avancer les salaires de chaque salarié, payer les cotisations sociales…Pendant les mois de fermeture en tant que gérante je n’ai pas pu me sortir un salaire. On souhaite juste retrouver nos clients au plus vite avec une réouverture de notre établissement dans de bonnes conditions sanitaires et financières.
Mais à mon avis, dans le milieu de la restauration les attentes de la clientèle va changer : manger plus local, avec des produits de producteurs et de saison, avec une vraie visibilité sur l’origine des aliments vont être des priorités pour le milieu de la restauration. Sans parler des menus adjacents pour les végétariens et les végétaliens. Proposer des lieux conviviaux, assez cosy, agréables pour passer des moments de partages va dans le sens de la restauration, nous espérons beaucoup voir revenir les clients quand le vaccin aura été donné à la population entière.
Cette crise et ce confinement ont été la cause d’une prise de conscience pour une bonne partie du monde, comme une invitation à passer plus de temps en famille, à voir ses proches. Comme si on nous disait d’aller vers l’autre, juste pour partager un repas avec lui.

Propos recueillis par Alexandre Colby.

Application Mobile

Téléchargez Encrage Media sur votre mobile pour ne pas manquer nos dernières publications !

Commentaires

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.
Image CAPTCHA
Saisir les caractères affichés dans l'image.