Plus étendue, la forêt française voit ses arbres mourir
Gagnant du terrain chaque année, la forêt française voit pourtant sa croissance ralentir et son rôle de puits de carbone fondre d’environ 38 % selon l’IGN.
La forêt française n’a jamais été aussi vaste depuis le début du suivi de l’IGN, et pourtant ses arbres meurent deux fois et demie plus qu’il y a une vingtaine d’années. C’est le paradoxe que l’Institut national de l’information géographique et forestière a présenté le mercredi 7 octobre, dans son inventaire annuel consacré aux massifs de l’Hexagone et de la Corse.
En bref
- La forêt couvre 17,7 millions d’hectares, presque un tiers de la France métropolitaine.
- Le volume d’arbres morts chaque année a été multiplié par 2,5 entre deux décennies.
- Frêne, épicéa, hêtre, châtaignier et grand chêne souffrent le plus.
- Le puits de carbone forestier est passé de 63 à 39 millions de tonnes de CO2 par an.
Plus de surface, plus d’arbres morts
La progression de la surface boisée est régulière : environ 100 000 hectares supplémentaires chaque année depuis quinze ans, ce qui représente 1,5 million d’hectares gagnés sur la période. La Nouvelle-Aquitaine pèse lourd dans cet ensemble, avec 2,9 millions d’hectares de forêt.
Le volume d’arbres morts raconte une autre histoire. Selon les chiffres rapportés par La Croix, la mortalité annuelle était de 7,4 millions de m³ en moyenne entre 2005 et 2013. Rapporté au stock, le niveau actuel équivaut en moyenne à 0,6 % du bois vivant encore debout. L’objectif affiché de l’exercice est clair, comme l’a rappelé son directeur général.
« Notre état des lieux annuel de la forêt a pour ambition de mesurer les impacts des effets du changement climatique sur les massifs forestiers de l’Hexagone et de la Corse »
Sébastien Soriano, directeur général de l’IGN
Sécheresse, chaleur, insectes et sols trop secs
L’institut décrit un enchaînement. Les épisodes de sécheresse et les fortes températures fragilisent les arbres, et ces mêmes conditions climatiques peuvent profiter à certains insectes qui se nourrissent du bois, au premier rang desquels les scolytes.
Le sol joue aussi son rôle. D’après l’inventaire, 54 % des forêts françaises poussent sur des terrains dont le réservoir utile, c’est-à-dire la capacité à retenir l’eau disponible pour les racines, est très faible. Pour 18 % d’entre elles, ce réservoir descend sous 30 litres par m³ de terre, et ces peuplements produisent en moyenne deux fois moins de bois que ceux installés sur des sols mieux pourvus.
Résultat visible à l’échelle nationale : 9 % des arbres présentent en moyenne un état altéré. Le quart nord-est du pays se distingue nettement, avec 15 %.
Des essences et des territoires inégalement frappés
Toutes les espèces ne réagissent pas de la même façon, et certains massifs suivent une trajectoire opposée à la tendance nationale. Sud Ouest détaille ces contrastes relevés par l’IGN.
| Situation | Essences ou territoires concernés |
|---|---|
| Particulièrement touchés | Frêne, épicéa, grand chêne, châtaignier, hêtre |
| Plutôt épargnés | Pin maritime, chêne vert, Douglas |
| Production en forte hausse | Massif des Landes de Gascogne, porté par la replantation après la tempête Klaus de 2009 |
| Surfaces coupées | Stables, autour de 60 000 hectares par an, sans distinction entre coupes et coupes rases |
Ce dernier point répond à une question souvent posée sur les coupes rases : l’institut ne les isole pas dans son analyse et n’observe pas de hausse globale des surfaces exploitées.
Moins de bois produit, moins de carbone stocké
La croissance cumulée de tous les arbres, que les forestiers appellent production biologique, recule d’environ 8 % par hectare sur la dernière décennie par rapport à la période précédente. Les arbres vivants grossissent donc moins vite, au moment même où davantage d’entre eux disparaissent.
Cette double pression pèse sur le rôle climatique de la forêt. Le puits forestier, c’est-à-dire la quantité de CO2 que les massifs retirent de l’atmosphère, s’établit à 39 millions de tonnes par an en moyenne sur 2016-2024, contre 63 millions sur 2005-2013. L’IGN qualifie ce ralentissement, d’environ 38 %, de notable, tout en observant que le puits tendrait à se stabiliser ces dernières années.
Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Tim Dusenberry. Licence Pexels.
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