Sunday, crazy sunday !

Tout a été dit ou presque sur le légendaire George Best. Première et ultime rock star du football des années 70, symbole de toute une génération, brûlé par une vie de sexe, d’alcool et de ballon rond. Un personnage qui aura vécu à cent à l’heure, multipliant les virées en boîtes de nuit et les conquêtes féminines, avant les entraînements, sinon les matchs. Les matches justement, “Georgy” en aura joué plus de 500 tout au long de sa carrière, mais très certainement aucun comme celui du 23 octobre 1971. Récit

En ce dimanche d’automne 1971, Manchester United se déplace dans le nord-est de l’Angleterre pour une rencontre domestique de la 14ème journée du championnat anglais face à Newcastle. Une rencontre dominicale comme tant d’autres mais qui a pris une drôle d’envergure depuis la veille. Un journal londonien a reçu le coup de téléphone inquiétant d’une personne se présentant comme membre de l’IRA (l’armée républicaine irlandaise), une personne qui menace directement la vie de la star nord-irlandaise, George Best. Des menaces qui se révèleront être au final un canular de mauvais goût, mais prises, en ce dimanche d’octobre et dans un contexte politique tendu, très au sérieux par la police et la presse britannique. Avant cette fameuse rencontre, George Best est calfeutré dans sa chambre d’hôtel, prenant ses repas accompagné de deux détectives. Détectives qui le suivront comme son ombre tout au long de cette journée particulière. Best sort de sa chambre et rejoint le bus de l’équipe pour gagner le stade. Sur la courte route qui mène à Saint-James Park, l’antre des Magpies de Newcastle, le dominical trajet se transforme en convoi ultra sécurisé. 

Escorté par de nombreuses voitures de police, rideaux baissés, et empruntant un itinéraire différent de son habitude, le bus parcourt les quelques kilomètres qui le sépare encore du lieu de la rencontre. George Best, lui, est assis à une place différente de celle qui lui revient habituellement. A l’approche du stade, on distingue ça et là des tireurs d’élites, postés sur les toits alentour. Jamais de mémoire de Novocastriens (Habitants de Newcastle), une rencontre n’aura vu un tel dispositif de sécurité se mettre en place. La sortie du bus se fait, elle, forcément sous bonne escorte, la star mancunienne est affublée de quatre gardes du corps pendant qu’il rejoint, au pas de course, les sous-sols du stade. Dans cette atmosphère tendue, il reste une rencontre à disputer et George Best, d'habitude si décontracté sur le pré, arbore cette fois des traits tirés. Le visage s’est refermé par la peur générée par l’appel de la veille et le décorum de ce dimanche sous haute tension. 

Une fois sur le terrain, Best trouve cependant une technique imparable (d’après lui) pour éviter le tir d’un éventuel terroriste : ne pas s’arrêter de courir pendant les quatre-vingt dix minutes de la partie. Une version confirmée par l’intéressé  : “ Je n’arrivais pas à me sortir de la tête que tout cela pouvait être réel. J’étais nerveux et je n’ai pas arrêté de bouger. J’avais l’impression qu’il ne fallait pas que je reste statique. Même quand le jeu s’arrêtait, que quelqu'un était blessé et au sol, je continuais à courir. “   Durant cette rencontre pour le moins étrange, les défenseurs de Newcastle n’ont d’ailleurs pas osé s’approcher de trop près de la star nord-irlandaise de peur d’être une des victimes collatérale de la cible éventuelle du jour. 

Il fallait être à Saint-James Park ce dimanche et faire partie des 52000 personnes pour assister à ce bal de l’étrange. Courses non-stop, multiplication d’allers-retours, zigzags permanents lors de phases d’arrêts de jeu. George Best ne ménage pas sa peine et ses jambes durant la partie. La star mancunienne ne sera pas restée une seule seconde sans bouger lors de cet après-midi.  Une après-midi ubuesque qui se soldera à la toute dernière minute par un seul et unique but. Laissé libre de ses mouvements tout au long de la partie, George Best clôt le spectacle d’un tir rasant qui vient tromper Iam McFaul, le portier des Magpies. L'arbitre siffle quelques secondes après la fin de la partie. La suite fera rentrer définitivement ce dimanche pas comme les autres dans la légende avec les mots du héros du jour :  “Après le coup de sifflet final j’ai chambré mes coéquipiers en leur disant que c’était bien la première fois que je marquais un but sans qu’ils ne me sautent dessus pour me féliciter. “ Preuve de son humour décapant, cette ultime phrase à la sortie de la conférence de presse comme joli pied de nez au possible sniper de l’IRA : “ Mon but aura finalement été le seul tir réussi de cette journée…” Du George Best tout craché !

 

Application Mobile

Téléchargez Encrage Media sur votre mobile pour ne pas manquer nos dernières publications !

Commentaires

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.
Image CAPTCHA
Saisir les caractères affichés dans l'image.