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Point de vue

Comment le Barça a pu tomber si bas

Qu’il semble loin le temps où le FC Barcelone de Josep Guardiola régalait la planète foot avec son fameux «tiki-taka», le duo infernal Xavi-Iniesta et le génie de Lionel Messi qui lui permettait d’enchaîner les Ballons d’Or. Qu’il semble loin le temps où le club blaugrana arrivait à aligner jusqu’à 10 titulaires de son célèbre centre de formation « La Masia » au coup d’envoi d’un match du championnat espagnol. C’était à Levante et nous étions le 25 novembre 2012. 

Un autre monde, une autre époque. Disons que c’était le monde d’avant. Neuf ans plus tard, le club catalan est au bord du précipice à cause d’une situation financière alarmante. L’objectif est désormais davantage de miser sur un sévère plan d’austérité plus que de conquérir un nouveau titre en Liga ou en Ligue des Champions. Comment le club cher à Johan Cruyff a t’il pu en arriver là ?


La gestion douteuse de Josep Bartomeu

 

Élu à la présidence du FC Barcelone en Janvier 2014, Josep Maria Bartomeu (pur catalan) est un chef d’entreprise qui gravite depuis 2004 dans l’environnement du club omnisports, souvent associé à Joan Laporta et Sandro Rosell à qui il a prit la succession suite à la démission de ce dernier, il y a cinq ans de cela.

Au delà de la crise économique actuelle, le FC Barcelone est également en pleine transition interne : « Barto » de son surnom, par ailleurs grand ami de Florentino Pérez (président du Real Madrid), a démissionné de son poste en octobre dernier. De nouvelles élections auront donc lieu le 7 mars prochain et le futur élu aura la (très) lourde tâche de reconstruire une équipe qui, on peut le dire sans trop prendre de risques, est tombée en lambeaux.

Beaucoup considèrent Josep Bartomeu comme le responsable actuel du déclin progressif du club et on doit admettre qu’il n’est pas vraiment connu pour ses coups de génie sur le marché des transferts ou pour sa vision pragmatique du football. Loin s’en faut. C’est même tout le contraire : transferts exorbitants, salaires mirobolants et procès pour corruption, dans le désordre.

La non-prolongation du contrat - entre autres - du latéral Brésilien Daniel Alves (parti libre à la Juventus Turin) et le lent déclin de certains cadres, le désormais ex-boss du Barça n’a pas fait que du bien à une équipe qui jusqu’en 2015, avait réussi à rester pérenne localement comme sur la scène européenne en alimentant son équipe première essentiellement grâce son centre de formation.

« La Cantera » tournait alors à plein régime avec l’émergence des Victor Valdes, Carles Puyol, Gerard Pique, Sergi Busquets, Sergi Roberto, Xavi Hernandez, Andres Iniesta, Jordi Alba et Pedro Rodriguez notamment. Du (très) beau monde, en l’occurrence. Puis vint donc à la présidence Bartomeu qui a rendu la Masia au simple rang de machine à cash, incapable depuis plusieurs années de sortir un seul joueur qui soit au niveau des stars. Fin de partie pour le club qui depuis s’enlise dans une crise économique sans précédent.

Je me souviens que dans le courant de l’année 2017, un journal hebdomadaire français avait utilisé le terme de « Réalification » en ce qui concerne la politique sportive du président.

Clin d’oeil au rival madrilène de toujours qui à l’époque achetait à tour de bras des stars à coups de centaines de millions d’euros pour grossir son effectif afin de remporter à nouveau la prestigieuse Ligue des champions. Pour moi ce terme est complètement approprié. Un autre média français très connu a récemment avancé que le huitième de finale retour contre le PSG en mars 2017 et la perte du Brésilien Neymar ensuite (transféré au club de la Capitale pour la somme record de 222 millions d’euros) a été le déclencheur de cette crise interne.

Sur ce point, je pense en réalité que le problème est plus complexe, bien qu’il y ait une part de vérité là dedans. Le processus de mondialisation de l’effectif catalan (qui touche beaucoup de clubs européens, petits comme grands) avait commencé bien avant. Quand par exemple Barcelone recrute Luis Suarez à Liverpool en 2014, il coûte 81 millions d’euros et nous sommes trois ans avant la fameuse remontada face au PSG. La preuve donc que la politique sportive « Galactique » de Bartomeu et sa bande – il a nommé Eric Abidal en juin 2018 comme directeur sportif à la place de Roberto Fernandez, qu’il a licencié en août 2020 après la débâcle contre le Bayern Munich en Ligue des Champions était déjà enclenchée. Mais il est fort possible que la vente de Neymar à Paris ait aggravé la situation, le Barça étant peut-être touché dans son égo et la mauvaise gestion sportive qui a suivi explique la boulimie d’achats qui a eu lieu.

Car les transferts qui ont été effectués ensuite donnent, sur ce point, raison à ce média. Philippe Coutinho (160 millions d’euros), Ousmane Dembélé (145 millions) et Antoine Griezmann (120 millions) tout bonus compris, ont entre autres été recrutés après le départ de la star auriverde avec à la clé des salaires mirobolants qui plombent clairement aujourd’hui les finances du club catalan.

Ainsi, à la suite d’un audit financier réalisé par le cabinet d'expertise Ernst & Young, le club doit la somme vertigineuse de 200 millions d’euros aux écuries à qui il a acheté les joueurs en question.

Cela concerne particulièrement les cas du Brésilien Coutinho auquel le club anglais de Liverpool attend toujours de percevoir son chèque de 70 millions d’euros ainsi que de Malcolm, dont les Girondins de Bordeaux n’ont pas vu la couleur des 20 millions qui leur reste à recevoir du transfert réalisé en 2018 (sachant qu’il a été acheté le double). On peut aussi nommer l’Ajax Amsterdam, qui doit encore percevoir 64 millions suite à la cession de son milieu batave Frenkie De Jong (acheté, lui, plus de 90).

Et je passe sur l’échange payant lunaire entre le Brésilien Arthur Melo et le milieu international Bosnien de la Juventus Turin, Miralem Pjanic, dont même certains journalistes bien placés au club se demandent encore comment cette opération a pu se réaliser.

Ajouté à cela le salaire XXL de Lionel Messi dû à sa prolongation de contrat en novembre 2017, vous obtenez cette dette abyssale qui étrangle le club blaugrana. 

Mais pour connaître les raisons du juteux nouveau bail de l’Argentin, il faut revenir quelques années en arrière.


La fin de l’ère Guardiola et le début du déclin

 

Quand la « MSN » se forme en 2014 et écrase tout sur son chemin, réussissant au passage le triplé Championnat-Coupe-Ligue des champions (la seconde fois de l’histoire du club après 2009), le trio offensif composé donc de Neymar, Luis Suarez et Lionel Messi a capté toute l’attention mais a surtout fini par faire perdre l’identité retrouvée par le passage de « Pep » Guardiola.

Un milieu vieillissant et défaillant, qui a perdu en qualité avec les départs de Xavi Hernandez et Andres Iniesta sans compter celui de Javier Mascherano, joueur à mon sens indispensable à l’équilibre de l’équipe et que j’ai toujours trouvé assez sous-côté.

On ne peut pas dire que les joueurs qui les ont remplacés ont été à la hauteur des attentes.

Le pressing haut et l’intensité imposée à l’adversaire à la récupération du ballon qui faisait sous l’ère Guardiola la principale force des Blaugrana a laissé place à une stratégie basée sur la verticalité et le jeu direct.

Que ce soit Tito Vilanova, Gerardo Martino, Ernesto Valverde, Quique Setien ou aujourd’hui Ronald Koeman, aucun de ces entraîneurs ne sont parvenus à faire perdurer l’idéologie de jeu de « Pep ».

Aujourd’hui, si l’on regarde un match de Barcelone, on peut remarquer que le jeu de possession est stérile et assez mono-rythmique, les milieux sont présents à l’image de Frenkie De Jong mais manquent de tonicité et de poids offensif. On préfère rechercher Messi en premier choix plutôt que de construire la séquence de jeu à partir des milieux. C’est un petit peu le problème du club catalan.

Quand l’Argentin a le ballon, son jeu devient presque caricatural et on retrouve ainsi souvent le même circuit préférentiel: Messi – Jordi Alba – Griezmann. Le début de saison de la Pulga est au niveau statistique le pire depuis son apparition dans le groupe professionnel et ce n’est évidemment pas un hasard.

Comme j’en parlais avec un spécialiste du club il y a peu, le problème du sextuple ballon d’or est que l’équipe entière repose encore sur lui aujourd’hui malgré ses 34 ans.

Pour comprendre clairement les choses, après la perte de Neymar, « blinder » l’Argentin avec un contrat hallucinant auréolé d’une clause libératoire de 700 millions d’euros était la seule possibilité pour ne pas se risquer de perdre l’international albiceleste et également de voir s’envoler une grosse partie des recettes du club, car en plus d’être le meilleur buteur de l’histoire du FC Barcelone, Lionel Messi est une attraction à lui seul et il est le joueur plus rentable dans le monde du football (comme je l’explique plus bas).

Seulement voilà, pour l’enfant de Rosario, plusieurs consultants disent que les problèmes internes qui résident au club l’empêchent de lancer véritablement sa saison. Comme chaque suiveur du club catalan le sait, les conflits entre Messi et sa direction ne datent pas d’hier. Malgré la démission de Bartomeu en début de saison, cest un combat de coq qui s’est installé et il suffit de voir ce que l’état major a fait au joueur l’été dernier (création de faux comptes sur les réseaux pour le déstabiliser) pour comprendre les velléités de départ de « La Pulga ». Ca, c’est pour le côté coulisses et sur le terrain, mon avis est qu’il est nostalgique de l’époque où il évoluait avec des joueurs qui le comprenaient. Car l’Argentin est un soliste et sans connaître son jeu, il est difficile de tirer le maximum de son potentiel. Ce que je remarque, pour l’avoir suivi depuis ses débuts, c’est surtout le fait qu’il ne s’identifie plus dans ce club et sa façon de jouer le montre. Même s’il semble avoir trouvé une certaine complicité avec Antoine Griezmann, le jeune Pedri – débarqué cet été de Las Palmas – ainsi que Oscar Mingueza, on peut voir qu’il n’arrive plus à atteindre son rythme de croisière et le départ l’été dernier de Luis Suarez n’a rien arrangé à la situation.


Un salaire qui fait débat


Ce dimanche a paru à la Une du quotidien espagnol El Mundo Deportivo le chiffre du montant du salaire annuel que l’argentin a signé en 2017. J’ai pu lire dans les nombreuses réactions l’onde de choc que cela a produit. Les gens, en majorité, accusent le joueur de s’enrichir sur le dos du Barça et d’avoir volontairement creusé la dette du club.

Mais, comme j’en ai parlé plus haut, ces personnes là se demandent t’elles combien il rapporte ? Selon une source assez fiable, la Cadena Ser, l’attaquant générerait un peu plus d’un milliard d’euros depuis quatre ans et selon Juan Laporta, l’ancien taulier du Barça – interrogé par la radio locale RAC1 - l’Argentin remplirait même les caisses du club jusqu’au tiers.

Si on fait un rapide calcul, on se rend compte que 1,2 milliard de revenus – chiffre annoncé par le média espagnol - par rapport à une prolongation de contrat correspondant à la moitié de cette somme, le tout étalé sur quatre saisons, montre que le joueur rapporte bien plus qu’on peut le croire et pas uniquement à Barcelone. L’ex international argentin Pablo Zabaleta confirmait cela dans un entretien au journal La Nacion en mars de l’année dernière : « Messi est un produit qui génère des millions, et le football argentin devra lui en être reconnaissant toute sa vie ».

Suivant ce témoignage et malgré l’extension de contrat qui peut en choquer plus d’un, Lionel Messi n’est en rien responsable de la situation économique actuelle des blaugrana.

Le vrai débat, à mon sens, serait plutôt : ne valait t’il pas mieux le vendre l’année dernière afin de se soulager d’un salaire énorme et tenter de reconstruire l’équipe en repartant avec l’éclosion de nouveaux jeunes issus de la fameuse « Masia » ?

Surtout que le meneur de jeu de 34 ans a souhaité quitter le club l'été dernier après l'humiliation subie par le Bayern Munich à Lisbonne.

Mais selon Bartomeu lui-même, interrogé lors de l'émission "La Ultima Hora", le salaire de Messi ainsi que les bonus qui l'accompagnent sont mérités et n'auraient pas été un problème si la pandémie n'avait pas eu lieu.


Le club peut t’il faire faillite ?


 

Alors évidemment, avec une telle dette, n’importe quelle entreprise déposerait le bilan dès demain, sauf qu’une équipe de football n’est pas une simple société, encore plus quand il s’agit d’un club mondialement institutionnalisé comme le FC Barcelone. Selon un spécialiste de l’économie du sport, Pierre Rondeau, interrogé par Le Parisien ce mois-ci, la faillite du Barça est « impossible », il explique : " Le club ne peut pas s'écrouler, Il a un tel rayonnement à travers le monde qu'il trouvera des investisseurs potentiels qui seront prêts à avancer des fonds en misant sur un redressement ».

Il faut également rappeler que le club catalan est une société à but non lucrative détenue par « les socios » : ses abonnés.

En cas de reprise, il devra changer de statut et comme je l’ai écris en préambule, viser une gestion austère des finances jusqu’à retrouver son équilibre économique.

Le FC Barcelone, cette équipe centenaire au plus grand palmarès d’Espagne et quintuple vainqueur de la Ligue des champions, va donc devoir manger son pain noir pendant quelques temps avant d’espérer retrouver un jour le statut qu’il eut dans son glorieux passé.


 

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