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Point de vue

Bleus : les raisons d’un échec

Le néant, l’espoir puis le cauchemar

 

54ème minute, le score est toujours de 1-0 et pénalty pour la Suisse concédé par un Benjamin Pavard en retard sur Stephen Zuber, on se dit que s’est plié, Hugo Lloris n’a plus sauvé la patrie depuis si longtemps sur coups de pieds arrêtés défensifs que le 2-0 est déjà écrit, que l’histoire va s’arrêter là. Et puis, coup de tonnerre ! Le portier des Bleus sauve la maison et garde ses coéquipiers en vie. Le tir du gauche de Ricardo Rodriguez n’est probablement pas assez puissant mais l’arrêt est impeccable, la main ferme, le geste parfait. Rien à dire, nous tenons le héros de la soirée. Dans la foulée, comme par magie, tout devient plus fluide, ça rentre dans la défense suisse comme dans du beurre et au bout d’une séquence de jeu de six passes ponctuée par une subtile déviation de Kylian Mbappé, Karim Benzema s’emmène le ballon avec réussite et marque. Incroyable, le scénario fou vient de se produire, la France a renversé la table. La sélection emmenée par Vladimir Petkovic est groggy, encore sur le coup de la parade de Lloris quelques secondes auparavant. Puis, le coup de grâce : Benzema, encore. Cette fois à l’issue d’une action d'école entre Mbappé et Griezmann dont le centre légèrement dévié par le gardien Suisse est repris victorieusement de la tête par l’attaquant du Real Madrid. 2-1, la Suisse est dans les cordes, K.O technique, l’affaire est pliée. La France entre alors dans un réel temps fort et Paul Pogba envoie même un enroulé magnifique nettoyer la lucarne de Yann Sommer. 3-1, la messe est dite. L’Espagne attend les Bleus en quart, tout cela fut bien pénible mais ça va passer, dommage pour l’équipe à la Croix Blanche, c’était sympa, merci d’être passés messieurs…

Et puis, et puis… Le trou noir, l’inexplicable. Pourtant breakés et dominés, les Suisses ne lâchent pas, mieux encore, ils s’emploient à récupérer les quelques ballons perdus nerveusement par un Kanté emprunté, et les occasions commencent à s’enchaîner. Incapable de faire circuler le ballon proprement, l’équipe de France tangue à nouveau alors que pour la première fois de la rencontre, elle a le contrôle des opérations. Enfin, c’est l’impression que ça donne. Si l’attaque reste dangereuse, le milieu s’effrite et la défense vacille. Déjà inquiétante en Hongrie, la ligne Pavard – Varane – Kimpembé et le pompier de service dans le couloir gauche, Adrien Rabiot, semble complètement désorganisée, coupée en deux et forcément, la Suisse en profite.

Les Bleus paniquent, Kylian Mbappé manque son enroulé du droit puis son face à face avec Sommer sur deux passes lumineuses de Paul Pogba. On se dit que le 3-1 peut rapidement se transformer en calvaire pré-prolongations et la Suisse confirme notre impression en ajoutant un zeste de frisson en réduisant la marque de la tête par Mario Gavranovic sur un bon centre de l’entrant Kevin Mbabu. La défense française, étonnamment passive, n’y est pas et tout se complique à ce moment là. Sur coup franc, le même Gavranovic croit bien tenir l’égalisation quelques minutes plus tard mais son positionnement était hors-jeu de quelques centimètres… Dans les têtes, on sent les Bleus capables de couler à tout moment. Chaque offensive suisse est un supplice pour une assise défensive française totalement prise de vitesse par les intentions hélvètes. Il manque peut-être le viril Lucas Hernandez pour remettre de l’ordre dans la maison ? Sur le banc toute la rencontre, le latéral du Bayern Munich n’entrera jamais, sans doute toujours blessé après son coup reçu face au Portugal… Peut-être manque t’il un Corentin Tolisso, capable de gérer le gros temps faible tricolore pour rééquilibrer l’entrejeu… Ces questions resteront sans réponse car Didier Deschamps n’a pas jugé bon de rajouter un milieu supplémentaire histoire de créer le surnombre dans le coeur du jeu, mais plutôt de lancer l’inexpérimenté Marcus Thuram en lieu et place de Kingsley Coman, visiblement touché à la cuisse et qui refusait de sortir quelques minutes auparavant, se prenant même le bec avec le sélectionneur.

Toujours est t’il qu’à quelques secondes du terme, le pire se produit : sur un ballon perdu par Pogba, le Joker Mario Gavranovic, poison constant, hérite d’un ballon de Granit Xhaka à trente mètres, crochète Presnel Kimpembé et envoie une frappe vicieuse dans le soupirail de Hugo Lloris, impuissant.

3-3, prolongations.

Drôle de scénario, n’est-ce pas ?

Alors que Olivier Giroud avait fait son apparition un peu plus tôt suite à la sortie de l’ultra réaliste Karim Benzema, quid de Wissam Ben Yedder, zéro minute dans cet Euro alors que son apparition contre la Bulgarie en préparation avait été pour le moins intéressante ? Si l’on revient au second match de poule à Budapest, quid de Léo Dubois, laissé en tribune au profit d’un Jules Koundé lancé dans le grand bain suite au forfait de Benjamin Pavard face au Portugal, le défenseur central du FC Séville n’avait alors joué que trois petits matchs à ce poste dans sa carrière...

Choix pour le moins surprenants de Didier Deschamps…

 

Une efficacité quasi nulle sur coups de pieds arrêtés

 

En plus de tout le reste, c’est peut-être là que le bât blesse. Je n’ai pas entendu beaucoup de journalistes soulever le problème, mais il est à mon sens important de relever le manque cruel de réalisme sur coups de pieds arrêtés offensifs. Là où la « bande à Dédé » avait en grande partie construit son succès au Mondial russe, on a pu s’apercevoir qu’à part le pénalty obtenu par Mbappé contre le Portugal et transformé par Benzema, jamais l’équipe de France n’a su convertir ses différents coups francs ou corners. La faute à qui ? Un Rafael Varane dans le dur physiquement ? L’absence de Samuel Umtiti, si précieux en Russie et auteur du but salvateur face à la Belgique en demie ? Un Antoine Griezmann trop occupé à s’affairer sur les tâches défensives, laissant même Kylian Mbappé se charger des différents « cpa» ? Des adversaires peut-être aussi plus vigilants, ayant sûrement analysé les forces tricolores, évitant ainsi les fautes aux abords des trente derniers mètres pour ne pas subir ce qui avait été la grande force des hommes de « DD » en 2018 ? Toujours est-il que malgré quelques opportunités, le manque de réussite, d’automatismes et parfois même de conviction dans l’exercice fut assez flagrant.

 

Benzema a t’il déréglé la machine à marquer ?

 

Le débât est lancé à présent. Faut t’il tout rejeter sur le numéro 9 madrilène, étincelant au club merengue cette saison ?

Pour ma part, la réponse est claire : absolument pas. Ce serait même une grosse erreur.

Dans l’histoire du football professionnel, le premier à trinquer des mauvais résultats est toujours l’entraîneur, jamais ou très rarement le joueur.

Son retour en sélection a été reçu comme la vraie bonne nouvelle de l’avant-Euro à tel point que la Une du quotidien le plus lu de France en a fait ses choux gras.

« Le monde entier nous les envie » avec en gros plan le fameux trio infernal annoncé : Antoine Griezmann, Kylian Mbappé et Karim Benzema.

Sur le papier, effectivement l’association est alléchante et peu de sélections européennes peuvent se vanter de posséder trois joueurs de ce calibre actuellement.

Mais voilà, les limites de la culture foot de certains journalistes pervertis par le buzz fait que cette triplette n’a jamais fait ses preuves.

Parce que le football est d’abord et avant tout une question d’automatismes, pas une addition d’individualités. Aimé Jacquet le disait en 1998 après le sacre de la génération Zidane et s’est appuyé sur ce principe tout au long de la compétition pour aller chercher la première étoile nationale. Il avait évidemment raison.

Alors non, Karim Benzema n’est pas fautif, son attitude lors de l’Euro est même assez exemplaire et chacun des suiveurs du ballon rond le sait, cela n’a pas toujours été le cas. Il débloque son compteur sur un pénalty face au Portugal alors qu’il restait sur un échec face au Pays de Galles en amical, c’est le signe d’un grand attaquant qui prend ses responsabilités. Il aurait pu s’écraser et laisser la sentence à Antoine Griezmann – le préposé dans l’exercice – mais il y est allé et l’a converti. C’est le signe d’un joueur qui a grandi, mûri.

Ce soir là, il enchaîne avec un deuxième but, juste après la pause, sur une longue ouverture de Paul Pogba.

Mardi soir, au cœur de l’un des matchs les plus compliqués de sa carrière, il s’offre un nouveau doublé, un subtil piqué du gauche et un autre de la tête. Que peut t’on lui reprocher après ça ? Qu’importe la manière avec laquelle il est revenu, le travail est fait, fin de la discussion.

D’un point de vue personnel, mon avis sur son retour va peut-être vous surprendre.

Je m’étonne que personne ne se soit posé la question chez les quelques journalistes que j’ai entendu dernièrement de la complémentarité de ce trio autoproclamé « meilleur au monde » dixit Kingsley Coman avant le début des hostilités face aux allemands.

Lors de la Coupe du Monde, Didier Deschamps avait trouvé le bon dosage avec un Olivier Giroud dans un rôle de pivot, véritable point d’ancrage et rampe de lancement de Kylian Mbappé et Antoine Griezmann, chargé d’animer ce duo dans une sorte de numéro 10 à l’ancienne. Avec N’Golo Kanté et Paul Pogba comme doublette de récupérateurs, l’équilibre était parfait. Il faut également préciser et comme je le citais plus haut dans cet article, la pleine réussite du natif de Mâcon sur les pénalties. Si on occulte son coup franc sur la barre transversale contre l’Argentine, le milieu du FC Barcelone avait été parfait dans l’exercice, amenant constamment le danger dans la surface de vérité et si on prend l’exemple de son match contre l’Uruguay en quart de finale, c’est grâce à sa qualité de centre que Rafael Varane peut battre Muslera, le gardien de la Céleste.

 

Mbappé, le vrai problème ?

 

Le sujet porte à discussion et je pense qu’au vu de son actualité, nous n’avons pas fini d’en entendre parler. L’attaquant du Paris SG n’a pas su être efficace dans ce championnat d’Europe des Nations. Lui qui avait pourtant annoncé la couleur, se disant être celui qui voulait être le héros des Bleus. Il n’en a rien été. Les chiffres sont là pour le confirmer : zéro but en 4 matchs si on enlève son but refusé face à l’Allemagne en phase de poule. Une seule passe décisive, celle qui amène le but de Karim Benzema ce mardi soir. Le reste : une ribambelle de choix individuels et de déchet dans le dernier geste.

Mais où est donc passé le Kylian Mbappé si bluffant lors de ces années monégasques ? Où est passé sa fougue, son audace si impressionnante à la Coupe du Monde qui ont permis au Bleus d’écarter successivement ses adversaires jusqu’au sacre ?

Toutes ses qualités ont visiblement laissé place à un égo démesuré et une soif de prendre la lumière.

Quel dommage…

Après cette élimination, le natif de Bondy va devoir gérer son avenir, lui qui ne souhaiterait pas prolonger l’aventure au sein du club parisien.

Mais est t’il pour autant le vrai problème de ce fiasco ?

N’y a t’il pas un sélectionneur pour le recadrer et lui indiquer de se mettre au service du collectif ?

Didier Deschamps aurait t’il perdu l’autorité sur son vestiaire ?

Toutes ces questions seraient, à mon sens, intéressantes à être posées.

 

Deschamps, stop ou encore ?

 

La vraie question se situe peut-être là. Le champion du Monde 1998, champion d’Europe 2000, seul vainqueur de la Ligue des Champions avec l’Olympique de Marseille en 1993 et dernier champion de France avec le club phocéen en 2010 voit son avenir assez flou. Le Mondial 2022 est dans un an et la Fédération va devoir trancher assez rapidement. Si son palmarès parle pour lui, l’ancien milieu du FC Nantes se trouve aujourd’hui dans une situation complexe. Doit t’il continuer, avec la soif de revanche et l’orgueil du champion qu’il est pour tenter d’obtenir un second sacre mondial au pays du Moyen-Orient ou doit t’il passer la main et accepter la fatalité, à savoir la fin de son cycle ?

Un départ sonnerait comme l’acceptation d’un échec et lui donnerait assurément un sérieux tacle à son égo. Mais cela ne correspondrait t’il pas simplement au besoin de passer à autre chose ? A la tête des Bleus depuis 2012 en lieu et place de Laurent Blanc, « la Dèche » n’a t’il pas, plus que la désillusion Suisse, perdu plus qu’un match, à savoir tout un vestiaire ?

Sachant que de l’autre côté de la frontière, un homme dont les initiales sont connues de tous les fans de foot n’attend qu’une chose : reprendre le flambeau.

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