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Point de vue

Faut t’il boycotter la Coupe du Monde 2022 ?

Les chiffres du Guardian

 

Dans un premier temps et avant de lancer tout débat, intéressons nous à l’article du journal britannique qui a sorti l’info lors de son numéro du 23 février 2021 : https://www.theguardian.com/global-development/2021/feb/23/revealed-migrant-worker-deaths-qatar-fifa-world-cup-2022.

Ce n’est pas moins le nombre de décès qui surprend que les chiffres qui y sont énoncés ainsi que la politique de cette petite péninsule qui n’hésite pas à faire travailler de force les migrants étrangers arrivant sur son sol.

Avec témoignages à l’appui, nous pouvons constater dans ce document l’opacité de la situation et les doutes que l’on peut légitimement soulever quant à ce fameux nombre de victimes annoncé. Sans même lire jusqu’au bout, on peut penser que les chiffres sont quelque peu sous-évalués.

 

Le Business avant tout

 

Ouvrons donc ce dossier et posons-nous les bonnes questions. Fernando Santos, le sélectionneur du Portugal champion d’Europe en titre a déclaré la semaine dernière qu’il fallait y aller pour faire front. Les joueurs de la sélection allemande ont quant à eux exhibé fièrement leur t-shirts « Human Rights » avant le coup d’envoi de leur rencontre face à la Roumanie, de même que les Norvégiens.

C’est un frémissement, chacun y va de son idée pour dénoncer les conditions dans lesquelles plus de 6500 personnes ont trouvé la mort en construisant les enceintes qui serviront d’outil de travail aux futures 32 nations qui disputeront la plus belle des compétitions sportives au Monde dans un peu plus d’un an. 

Pour se rendre compte, 6500 personnes, c’est l’affluence moyenne d’un stade de football de Ligue 2.

Imaginez vous jouer au foot dans un cimetière ?

Le business dans le football d’aujourd’hui est devenu si important et si lucratif qu’il prend en otage les joueurs dont le métier est aussi pour beaucoup une passion, un dévouement et des sacrifices de toute une vie.

Avec les gens qui le dirige, le ballon rond n’est plus au cœur des discussions depuis longtemps, il est devenu le support d’un sport qui génère suffisamment d’argent dont la moitié - dans une société saine et sereine – suffirait par exemple à régler le problème de la famine en Afrique en une grosse semaine.

Y prête t’on attention ? Ces personnes là, qu’elles soient à la FIFA ou ailleurs, pensent t’elles à la souffrance des familles de ces quelques six mille pauvres ouvriers décédés en exerçant leur métier ?

Non évidemment, car dans le business, l’empathie n’a pas sa place. Le temps c’est de l’argent et le silence est d’or comme le dit parfaitement l’expression.

En connaissant le traitement de ces derniers, les différents organismes mondiaux (ONU par exemple) ont t’ils tapé du poing sur la table ? Ont t’ils demandé à ce que des enquêtes soient menées pour tenter d’arrêter cette mascarade ?

Officiellement, depuis huit ans, il y a eu plusieurs réactions de différentes ONG. L’Organisation des Nations Unies a demandé à ce qu’un rapport soit fait sur les conditions de travail en collaboration avec l’OIT, l’organisation internationale du travail et le Ministère qatari du même nom. Pour au final, quelle décision ?

Suspendre les travaux, dénoncer le régime politique ? Non. Réponse : renforcer les conditions de sécurité.

On rappelle ces fameuses conditions : travail dans un environnement fait de 75 % d’humidité, 40 degrés en journée et 30 la nuit. La conséquence directe est une foule d’abandons d’hommes traités comme du bétail et épuisés physiquement comme psychologiquement. Dure réalité mais ô combien prévisible et somme toute normale dans un pays qui n’est pas vraiment réputé pour son sens de la démocratie.

Et la FIFA ? la fédération internationale de football se range purement et simplement du côté des Qataris. Business is Business.

Autrement dit : circulez, il n’y a rien à voir.

 

Et la France, dans tout ça ?

 

Pendant ce temps-là, les éliminatoires ont commencé dans le plus grand des calmes en Europe, sans beaucoup de commentaires des différents « spécialistes », visiblement davantage penchés sur le niveau plus que moyen affiché des soi-disant favoris pour soulever le prestigieux trophée en Décembre 2022.

Chez nous, pas un mot non plus, le président de la Fédération Française de Football Noël Le Graet a été réélu pour quatre ans, mettant fin à certaines polémiques stériles et célébrant sa victoire sans grande surprise tant la concurrence a fait défaut.

Dans les hautes sphères de l’État, pas beaucoup plus de réaction, bien trop affairé à gérer une crise sanitaire qui n’en finit pas.

Là aussi : circulez, il n’y a rien à voir.

 

L’Euro 2021 en ligne de mire

 

L’équipe de Didier Deschamps n’a pas non plus daigné se préoccuper de la situation au sein de la péninsule qatarie, plus focalisée à remporter ses premiers matchs face à des adversaires plus qu’à sa portée.

En période covid, il y a plus de rencontres et moins de spectacle. Au niveau du jeu, c’est moyen mais ça gagne. Même sans la manière, tant qu’il y a le résultat, tout va.

Et depuis huit ans, c’est comme ça.

Les Bleus de « DD » seront t’ils au rendez-vous qatari ? Pour moi, sans aucun doute. Auront t’il cette odeur de mort qui filera jusqu’à leurs narines durant la compétition ? Sûrement. S’en offusqueront t’ils ? Eux seuls le savent…

Pour le moment, comme le sélectionneur l’a dit, ils sont focalisés sur l’Euro. C’est dans trois mois. Au niveau du jeu, il faudra faire plus, il le sait et ses vingt trois soldats le savent aussi. L’Ukraine, le Kazakhstan et la Bosnie c’est une chose, mais l’Allemagne et le Portugal en « mode Euro » ce sera différent. Pas le même level. Attention tout de même à ne pas se voir trop beau et à la sortie de route qui pourrait faire tâche. Comme l’a dit un journaliste radio cette semaine : « Difficile de remporter deux compétitions d’affilée avec le même groupe ». Pas faux. Mais Deschamps a ses favoris et reste dans l’ultra-pragmatisme. Son équipe est un caméléon et ressemble comme deux gouttes d’eau à l’Italie de la fin des années 90, en plus fougueuse. Un joueur comme Kylian Mbappé en difficulté peut être compensé par un Ousmane Dembélé en pleine forme et au comportement enfin professionnel. C’est la grande force de cette équipe, qui s’adapte à tout type d’adversaire et qui ne s’incline que face à plus fort qu’elle avec seulement un accident en quelques mois comme l’Islande dernièrement. Largement pardonnable.

 

Alors, que faire ?

 

Au final, vu que ces messieurs les footballeurs sont bien partis pour faire le voyage l’année prochaine, les réponses quant à cette situation ne sont pas légion.

Ne pas regarder ? Oublier le foot le temps d’un hiver ? Parce que oui, le Qatar a non seulement fait basculer le foot mondial dans l’horreur en laissant mourir d’honnêtes travailleurs, mais a aussi changé les règles du jeu et a forcé les hautes instances a bouleverser le calendrier annuel pour faire jouer son Mondial en hiver et non plus en plein été comme l’habitude le veut depuis… sa création.

Alors, va t’on préférer aller skier plutôt que de rester devant sa télévision à partir de novembre 2022 ? Comment procéder pour arrêter cette mécanique morbide du capitalisme ultralibéral qui gangrène le monde du ballon rond depuis tant d’années ?

Personnellement, en temps que fan érudit de football depuis plus de 20 ans, il m’est hors de question de suivre une Coupe du Monde construite aux dépends de la vie de personnes ayant donné leur corps pour un pays agissant en toute impunité au regard des droits fondamentaux dont doit jouir le commun des mortels.

Regarder, c’est cautionner.

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