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Point de vue

Le paradoxe Federer

Joueurs et records

Le plus grand joueur de tous les temps, ce concept fait florès dans le monde du sport en général et celui du tennis en particulier. Tout n’est plus que chiffres, records, statistiques. Il convient dans un premier temps de circonscrire l’époque afin de donner tout son sens à cette notion. C’est depuis 1968 et le passage à l’ère Open que l’ensemble des joueurs de tennis, amateurs et professionnels, peuvent participer aux compétitions les plus prestigieuses, les tournois du Grand Chelem : Open d’Australie, Roland-Garros, Wimbledon, US Open.

Rod Laver, qui remporte les quatre tournois en 1969 et réalise un deuxième Grand Chelem après celui de 1962, est la valeur étalon du début de l’ère moderne. D’autres suivent, Björn Borg fait main basse sur Roland-Garros et Wimbledon, Jimmy Connors et Ivan Lendl s’inscrivent dans la durée. Dans les années 90, le nom de Pete Sampras fait l’unanimité. Tennis total, palmarès, règne, Sampras coche toutes les cases du plus grand. Son départ à la retraite sur une ultime victoire à l’US Open en 2002 coïncide avec l’avènement de son héritier.

L’ère Federer

Roger Federer s’impose à Wimbledon en 2003 et prend les commandes du circuit ATP l’année suivante. S’il avait converti une balle de match en demi-finale de l’Open d’Australie en 2005 face à Marat Safin, diamant brut et talent torturé, Federer aurait probablement enchaîné quatre Petits Chelems entre 2004 et 2007. Ce quadriennat est une dictature à visage esthète. Rien ni personne ou presque ne résiste aux envolées de l’envahisseur helvète, si ce n’est un village gaulois, Roland-Garros, défendu par un irréductible Ibère, Rafael Nadal.

A partir de 2008, Federer doit composer avec Rafa, l’ami belliqueux, et Novak Djokovic, l’ennemi intime. L’Histoire donnera le nom de Big 3 à ce triumvirat tyrannique dont l'ère perdure jusqu’à nos jours. A chacun son pré carré, l’Open d’Australie pour Djokovic, Roland-Garros pour Nadal, Wimbledon pour Federer. Le Suisse est également corecordman des titres à l’US Open, sans oublier ses six victoires au Masters. Plus en difficulté au fil du temps, Federer parvient néanmoins à perpétuer sa légende grâce à un retour de flamme en 2017-2018.

Roger Poulidor

En dépit d’un parcours et d’une longévité exceptionnels, Federer se voit peu à peu dépossédé de ses records les plus marquants. Djokovic a terminé 6 ans numéro un mondial et désormais passé 311 semaines en tant que leader (contre 5 et 310 pour le Suisse). Nadal et Federer comptent actuellement 20 tournois du Grand Chelem chacun mais une énième victoire de Rafa à Roland-Garros est envisageable tandis que Djokovic se tient en embuscade avec 18 titres. Enfin, avec 103 tournois ATP, Roger Poulidor reste derrière les 109 de Connors.

Après plus d’un an d’absence, Federer vient d’entamer son probable dernier tour de piste par une prestation correcte à Doha, le bras certes relâché mais le pas moins léger. Forfait à Dubaï, le Suisse devrait rejouer lors de la saison sur terre battue. Le crépuscule du demi-dieu est attendu cet été à Wimbledon pour un départ à la Sampras, peut-être, mais l’objectif est un olympe. À près de quarante ans, l’heure des adieux approche. Quoi qu’il advienne, Roger Federer demeurera aux yeux de beaucoup le plus beau joueur de tous les temps.

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