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Point de vue

Jacques-Henri Eyraud ou la gestion "start-upienne" de l'OM

Cash, maladroit, cynique, on peut employer plusieurs termes pour définir les mots utilisés par Jacques-Henri Eyraud il y a quelques semaines lors d'une visioconférence. 

Le discours du patron de l'OM n'est pas passé inaperçu, c'est le moins qu'on puisse dire et les conséquences ne se sont pas faites attendre.

Fidèle à lui même, il s'est exprimé dans une vidéo qui a eu le don de faire s'élever les voix de personnes ayant travaillé pour le club qui ont été choquées par ses propos.

Le président olympien s'est en effet permis de critiquer ouvertement les salariés qu'il a eu sous ses ordres jusqu'en 2017, mettant en exergue leur soi-disant incapacité à gérer l'entreprise OM et n'hésitant pas à les dévaloriser publiquement.

Après visionnage de la dite vidéo sur les réseaux, les salariés en question ont immédiatement réagi, dénonçant le caractère désinvolte de leur ancien patron qui s'est également attaqué à René Maleville, figure emblématique de Marseille, connu pour son ton décalé et franchouillard.


 

Une politique sportive contestée


 

Je ne suis pas le mieux placé pour parler de JHE, mais j'étais présent à Marseille en août 2017 un an après le début de l'aventure "OM Champions Project".

J'ai assisté à un entraînement, répondu aux questions des journalistes présents ce jour-là, des questions à propos du futur "grantatakan" de l'équipe, dont la presse locale en avait fait ses choux-gras tout l'été pour finalement avoir droit à un « panic buy » le soir du 31 août à minuit, deadline du mercato estival.

Ce fameux numéro 9 supersonique qu'on a promis aux supporters s'appelait Kostas Mitroglou. International grec de 29 ans et ancien buteur maison du Benfica Lisbonne.

Prometteuse idée de départ et au final : flop monumental.

La raison ? Un joueur qui arrive blessé, limité tactiquement et qui ne s'adapte jamais à l'effectif. Avec le recul, on a peut être assisté là au plus gros "four" de l'histoire récente de l'OM, comme disent les locaux.

J'en parlais d'ailleurs à un journaliste de la Provence avec qui je discute de temps à autre, il me confirmait déjà à l'époque le décalage entre les paroles du président et ses actes, voyant comme moi que le recrutement était en contradiction avec les objectifs annoncés.

Signer des contrats longs à des trentenaires en fin de cycle déjà non titulaires dans leur clubs respectifs sans possibilité de plus-value sur une éventuelle revente est le signe d'une politique sportive pour le moins hasardeuse voire d'une méconnaissance de la réalité du football, de plus totalement en décalage avec celle menée par les autres clubs européens dont les investissements se font à long terme sur des jeunes joueurs prometteurs, les "cracks" comme on les appelle.

Cette vision court-termiste du parisien de naissance a de quoi laisser perplexe.


 

Un président 2.0


 

Plusieurs journalistes lui ont reproché son manque de transparence vis à vis de la politique économique et sportive du club.

Le principal intéressé a toujours répondu avec une pointe d'arrogance.

Il y a cette assurance chez lui qui, selon moi, dépeint en fait d'une certaine incapacité à gérer le sportif malgré quelques bons choix sur le marché des transferts.

Une certaine difficulté à déléguer également.

Pour prendre un exemple : son choix de recruter Andoni Zubizarreta comme directeur sportif a été l'une de ses premières erreurs.

Aller chercher un homme à un poste de cette importance au FC Barcelone qui n'a pas l'habitude de vendre des joueurs sans se servir de son réseau est une énorme erreur de casting.

L'ancien international espagnol n'a jamais été à sa place dans l'organigramme marseillais.

Sachant que Luis Campos, ancien directeur sportif de Monaco (aujourd’hui à Lille) était au départ pressenti pour le poste.

On ne dirige pas une institution comme l'OM comme une vulgaire start-up de province, c'est un manque de respect envers les gens qui se donnent corps et âme pour ce club qui est avant tout familial, il faut le rappeler.

On s'adapte aux us et coutumes ainsi qu'à son environnement, c'est à cela qu'on voit l'intelligence d'un président.

Attention, je ne dis pas que Eyraud est incompétent, seulement je ne pense pas que sa politique "start-up nation" soit adaptable à la vie du club ciel et blanc et je trouve que sa communication n'est pas non plus la meilleure.


 

La Ligue des champions et le chiffre 13


 

Accrocher la ligue des Champions était l'objectif clamé haut et fort par Franck McCourt et fièrement relayé par Jacques-Henri Eyraud à leur arrivée en 2015.

L'accès à la reine des compétitions européennes a été validé en mai dernier suite à l'arrêt définitif du championnat dû à la pandémie du Coronavirus.

L'OM qui termine deuxième derrière le PSG, un soulagement pour toute une ville qui retrouve la C1 sept ans après l’avoir quittée.

Seulement voilà, les choses ne se sont pas exactement déroulé comme prévu.

De ce qui devait être une fête dans un vélodrome en fusion s'est transformé en calvaire pour les joueurs : matchs à huis clos dans un groupe compliqué (Manchester City, Olympiakos, FC Porto), les marseillais ont aligné quatre revers de rang en autant de journées et ont établi le record de 13 défaites d'affilée en Ligue des Champions, chose inédite dans l'histoire du football français.

13 comme le département, ironie du sort...

A Marseille, on prend ce triste record avec résignation.

Certains sont écœurés par le niveau de jeu affiché et laissent éclater leur colère sur les réseaux, d'autres préfèrent la dérision.

D'autres encore se tournent vers le championnat, dernière chance pour eux de voir leur équipe tenter de jouer les premiers rôles bien qu'ils sachent que les ciel et blanc ne sont pas bâtis pour aller chercher le titre et à ce sujet, un journaliste disait après le match nul (1-1) face à Reims avant la trêve : "le titre pour l'OM ? Non. Jamais. Le podium, à la limite. Lyon veut aller chercher le PSG et Lille suit la cadence. Cela devrait se jouer avec Rennes pour la 4ème."

Si on analyse ça, on se rend compte finalement que mettre quatre années à atteindre l'objectif souhaité pour finalement y vivre une déroute historique avec une équipe en fin de cycle ayant atteint son plafond de verre, est-ce vraiment une réussite ? Ou plutôt le résultat d'une politique sportive menée par un certain nombre d’incohérences ?


 

"Eyraud ne sait pas vendre"


 

Cette phrase, je l'ai entendue il y a quelques mois de cela : « JHE » ne saurai pas vendre.

Les bonnes affaires, ils ne saurait pas les dénicher.

Je dois avouer que depuis sa prise de fonction, il n'a réalisé qu'une seule vente notable, celle de Franck Zambo-Anguissa à l'été 2018 pour la somme de 30 millions d'euros à Fulham.

Belle plus value pour un joueur arrivé libre de Reims en 2015.

Depuis, le club achète, choisi d’affubler des salaires mirobolants à des joueurs seulement prêtés ou libres de tout contrat, ce qui est le cas pour Mario Balotelli et Kevin Strootman.

Et dans le sens inverse, je n'ai pas compris le choix de garder Florian Thauvin après sa saison canon il y a deux ans. Un joueur sur lequel il pouvait prendre entre 40 et 45 millions d'euros.

Au final, l'ailier reste et se blesse gravement ensuite, lui occasionnant une saison blanche.

Aujourd'hui, même si "Flotov" est revenu à un très bon niveau, aucun club ne se risquerait à mettre un tel montant sur lui au vu de ses performances ainsi que celles de l’équipe.

Pablo Longoria - qui a remplacé Zubizarreta en début de saison - l'a dit dans les colonnes d’un journal local il y a quelques semaines : "Thauvin ? S'il y a une offre à 20 millions, on prend".

Difficile quand on entend cela de donner tort aux gens...

Pablo Fernandez Longoria, 33 ans, natif de Oviedo, a débarqué dans la cité phocéenne l’année dernière dans le but d’apporter sa déjà très riche expérience en terme de « management », son travail ayant été remarqué et reconnu dans des clubs comme le Recreativo Huelva ou encore le FC Valence. Le fameux "Head Of Football" tant recherché par Eyraud.

En résumé : l’espagnol est arrivé pour recruter malin, l’OM ayant la balance en déséquilibre et étant dans l’obligation de vendre avant d’acheter.

L’avenir nous dira si Jacques-Henri Eyraud a eu le nez fin concernant l’arrivée de Longoria.

Car dans le football, vendre est un art, si d'autres clubs de Ligue 1 ont pu par le passé ou peuvent aujourd’hui encore se targuer de former et d'attirer des joueurs de grand talent, à l'OM la situation est bien plus délicate même s'il faut le préciser, « JHE » à mis les moyens dans le centre de formation : Boubacar Kamara est le premier à sortir du lot et est installé comme titulaire à son poste depuis deux ans.

Sur ce point, on doit avouer que le Président a tenu sa promesse.

Mais combien d’autres joueurs ayant signé un contrat professionnel au cours des quatre dernières années ont eu durablement leur chance en équipe première, que ce soit sous Rudi Garcia ou Andre Villas-Boas ? Aucun. Tous ont été prêtés, au final.

L’actuel entraîneur, « AVB », a bien compris une chose : en arrivant sur la Canebière, il ne voulait signer qu’un an. La mesure de protection des joueurs et des clubs en France l’interdisant, il s’est finalement engagé pour deux et en dépit d’un travail qu’on peut qualifier de particulièrement correct, il devrait quitter la cité phocéenne à la fin de l’exercice en cours.

« AVB » a de la bouteille dans le football malgré son jeune âge, il a compris qu’à l’OM comme un peu partout ailleurs, le monde du ballon rond fonctionne aujourd’hui sur le court-terme.

Je dois dire que malgré toutes les critiques nées lors de son arrivée sur le Vieux-Port en mai 2019, le Portugais a réussi à faire lever tous les doutes.

Six mois après avoir posé ses valises, il avait déjà apporté une rigueur et une discipline qu’on avait plus vu depuis très longtemps et mieux encore : il a pour lui un certain franc-parler auquel nous ne sommes plus habitués depuis des lustres. « Il n’y a pas d’argent mais on travaille sur plusieurs dossiers » affirmait t’il, il y a encore quelques jours à propos du mercato hivernal.

Contrairement à beaucoup d’autres, les gens ne lui tombent pas dessus systématiquement car « AVB » a le don de mettre en lumière les incohérences du club.


 

Eyraud et ses engagements humanitaires


 

Pour revenir sur le Président, en dehors du football, il s’est lancé dans le social avec "OM Fondation", organisme qui œuvre pour des actions caritatives et sociétales.

Lors du premier confinement, il a décidé d’héberger des femmes victimes de violences domestiques au sein du centre d’entraînement Robert-Louis Dreyfus avec un cadre composé d’éducateurs, animateurs et psychologues.

« JHE » offre aussi par ce biais des services de bénévolat dans l’entrepreneuriat et la recherche de l’emploi, notamment.

Ce qui lui a valu en fin de semaine dernière la distinction de la Légion d’honneur.


 

Quel visage pour l’OM en 2021 ?


 

Les six prochains mois vont être cruciaux pour la suite du projet McCourt.

Le mercato d’hiver est ouvert depuis le 2 Janvier et durera jusqu’au 1er Février, période pendant laquelle Andre Villas-Boas avec l’appui de Pablo Longoria va devoir recruter malin pour tenter de trouver un second souffle afin d’arracher le podium en mai prochain.

La lutte va être intense et c’est une opération commando qui attend l’OM en cette seconde phase de la saison.

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