Rubrique
Longread

Diego Maradona, portrait d'un génie du football

Véritable légende en Argentine depuis sa victoire en Coupe du monde 1986, aussi décrié pour ses frasques qu’adoré pour ses exploits, Diego Maradona décédait le 25 Novembre 2020 à l’âge de 60 ans. Portrait de d’un virtuose du football et d’un homme au destin hors du commun.
 

22 JUIN 1986 : LORSQUE L’HOMME DEVINT « DIEU »

À 25 ans et au sommet de son art, Diego Maradona participe avec son pays à la Coupe du monde 1986 organisée au Mexique. Après un début de compétition réussi de son capitaine (un but et quatre passes décisives), l’Argentine affronte l’Angleterre dans un quart de finale sous haute tension. Quatre ans plus tôt, la guerre des Malouines a opposé les deux pays dans l’Atlantique sud, et la défaite a été vécue comme une humiliation par les Argentins, qui ont soif de revanche. « Battre les Anglais sera une double satisfaction pour ce qui s’est passé aux Malouines » déclare le gardien Argentin en avant-match. Le tabloïd anglais The Sun prévient de son côté un « débarquement de 5000 hommes » à Mexico. Le 22 juin, l’atmosphère est électrique, la chaleur étouffante, et les 115 000 spectateurs du Stade Azteca s’apprêtent à assister à un match de légende. En première mi-temps comme depuis le début du mondial, le gaucher est en mission et se démène sur le front de l’attaque pour mettre en difficulté la défense anglaise. Les nombreuses fautes de cette dernière empêchent cependant l’Albiceleste de concrétiser sa domination.

Au retour des vestiaires, le capitaine argentin va sceller le sort de la rencontre en quelques minutes. À l’issue d’un dégagement hasardeux de la défense anglaise, le gardien Peter Shilton sort, mais est devancé par le petit Maradona (1,65 m), qui propulse le ballon dans les filets et célèbre son but. Si les ralentis ne laissent aucun doute sur le fait que l’Argentin touche le ballon de la main, l’arbitre de la rencontre Ali Bennaceur ne le remarque pas. Malgré les protestations anglaises il accorde le but, l’Argentine mène 1-0. L’histoire pourrait s’arrêter là et déjà faire partie de tous les livres de foot, mais ce serait mal connaître le numéro 10 argentin. À peine 3 minutes plus tard, alors que les Anglais sont encore sous le choc, il va marquer une nouvelle fois le match de son empreinte. À la réception d’une passe dans sa propre moitié de terrain, il se dégage du marquage de Beardsley balle au pied, se retourne pour dribbler Reid, accélère sur la droite, dribble Butcher, crochète Fenwick, élimine une nouvelle fois Butcher et termine son épopée en feintant le gardien Shilton pour marquer dans le but vide. Le stade exulte. Maradona vient d’inscrire le « but du siècle » quelques minutes après une tricherie manifeste, symbole d’un personnage mi-ange, mi-démon. Malgré la réduction du score de Lineker, l’Angleterre ne reviendra pas. Quatre ans après, l’Argentine tient sa revanche sur « l’impérialisme » britannique. A propos de sa main, il déclare «  Ce qui se passe, c'est que Shilton est sorti le poing en avant, mais je n'ai aucun doute que j'ai frappé le ballon de la tête : j'ai même un bleu sur le front qui peut en attester... Ce geste, je l'ai fait avec la tête de Maradona et la main de Dieu  ». L’art de la réplique, plus ou moins bien sentie, c’est aussi cela qui fait le personnage. La « main de Dieu » est née, une légende aussi.

En demi-finale l’Argentine affronte la Belgique, une rencontre dont Maradona marque les deux buts. Une performance encore plus belle que contre l’Angleterre pour certains. Puis l’Argentine battra ensuite l’Allemagne au terme d’un match serré au cours duquel le numéro 10 argentin sera passeur décisif sur le but victorieux. Diego Maradona soulève la Coupe du monde et rejoint le panthéon du football mondial.

VILLA FIORITO, LÀ OÙ TOUT COMMENCE

L’histoire prend racine le 30 octobre 1960 à l’hôpital Eva Perón de Lanús, dans la banlieue Sud de Buenos Aires. Diego Maradona « Don Diego » et Dalma Franco « Doña Tota » assistent à la naissance de leur premier fils, Diego. Quelques mois plus tôt, le couple a émigré de la province de Corrientes, dans le Nord du pays, afin de trouver du travail dans une usine de la capitale argentine.

Le jeune Diego grandira à quelques pas d’ici, à Villa Fiorito, un bidonville surpeuplé. Cette enfance modeste, entouré de ses 7 frères et sœurs avec qui il partage la seule chambre de la petite maison familiale, est d’ailleurs ce qui façonnera une partie du mythe Maradona. Il déclarera plus tard à ce propos « J'ai grandi dans une résidence privée... Privée d'eau, d'électricité et de téléphone ».

Tout jeune, il tape dans tout ce qui ressemble de près ou de loin à un ballon « Une orange, des boules de papier ou de chiffon », puis il reçoit sa première pelota (balle) à l’âge de 3 ans. C’est sur les potrero, terrains vagues où la terre battue se mélange au débris, que « Dieguito » apprend à jouer, avant que son père ne crée un petit club de quartier nommé Estrella roja (L’Etoile Rouge). C’est là, aussi, que son père lui donne son premier surnom, Pelusa (la peluche), en raison de sa tignasse brune. S’il présente un piètre niveau à l’école, il n’en est rien sur les terrains, puisqu’à 10 ans le jeune garçon est repéré par un recruteur d’Argentinos Junior lors d’une journée de détection.

L’ECLOSION D’UN « GAMIN EN OR »

Il intègre alors l’équipe des Cebollitas (équipe des moins de 14 ans) du club, et devient un phénomène local. Les supporters paient pour le voir se produire à la mi-temps des matchs de première division, durant laquelle il épate la galerie en jonglant tantôt avec un ballon, tantôt avec une orange. À 12 ans, il déclare à la télévision argentine, venue l’interviewer « J'ai deux rêves, disputer une Coupe du monde, et la remporter ».

La presse argentine annonce l’avènement d’un « crack ». Celui qu’elle surnomme désormais El Pibe de Oro (Le gamin en or) revêt pour le première fois le maillot d’Argentinos Junior peu avant ses 16 ans, devenant ainsi le plus jeune joueur professionnel de l’histoire. Bientôt, il devient titulaire et ses performances l’amènent à être retenu par le sélectionneur argentin de l’époque, César Menotti. Il dispute son premier match avec l’Albiceleste contre la Hongrie, à l’âge de 16 ans, battant là encore un record de précocité. Permettant à son club qui croupissait jusqu’alors en bas de classement de devenir l’un des cadors de la ligue, El Diez (le 10) vit cependant en 1978 « le pire jour de sa carrière » lorsque le sélectionneur Argentin ne le retient pas pour jouer la Coupe du monde 1978, organisée en Argentine par le dictateur Videla. Menotti justifie cette absence par son jeune âge mais la pilule ne passe pas pour celui qui est privé réaliser son rêve, jouer un mondial, à domicile qui plus est. Plus tard, il s’exprimera « Je n’ai jamais pardonné à Menotti, et je ne lui pardonnerai jamais ». Supporter et patriote, il assiste tout de même aux matchs de la compétition, et se trouve dans le stade lorsque l’Albiceleste bat les Pays-Bas pour décrocher la première Coupe du monde de son histoire.

Loin d’être abattu par cette désillusion, la saison suivante marquera un tournant dans la carrière de Maradona, qui à défaut d’offrir le titre à son club, termine meilleur buteur de première division. Le sélectionneur argentin le convoque pour deux échéances de fin d’année, une tournée européenne avec l’équipe d’Argentine, et au mondial des moins de 20 ans à Tokyo. Lors de la tournée européenne, il marque son premier but en sélection, mais surtout les esprits de ceux qui le voient jouer. La presse européenne, qui le découvre, l’annonce déjà comme le futur meilleur joueur du monde. Lors de la Coupe du monde espoirs, le meneur de jeu confirme et termine meilleur joueur de la compétition (remportée par l’Argentine face à l’URSS 3 buts à 1). Au terme de cette saison exceptionnelle, le gaucher est sacré Ballon d’or argentin 1979. Le FC Barcelone, désirant trouver un successeur à sa star Johan Cruyff parti un an auparavant, lui offre déjà un contrat avant d’engager finalement Allan Simonsen. Dans une interview pour France Football, Maradona réplique avec sa franchise habituelle « Ils m'ont fait une offre : s'ils en ont finalement engagé un autre, c'est leur affaire ».

À défaut de poursuivre sa carrière en Europe, le génie argentin joue une nouvelle saison, sa dernière avec Argentinos Junior, au cours de laquelle il ne parvient toujours pas à remporter le championnat. River Plate, club de la banlieue nord de Buenos Aires soutenu par les classes huppées (les supporters sont surnommés « Los millionarios ») lui fait une offre, qu’il refuse pour rejoindre l’ennemi juré Boca Junior. À 21 ans, après 115 buts marqués en 166 matchs avec son club formateur, « El Diez » rejoint le club symbole des classes populaires de Buenos Aires. Une forme de logique en soi.

Maradona ne joue qu’une saison sous les couleurs bleu et or des Xeneizes, au cours de laquelle il marque 28 buts en 40 matchs, mais surtout Boca remporte le championnat. Il met également un point d’honneur à battre River Plate lors du Superclásico en marquant deux buts et étant décisif sur le dernier. Le sentiment du devoir accompli, Diego peut désormais quitter l’Argentine. Il rejoint l’Espagne et le FC Barcelone pour un montant record à l’époque…

L’AMÈRE EXPÉRIENCE ESPAGNOLE

Avant de jouer pour l’équipe catalane, Maradona réalise enfin son rêve en étant sélectionné pour jouer la Coupe du monde 1982 en Espagne. Malheureusement ses premiers pas en Espagne se passent mal, puisque l’Albiceleste est éliminée prématurément et que Maradona est expulsé lors du dernier match après avoir asséné un coup de pied dans le ventre du Brésilien Batista.

Annonciateur de la suite de son aventure espagnole ? Peut-être. Car à l’heure de la Furia Roja, le championnat espagnol est réputé pour la rudesse de son jeu et les défenseurs prennent un malin plaisir à titiller les chevilles de l’Argentin. L’inévitable blessure se produit contre Bilbao lorsque Goikoetxea brise la cheville du numéro 10 barcelonais. Elle l’éloigne des terrains durant plusieurs mois au cours desquels il commence à consommer de la cocaïne lors de ses sorties nocturnes. Finalement sacré meilleur joueur de la saison en 1983, il continue l’aventure barcelonaise pour une année supplémentaire. Une saison en dent de scie que le Pibe de Oro conclut en retrouvant son bourreau Goikoetxea en finale de Coupe du Roi. Sous les yeux de Juan Carlos, il déclenche une bagarre générale qui entérine son divorce avec l’Espagne. Maradona doit partir.

NAPLES, l’HISTOIRE D’AMOUR

« J'attends un peu de tranquillité et surtout du respect » tels sont les mots de la star lorsqu’elle débarque dans la baie de Naples au cours de l’été 1984. Pour la tranquillité napolitaine, on repassera. En revanche, le respect est un doux euphémisme de la relation qui unira les Napolitains à Maradona. Sous un soleil de plomb, l’Argentin est présenté en grande pompe au stade San Paolo devant plus de 70 000 supporters encore sous le choc que leur club, modeste pensionnaire de Serie A, ait pu s’offrir la star argentine à prix d’or. À l’époque déjà, des rumeurs racontent que c’est la Camorra (Mafia napolitaine) qui aurait permis de payer les millions nécessaires au recrutement de l’attaquant. Les rumeurs et critiques seront de courte durée, et Maradona y mettra terme sur son lieu d’expression favori, le terrain. Telle une rock star, il se produit chaque semaine devant plus de 70 000 spectateurs dans un stade en ébullition. Match après match, saison après saison, le petit numéro 10 trapu éblouit les supporters par son toucher de balle. Il déclare à propos de Naples « J'ai tout de suite aimé cette ville, car elle me faisait penser à mes origines » Avec Giordano et Careca, la star argentine forme la MaGiCa, le trio d’attaquants du moment. Lorsque Naples remporte enfin son premier Scudetto (Championnat d’Italie) en 1987, la ville entière célèbre son « Roi » Maradona, jusque sur les murs d’un cimetière où l’on peut lire au lendemain du titre «  Vous ne savez pas ce que vous ratez  ». Durant trois saisons encore, le club de Campanie vivra la période la plus faste de son histoire. Pour la première fois Naples impressionne, et à défaut des grondements du Vésuve, ce sont désormais ceux du stade San Paolo qui rythment la cité du sud. L’Italie du nord ne supporte pas la success story napolitaine et les banderoles racistes telles qu’« Hitler, tu as oublié les Napolitains » se multiplient dans les stades. Mais rien n’y fait, plus que des titres, c’est leur fierté que Maradona rend aux Napolitains. Idole des tifosi, il devient celle du peuple napolitain tout entier, se pose porte-parole des classes populaires et en effigie du Sud face au Nord. De El Diez, Maradona est désormais appelé Dios (Dieu) et des dizaines de fresques de son visage jonchent les murs de la ville. Son train de vie dispendieux et ses liens avec la mafia lui sont pardonnés, ses excès aussi.

Puis le roi Maradona devient empereur lorsqu’il conquiert l’Europe en 1989. Il remporte avec le Napoli la coupe de l’UEFA. Opposé au Bayern Munich en demi-finale, l’ancien joueur de Boca s’illustre dès l’échauffement, jonglant lacets défaits au rythme de Live is Life, que les enceintes font retentir dans le stade. Mythique. En finale face à Stuttgart, il livre une performance magistrale lui valant la note de 10 de la part de la Gazzetta dello Sport. Naples et son prodige tiennent enfin leur titre européen. Mais à l’aube de ses 30 ans, la folie napolitaine épuise l’Argentin. Épié dans ses moindres faits et gestes, ne pouvant presque plus sortir dans la rue, Maradona songe à partir. Il est tout proche de rejoindre le Marseille de Bernard Tapie pour plus de tranquillité, mais la Camorra menace le président du club de Naples de le pendre sur une place de la ville s’il accepte le transfert. Marche arrière, le transfert est annulé, l’histoire d’amour peut continuer… L’année suivante, en 1990, Naples et son meneur de jeu gagneront un second Scudetto.

Après sa victoire en Coupe du monde 1986, l’Argentine de Maradona remet son titre en jeu lors de l’édition 1990, qui se déroule en Italie. Cependant, le jeu de l’équipe et de sa star ont bien changé. L’Albiceleste est proche de l’élimination au premier tour et Maradona, qui se démenait sur tout le front de l’attaque quatre ans auparavant, est cette fois-ci cantonné au rôle d’attaquant axial, devant jouer dos au but. Il n’inscrit aucun but au cours de la compétition mais qualifie tout de même sa nation aux tirs au but pour la demi-finale contre l’Italie… à Naples. Plus que jamais il divise l’Italie, et lance la guerre médiatique «  C’est dingue... Pendant 364 jours, on fait sentir aux Napolitains qu’ils ne sont pas des Italiens comme les autres et là, on leur demande de donner l’exemple et d’être de vrais Italiens... Il y a des choses que je ne comprends pas.  ». Le jour du match, malgré une petite partie d’irréductibles, la majorité du stade supporte non pas son idole mais sa nation. « Maradona, Naples t'aime, mais l'Italie est notre patrie » peut-on lire dans les gradins. Une partie des spectateurs siffle l’hymne argentin, puis son numéro 10 lorsqu’il reçoit le ballon, mais ne peut empêcher l’Argentine de se qualifier en finale et sa star d’exulter. La finale justement oppose une nouvelle fois l’Argentine à l’Allemagne, mais le scénario ne sera pas le même que quatre ans plus tôt. L’hymne argentin est copieusement sifflé par le stade olympique de Rome. Maradona, le poing serré, réplique « Hijo de puta… » face à la caméra. L’arbitre est proche de l’expulser avant même le début du match. Ce match, l’Argentine ne rentrera jamais vraiment dedans, et le perdra sur le plus petit des scores, 1-0 sur un penalty encaissé à 5 minutes du terme. Lorsque le coup de sifflet final retentit dans l’antre romaine, le capitaine argentin s’écroule et fond en larmes, puis annonce devant la presse «  C’était la dernière fois que je portais le maillot argentin ». Le mondial 1990 marquera le début de la fin de l’histoire d’amour entre Maradona et Naples, entre Maradona et le football peut-être.

Url de la ressource

La saison suivante sera la dernière du Diez sous les couleurs bleues du Napoli. Son nom fait désormais davantage les titres de la presse à scandale que ceux des journaux sportifs. Il est cité dans un vaste trafic de drogue opérant entre la France et l’Italie. En cours de saison, Maradona est contrôlé positif à la cocaïne et suspendu 15 mois. Celui qui était arrivé dans un stade en feu 7 ans auparavant repart dans l’anonymat, quittant précipitamment le sud de l’Italie pour se réfugier dans son pays natal. Le début d’une longue descente aux enfers pour le génie argentin.

LÉGENDE DÉCHUE

À peine rentré au pays, il est de nouveau arrêté et incarcéré. Puis le joueur est officiellement transféré à Séville. Les supporters napolitains n’auront donc jamais eu l’occasion de dire adieu au meilleur buteur de l’histoire de leur club. Après une saison correcte, il rentre en Argentine, pour de bon cette fois, aux Newell's Old Boys. Au terme d’une saison où il ne joue que 5 matchs, la légende de 33 ans est sélectionnée pour la Coupe du monde 1994. Pour le plus grand bonheur de ses fans, il rompt sa promesse de ne plus porter le maillot ciel et blanc, et dès le premier match, le phoenix renaît de ses cendres. Comme si le maillot argentin était désormais le seul costume permettant à Diego de redevenir Maradona. Au terme d’un triple une-deux, il frappe et marque, en pleine lucarne, un dernier but d’anthologie. L’extase sera cependant de courte durée puisque quelques jours plus tard on annonce que le meneur de jeu a été contrôlé positif, à l’éphédrine cette fois, et qu’il est par conséquent exclu de la compétition.

Désormais déchue, la légende s’en va terminer sa carrière dans son club de cœur, Boca Junior. Trois saisons durant lesquelles un gaucher en surpoids rongé par la drogue a remplacé celui qui jadis martyrisait les défenses. En 1997, Maradona fait appel au vertueux Ben Johnson pour se remettre en forme, et est une nouvelle fois contrôlé positif à la cocaïne, il est temps d’arrêter. Lorsqu’il annonce sa retraite le jour de ses 37 ans, c’est presque un soulagement. Mais l’Argentine sait honorer ses légendes et lorsque Diego fait ses adieux à la Bombonera, les pleurs et les chants à sa gloire se succèdent durant de longues minutes.

ENTRE ENTRAÎNEUR ET CARICATURE

L’après-carrière de Maradona sera majoritairement rythmée par les ennuis de santé et les déclarations incendiaires. Quelques mois après avoir raccroché les crampons, en 2000, Diego Maradona est victime d’un premier arrêt cardiaque à la suite d’une overdose. Fidel Castro son « second père » comme il l’appelle, l’enjoint alors à venir faire une cure de désintoxication à Cuba. Car si depuis de longues années Maradona se revendique de gauche, arborant notamment un tatouage du « Che », il devient alors l’ami de nombreux dirigeants sud-américains. Le néo-retraité soutient tour à tour Castro, Chavez ou Kirchner, critique dès qu’il le peut l’Amérique de Bush, allant jusqu’à arborer un tee-shirt le traitant ce dernier de « criminel de guerre ». En 2004 rebelote, après avoir assisté à un match de Boca, Diego subit une nouvelle crise cardiaque qui le laisse à la limite de la mort. Une nouvelle fois, nombreux sont les Argentins qui se massent et prient devant l’hôpital où Maradona lutte pour la vie. Une nouvelle fois, il s’en sort, puis subit un pontage gastrique qui lui fait perdre une cinquantaine de kilos. Jamais il ne niera son addiction à la cocaïne, et préfèrera en plaisanter «  Il est évident que je suis en connexion directe avec le grand barbu » confiera t-il à propos de ses nombreux ennuis de santé. Les années suivantes, l’état de santé de l’ancien footballeur semble s’être amélioré. Il présente d’abord des émissions de variétés, puis est à l’affiche de la version italienne de Danse avec les stars en 2005. La même année, il fait son retour à Naples, ville qui l’a tant aimé. Lorsqu’on annonce « Et voici maintenant celui qui nous a fait tant gagner…», le San Paolo revient vingt ans en arrière et rugit comme un seul homme. Que l’attente de Diego fut longue. Cultivant sa rivalité avec Pelé pour le titre de meilleur joueur de l’histoire, il provoque « Si je ne m'étais pas drogué, on ne parlerait même pas de Pelé ».

« Dans ma clinique, il y en a un qui se prend pour Napoléon et l’autre qui croit être Robinson Crusoé. Et moi, ils ne me croient pas quand je dis que je suis Maradona. »

Diego Maradona, parlant de sa cure de désintoxication en 2004

Son retour dans le monde du football ne se fait réellement qu’en 2008 lorsqu’il est nommé sélectionneur de l’équipe d’Argentine. Seulement, Maradona l’entraîneur ne vaut pas le joueur, et les critiques à son encontre ne tardent pas. Alors que l’Argentine compte son successeur désigné (Lionel Messi) dans ses rangs, elle se qualifie péniblement pour la Coupe du Monde 2010. A la suite du match, le sélectionneur dérape « Continuez à me la sucer ! » à l’attention de ses détracteurs, provoquant un scandale en Argentine. S’en suivra une élimination prématurée à la Coupe du monde (défaite 4-0 face à l’Allemagne en huitièmes de finale), et le sélectionneur sera évincé de la sélection. D’autres expériences d’entraîneur se multiplieront, sans succès, dans de modestes clubs et sélections aux quatre coins du monde. Maradona apparaît de plus en plus marqué, et est de plus en plus encombrant, comme lors du mondial 2018. Visiblement pas dans son état normal, il exulte lorsque Messi donne l’avantage aux siens, puis s’endort en cours de match, avant d’insulter et de brandir deux doigts d’honneurs aux supporters nigérians lorsque Rojo qualifie l’Argentine. Néanmoins, Ramiro Pantorotto résume l’opinion de nombreux argentins « On a parfois un peu honte de lui, mais on accepte ses contradictions. Pour beaucoup d’Argentins, il est comme un membre de la famille. Et l’on pardonne tout à la famille  ». La chanson « La Mano de Dios » de Rodrigo raconte l'incroyable vie de Maradona, et reflète la passion entourant le mythe. Après une expérience mitigée dans un club de deuxième division mexicaine, Diego revient au pays pour entraîner le Gimnasia La Plata, alors bon dernier du championnat Argentin. Dès lors, la folie Maradona s’empare de la ville. 30 000 socios assistent au premier entraînement qu’il dirige. Avec le club, la légende argentine se lance alors dans ce qui ressemble a posteriori à une tournée d’adieu à travers les stades argentins. Peinant à marcher, la voix faible, et le visage bouffi, semblant presque embaumé, Maradona parvient tout de même à électriser les foules lorsqu’il pénètre sur le terrain pour la saluer. La popularité de l’ancien numéro 10 est telle qu’elle a inspiré un dicton en Argentine « Si Maradona se balade avec le Pape, on demandera : Qui est celui qui marche avec Diego ? ». Comme un symbole, il dirige l’un de ses derniers matchs à la Bombonera, où son équipe affronte Boca junior, qui doit l’emporter pour gagner le titre. Boca gagne et remporte le titre pendant que Maradona reçoit un énième et vibrant hommage, le dernier, de la part de ses plus fervents supporters. La pandémie de Covid-19 stoppe la saison et l’empêche de diriger plus de matchs. Début novembre, Diego Maradona se faisait opérer d’un hématome au cerveau, avec succès. Il était ensuite resté en convalescence dans sa villa de Tigre, où il s’était éteint il y a un an.

Dès lors, de nombreux hommages de la planète football avaient afflué, trois jours de deuil national avaient même été décrétés en Argentine, et des millions de personnes s’étaient rendus à la Casa Rosada afin de lui rendre un dernier hommage. Son compatriote Omar Da Fonseca résumait alors la pensée de nombreux amoureux du football à son égard « Je ne te juge pas pour ce que tu as fait de ta vie mais je t’aime pour ce que tu as fait avec la notre ». 

Url de la ressource
Application Mobile

Téléchargez Encrage Media sur votre mobile pour ne pas manquer nos dernières publications !

Commentaires

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.
Image CAPTCHA
Saisir les caractères affichés dans l'image.