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Théo Curin à l’abordage du lac Titicaca

Cela fait désormais une semaine que Théo Curin, Malia Metella, et Matthieu Witvoet ont débuté leur traversée du lac Titicaca. Le trio a déjà nagé plus de 50 km et passé la frontière péruvienne. Plus qu’un défi sportif, cet exploit est aussi l’occasion pour eux de sensibiliser aux enjeux écologiques actuels.

« Le départ d’hier, c’était énorme. Une grosse émotion ». Au lendemain de son grand départ, l’enthousiasme de Théo Curin était encore intact. Le nageur amputé des bras et des jambes a entamé il y a désormais une semaine son dernier défi en date : Traverser le lac Titicaca à la nage. Le Lorrain de 21 ans ne réalise pas cet exploit seul, puisque l’ex-nageuse Malia Metella et l’éco-aventurier Matthieu Witvoet l’accompagnent dans cette épopée. Le trio de sportifs s’est élancé de la ville bolivienne de Copacabana et souhaite rallier la baie de Puna (Pérou) en une dizaine de jours. Entre les deux, une étendue bleue de 122 km à traverser à la nage.

Arrivés en Bolivie une semaine avant le jour J afin de s’acclimater aux conditions locales spécifiques, les trois équipiers évoluent dans un milieu aux multiples facteurs contraignants. Outre l’altitude du mythique Titicaca - niché à plus de 3800m d’altitude au coeur de la Cordillère des Andes - qui raréfie le taux d’oxygène dans l’air, les nageurs doivent aussi composer avec les rafales de vent au cours de leur traversée. Le froid est également de la partie depuis leur arrivée, puisque les températures nocturnes flirtent le 0°C et que la température de l’eau avoisine les 10°C. En autonomie complète, les athlètes se relaient pour tracter tour à tour le bateau sur lequel ils s’alimentent et dorment. L’embarcation d’une demi-tonne, surnommée « Pachamama » est l’une des composantes écologiques du projet puisqu’elle est construite à partir de matériaux recyclés.

Du paralympisme au défi écologique

Il y a un peu plus d’un an, Théo Curin renonçait à participer aux Jeux paralympiques de Tokyo. En cause, de « gros problèmes de classification » avait-il déclaré sur Franceinfo. Quatre ans plus tôt, le jeune homme originaire de Lunéville avait pourtant terminé quatrième du 200 m nage libre aux Jeux paralympiques de Rio-2016. Il était même le benjamin de la délégation française au Brésil. Un éloignement du paralympisme dû au fait que le quadri-amputé aurait été obligé de concourir dans la même catégorie (S5) que trois nageurs ayant leurs deux mains. Adieu les rêves de médaille à Tokyo donc… Le double vice-champion du monde de natation choisit alors de mettre la compétition entre parenthèses, sans toutefois cacher ses espoirs pour les Jeux de Paris en 2024.

Le nageur se lance alors dans le « Défi Titicaca », avant d’être rejoint par Malia Metella, vice-championne olympique du 50 m nage libre aux Jeux Olympiques d’Athènes. Au-delà de la performance sportive, le projet soutenu par l’association « Défis Théo Curin » porte également une dimension écologique et sociale, accentuée par la présence de Matthieu Witvoet. L’aventurier de 27 ans est coutumier des défis mêlant sport et engagement associatif. En 2017, il avait réalisé un tour du monde à vélo avec son cousin pour découvrir les solutions mises en place localement face aux déchets plastiques. L’objectif de la traversée est donc aussi de mettre en lumière les différentes problématiques écologiques rencontrées par les populations locales, alors que le lac Titicaca est menacé par le changement climatique. Un appel aux dons sera également mis en place au retour des trois sportifs afin de soutenir les habitants locaux.

Conditions dantesques

Durant treize mois, le trio s’est entraîné entre Tignes, les Pyrénées, et Compiègne, afin de relever leur challenge sud-américain. Bien leur en a pris, car les conditions météorologiques depuis le départ des trois protagonistes sont plus capricieuses que prévu. Dès le premier jour, des vents frisant les 20 km/h ont ralenti leur progression. Retirée des bassins depuis 11 ans, Malia Metella a même battu son record… de lenteur en parcourant 10 mètres en 3 minutes. Après une deuxième journée plus favorable où le groupe a pu refaire son retard en parcourant plus de 16 km, ils ont fait face à de violents orages au cours de la troisième nuit. Malgré tout, les trois équipiers semblaient garder le sourire

« Nous sommes dans la tente, il y a des vagues de deux mètres de haut. À part ça, ce fut une belle journée. » Théo Curin, après la 4e journée de nage

Malgré les aléas météo, le trio est parvenu à atteindre la frontière séparant la Bolivie et le Pérou samedi, après 40 km de nage. Au cours des jours suivants, des orages et des vent violents ont une nouvelle fois entravé la progression du groupe. Ainsi, au cours des trois derniers jours, les trois athlètes ont pu nager pendant seulement cinq heures, pour sept petits kilomètres parcourus. La météo, imprévisible et instable, devrait donc devrait forcer le trio à attendre encore un peu avant d'atteindre les rives de la baie de Puna... 

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