Gazole : une baisse de 12 à 18 centimes conditionnée à la répercussion
Vendu aux distributeurs à son prix de revient, le gazole des réserves doit peser sur les prix de novembre à janvier, sous le contrôle hebdomadaire de la DGCCRF.
Une baisse de 12 à 18 centimes par litre de gazole est possible sur le papier, mais elle repose sur une hypothèse forte : que l’avantage tiré des réserves soit entièrement transmis aux automobilistes. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé le mercredi 7 octobre que 10 millions de barils de gazole stratégique seraient cédés aux distributeurs, et le calcul qui justifie cette fourchette, comme ses limites, est désormais connu.
En bref
- Sébastien Lecornu a annoncé le 7 octobre la mise à disposition de 10 millions de barils de gazole stratégique.
- Le dispositif doit couvrir novembre, décembre et janvier, après signature d’un décret.
- L’essence n’est pas concernée, mais le gazole non routier l’est.
- Les distributeurs représentant environ 60 % du marché promettent une répercussion intégrale.
Un prélèvement massif sur les réserves de diesel
Le point de départ est un prix encore élevé. Le jeudi 8 octobre, le litre de gazole se vendait en moyenne un peu plus de 2,35 euros, selon un relevé de l’AFP portant sur plus de 9 000 stations cité par Sud Ouest. Le sommet avait été touché le 20 septembre, autour de 2,41 euros, quand le SP95-E10 tournait le 8 octobre à près de 2,15 euros.
Le gouvernement évalue la consommation nationale de gazole à quelque 54 millions de barils par trimestre. Rapportés à ce volume, les barils libérés pèsent 18,5 % selon le calcul de BFM, une part que franceinfo arrondit à 20 %. L’opération s’inscrit aussi dans un cadre international : le 2 octobre, le G7 a convenu de mobiliser ensemble 100 millions de barils, dont la France fournit un dixième, exclusivement sous forme de gazole déjà raffiné.
Ces réserves, réparties sur 89 sites, sont surtout détenues par la Sagess, une société appartenant à des opérateurs pétroliers, rappelle franceinfo. Les distributeurs doivent stocker l’équivalent de 29,5 % de leurs mises à la consommation de l’année précédente, mais c’est l’État qui décide de puiser dedans. En 2024, toujours selon la Sagess, le gazole représentait 49,8 % des réserves et le brut 30,6 %.
D’où viennent les 12 à 18 centimes
Le mécanisme tient à un écart de valeur. Le gazole stocké, acheté avant la flambée, est comptabilisé à 0,28 euro le litre, quand le marché le paie environ 1,10 euro hors distribution et taxes, selon le gouvernement. BFM a refait l’opération en étalant cet avantage sur tout le gazole consommé pendant la période.
| Étape | Valeur |
|---|---|
| Écart entre valeur comptable et prix de marché | 82 centimes par litre |
| Après pondération par 18,5 % | 15,2 centimes hors TVA |
| Avec la TVA de 20 % | environ 18,2 centimes |
| Prix moyen théorique à la pompe | entre 2,17 et 2,23 euros |
| Économie sur un plein de 50 litres | de 6 à 9 euros |
Ce résultat correspond à la borne haute et suppose un marché inchangé ainsi qu’une transmission complète. Pour Patrice Geoffron, économiste à Paris-Dauphine qui dirige le CGEMP, « L’ordre de grandeur de la baisse me paraît assez plausible ». L’expert en énergie Nicolas Goldberg ne suit pas : « Je ne saurais pas justifier un chiffre, et encore moins un chiffre de 12 à 18 centimes de baisse ».

Qui en profite, et sous quelle surveillance
Seul le gazole est visé, y compris le gazole non routier des agriculteurs, des pêcheurs et du BTP. Les voitures diesel forment 46,1 % des 40 millions de véhicules du parc. Le gouvernement prévient que la baisse est une moyenne et pourra différer d’une station à l’autre.
Les grands distributeurs, environ 60 % du marché, ont promis de répercuter en totalité la baisse de leur coût d’approvisionnement. La DGCCRF suivra les prix d’achat et les marges, avec une publication chaque semaine. Si un opérateur ne joue pas le jeu, l’exécutif se dit prêt à partager les stocks selon le poids de chacun sur le marché, voire à encadrer les marges par décret.
Cas particulier, TotalEnergies limite déjà le gazole à 2,25 euros dans ses stations. Le groupe affirme ne pas pouvoir se prononcer sur une nouvelle offre avant la réunion avec les distributeurs.
Ce qui reste à trancher depuis l’échec de mars
En mars, Paris avait promis 14,5 millions de barils dans une opération de 400 millions menée par 32 pays. Fin avril, Maud Bregeon, ministre chargée de l’Énergie, reconnaissait que 1,7 million seulement avaient été débloqués, et le gazole était passé de 2,02 à 2,31 euros en moins d’un mois.
Engagements écrits des principaux distributeurs, contrôle hebdomadaire des marges, menace de sanctions par décret, volumes sécurisés auprès de l’Irak ou du Canada.
Modalités encore à fixer, prêt ou vente au coût moyen pondéré, reconstitution envisagée sous un an et remplacement potentiellement plus cher si les cours restent hauts.
Un décret doit encore être signé, et la réunion avec les distributeurs est attendue dans les prochains jours, à Matignon selon Sébastien Lecornu, à Bercy selon BFM. En parallèle, Nicolas Forissier, ministre du Commerce extérieur, dispose de trois mois pour trouver des volumes supplémentaires et diversifier les approvisionnements, avec des pistes identifiées dans le Golfe et au Nigeria.
Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Engin Akyurt. Licence Pexels.
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