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Point de vue

Le Paris-SG version Messi, choix business ou sportif ?

Le Parc des Princes est plein comme un œuf à l’occasion de ce samedi 14 août 2021. La présentation des recrues phares de l’été est faite sur le terre-plein central dressé pour l’occasion, au milieu de la pelouse taillée au millimètre. Une ambiance folle à l’arrivée de celui considéré par beaucoup comme le meilleur joueur du siècle dernier et probablement l’un des plus grands de tous les temps. Le chant officiel est déjà choisi par le Kop Boulogne qui l’entonne à répétition pendant cinq bonnes minutes. Le public parisien l’attendait et il n’est venu que pour lui. Quelques paroles dans sa langue natale à l’intention des supporters qui vont l’acclamer toute la saison et le programme de la Pulga peut se poursuivre. Une dizaine de jours plus tard, le nouveau numéro 30 parisien étrenne son blason à Reims devant 20 000 personnes gloussant à l’idée de voir son entrée en jeu. Vingt minutes d’apparition à Auguste Delaune, quelques combinaisons, ballons grattés dans le rond central et une perforation dans les trente derniers mètres rouge et blanc conclue par une claque au visage reçue de la part d'un défenseur central champenois en guise de cadeau de bienvenue… Et pas grand-chose de plus, la victoire de son équipe étant déjà scellée avant son entrée, la Puce peut tranquillement saluer les fans, accepter un selfie avec le fils du gardien de but adverse et filer aux vestiaires en marchant.

 

A Reims en touriste, à Bruges en pantoufles

 

Absent du premier match officiel de la saison au Parc parce que titulaire et buteur avec la sélection albiceleste pendant la trêve internationale – tout comme d’ailleurs Neymar et Angel Di Maria - le natif de Rosario a donc fait son retour à l’occasion du déplacement à Bruges afin d’y défier le club de la ville du même nom pour le compte de l’ouverture de la nouvelle campagne de Ligue des Champions. On l’attendait évidemment beaucoup et on ne l’a finalement que peu vu, sans doute encore fatigué par ses trois matchs d’affilée disputés avec l’Argentine à l’autre bout du globe. Timoré, mais pas fantomatique non plus : la seule phase de jeu où ses adorateurs peuvent l’encenser est sur un enroulé pied gauche suite à une percée plein axe allant s’écraser sur la barre du portier belge, archi battu. Peu en réussite et clairement en manque de rythme, l’argentin donne l’impression d’avoir surtout besoin de trouver ses marques au cœur d’un trio qu’on annonce magique mais qui, pour le moment, a manifestement des difficultés à se trouver.

 

Un mercato XXL, mais toujours les mêmes manques

 

L’été a donc été marqué par ce recrutement que l’on peut qualifier d’assez grandiose sur le papier. En effet, en quelques semaines, le vice-champion de France a placé ses pions sur le marché en récupérant les capitaines du Real Madrid et du FC Barcelone pour zéro euro. Si on se penche sur les salaires et primes en revanche, là, rien de gratuit, évidemment. Et cerise sur le gâteau, le meilleur gardien de l’Euro et accessoirement champion avec sa sélection s’est lui aussi engagé en faveur du club francilien sachant que quelques jours auparavant, Georginio Wijnaldum, transfuge de Liverpool, l’avait devancé en paraphant un contrat de cinq ans, refusant au passage une offre du club catalan. Un gardien en pleine fleur de l’âge, un défenseur ultra-expérimenté, un milieu défensif et le sextuple ballon d’or. Difficile de faire plus sexy… Seulement voilà, on s’aperçoit sur les premiers matchs du club de la capitale de cette nouvelle cuvée que les difficultés sont malheureusement toujours les mêmes. Privés, il faut le préciser, de Marco Verratti et Angel Di Maria en Belgique (ainsi qu’Idrissa Gueye, suspendu), on doit admettre que le milieu de terrain parisien n’a pas su se montrer à la hauteur de l’événement. Ni Marquinhos, ni Ander Herrera (même si buteur) ni justement la nouvelle recrue « Georgio » Wijnaldum n’ont su convaincre dans l’entrejeu. Pris par le très bon pressing des joueurs du Club, multiple champion de la Jupiler Pro League (à quatre reprises sur les sept dernières saisons), au budget avoisinant les 100 millions d’euros et dont le centre de formation de grande qualité lui vaut le surnom du « Bayern de Belgique », les demi-finalistes de la saison passée n’ont jamais su contenir une formation brugeoise joueuse et audacieuse. Mauricio Pochettino, ayant visiblement du mal à garder son calme sur son banc, peut même remercier son portier d’avoir repoussé les tentatives adverses et su éteindre le feu au moment où il menaçait sérieusement la maison Bleue et Rouge. Le tout sans compter la sortie sur blessure de Kylian Mbappé… Un match nul décevant donc, au sein d’un groupe assez relevé où les attendent ensuite Manchester City et Leipzig. Pas simple.

 

Lyon, un premier test en demi-teinte

 

La réception de l’Olympique Lyonnais ce dimanche sonnait comme le premier choc de la saison. Entre un PSG déjà leader et un OL seulement huitième au coup d’envoi, les hommes de "Poch'" se présentaient avec un système de jeu articulé principalement autour du récent vainqueur de la Copa América, positionné en faux numéro neuf, soit exactement le poste qu’il occupait jadis au FC Barcelone. Le bilan de sa première apparition officielle au Parc, scrutée de toutes parts, fut mi-figue mi-raisin : quelques fulgurances balle au pied et ballons en profondeur pour Mbappé, une remise de Neymar dans sa course pour une frappe croisée contrée par le gardien lyonnais Anthony Lopes, un coup franc aux vingt-cinq mètres expédié sur l’équerre et quelques situations en seconde période. Guère plus remuant qu’à Bruges et pas plus en réussite devant le but. Pour voir à l’oeuvre la Pulga à son meilleur niveau, il va donc falloir patienter encore un peu.

 

Herrera, la bonne surprise

 

Annoncé sur le départ depuis quelques mois, la réelle bonne surprise de ce début de saison côté parisien se nomme Ander Herrera. Le joueur formé à l’Athletic Bilbao, peu utilisé sous Thomas Tuchel ou Unai Emery a mis un certain temps à s’adapter au collectif mais est actuellement en train de réaliser un début d’exercice pour le moins intéressant. Au sein d’un milieu privé de nombreux joueurs – comme cité plus haut – le milieu de poche ibère a su jouer sa carte au meilleur moment. Sera-ce suffisant pour durer ? Car pour faire tourner une machine comme le Paris-SG avec un Leo Messi au top de sa forme et un Neymar qu’on espère plus «fit » à l’avenir, l’ex relayeur de Manchester United devra au moins maintenir son niveau actuel toute la saison, voire monter encore d’un cran. En est-il capable ? Tout là est la question, parce qu’aussi talentueux et intelligent dans ses choix soit-il, Herrera ne vaut pas un Andres Iniesta de sa grande époque et ne peut pas fournir le même rendement. Le nœud du problème est là : si l’on additionne les acteurs du cœur du jeu et qu’on les nomme, Idrissa Gueye est certes par exemple un très bon joueur mais n’a ni le QI football ni la qualité de sortie de balle d’un Sergio Busquets. Quant à Leandro Paredes, Angel Di Maria et Marco Verratti, ils sont surtout connus pour leur manque de constance. Ils n’ont pas et n’auront jamais la spontanéité ni la régularité au plus haut niveau d’un Xavi Hernandez, Ivan Rakitic ou encore Frenkie de Jong. Comme le disait Laurent Fournier il y a quelques jours dans une interview accordée à un média parisien, le système actuel du vice-champion de France va pousser Lionel Messi a sortir de sa zone de confort et obliger les autres stars que sont l’international auriverde et le champion du Monde 2018 a effectuer les tâches défensives auxquelles ils sont exemptés depuis plusieurs mois. Le Paris SG n’a jamais eu le Neymar de Barcelone et il n’aura peut-être jamais le Leo Messi de sa meilleure version catalane. Alors, le meneur argentin va t’il être capable de s’adapter à son nouveau club pour la première fois de sa carrière professionnelle ou va t’il chercher à rester dans ces schémas préférentiels ? 

La suite des événements nous dira si ce PSG-là est armé pour défier les montagnes qui se dressent face à lui cette saison ou s’il on se rapproche plus d’un marché estival concentré davantage sur les retombées économiques d’une opération séduction plutôt que sur la création d’une équipe capable de soulever la Reine des compétitions en mai 2022.

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